Twitter, Facebook, la vindicte populaire et la dénonciation publique, la mise au ban numérique, ça vous évoque quelque chose ? Dans La Honte !, essai de Jon Ronson à paraître en France chez Sonatine le 8 février (traduction par Fabrice Pointeau), l’essayiste gallois fait bien plus qu’analyser le phénomène de l’humiliation organisée sur la toile, un phénomène que les utilisateurs des réseaux sociaux connaissent bien, pour en être parfois les témoins au mieux, les acteurs au pire.

Les conflits ne manquent pas. Les causes d’indignation sont légion. La violence est omniprésente. Et force est de constater que les prises de paroles, dans la très grande majorité des cas, visent à marquer le bienfondé de la vision de la communauté de celui qui s’exprime et à souligner l’ignominie de celle de ses adversaires. Que cette communauté soit ethnique, religieuse, intellectuelle, politique, nationale, professionnelle ou qu’elle se constitue comme intersection ou réunion de communautés éparses n’importe pas ici fondamentalement.

Critique de la société du déchet, énonce le sous-titre de l’essai de Baptiste Monsaingeon, Homo detritus, publié au Seuil en mai 2017, alors que se tenait au Mucem une exposition sur nos Vies d’ordures.
Cette critique de nos sociétés à travers le prisme de nos déchets est, de fait, un terrible « dis-moi ce que tu jettes et comment tu le jettes et je te dirai qui tu es »… L’essai ne part pas d’une hypothèse mais d’un constat, brutal : « L’anthropocène est un Poubellocène ».

Le quotidien britannique The Guardian a établi, avant que 2017 ne se termine, un classement (loin être exhaustif) de ce qu’il considère être les meilleures fictions publiées en 2017. En tête de ce hit-parade arrive, sans surprise pour les lecteurs de Diacritik, le Booker Prize, dûment considéré comme magistral, Lincoln in the Bardo de George Saunders. Lequel est suivi par la toujours surprenante Arundhati Roy (second roman vingt ans après The God of Small Things), The Ministry of Utmost Happiness.

Le goût de l’archive et le parti-pris du document ont fortement marqué l’esthétique contemporaine : dans le sillage des pratiques surréalistes et de la revue Documents, l’écrivain contemporain travaille volontiers avec des matériaux hétérogènes, sur le mode du collage et du montage, pour réinvestir avec force critique des supports antérieurs, les subvertir ou les investir sur le mode imaginaire. Ils tournent là le dos à toute illusion factographique, pour mettre en scène le trajet toujours indirect pour accéder au monde : une traversée documentaire, à travers une épaisseur de papiers, un murmure de témoignages, une collection photographique. Le second volume de Devenirs du roman, orchestré par le collectif Inculte, l’avait bien marqué dès 2014 : « Nombre d’œuvres littéraires contemporaines font un usage singulier de ressources documentaires : connaissances multiples, faits divers, vies d’hommes et de femmes illustres comme anonymes… Elles perturbent ainsi les répartitions traditionnelles entre document et imaginaire. »

L’éditrice Emmanuelle Heurtebize a fait ses armes chez 10/18, avant de rejoindre « La Cosmopolite » des éditions Stock. Aujourd’hui, elle crée, au sein du groupe Delcourt, une collection de littérature, de littératures, devrait-on écrire, tant cette collection, qui publie ses premiers titres en cette rentrée littéraire, va privilégier diversité et pluralité. Entre janvier et mai 2018, 7 romans sont annoncés, signés d’écrivains originaires d’Ukraine, Allemagne, Danemark, Nigeria, Israël, France et États-Unis.

Vue de sa partie la plus occidentale, l’Union Européenne semble parfois composée de méchants et de gentils. Les évocations de la Pologne ou de la Hongrie s’accompagnent en particulier de subites poussées colériques et d’indignations. Il en va alors des valeurs démocratiques, du respect de l’État de droit, du progrès mis à mal par des régimes indignes de l’héritage commun. On se lamente qu’au cœur d’un ensemble déjà si fragilisé, refluent des politiques peu conformes avec l’idéal du moi européen. Pendant ce temps là, les rapports sévères et glacés du défenseur des droits à l’encontre de la France, comme les actions juridiques émanant d’associations comptent pour du beurre. Toute comparaison au sujet des libertés, du respect des conventions internationales ou de la dégradation partielle de nos droits se voit, soit écartée, soit reléguée à des différences de nature, sinon de degrés éloignés.

Duras a toujours été une créatrice contre. Elle a écrit contre l’écriture, elle a fait du cinéma contre le cinéma, elle a fait du journalisme contre le journalisme, elle a traduit contre la traduction. De ce dernier pan de son activité créatrice, on en parle peu. Et pourtant elle l’a pratiqué et toujours avec le génie qu’on lui reconnaît.

Un autre Brooklyn est un roman dédié au quartier de Bushwick, ou plus précisément à deux décennies de la vie de cet Another Brooklyn : 1970-1990. C’est là que la narratrice, August, et sa bande de filles (Sylvia, Angela, Gigi), « quatre filles toujours ensemble, d’une beauté stupéfiante » ont passé leur jeunesse « dans une solitude terrifiante ». Là qu’elles ont fait l’expérience de l’amitié, de la violence du rapport entre les corps. Là que revient la narratrice, vingt ans plus tard, alors que son père vient de mourir et qu’elle-même est devenue anthropologue.