L’américain George Saunders, lauréat du Booker Prize 2017

George Saunders, crédit photo NYT

Le Booker Prize 2017 — équivalent britannique du Goncourt — a été attribué à l’auteur américain George Saunders pour son roman Lincoln in the Bardo, aux éditions Bloomsbury. Il s’agit, en vérité, du premier roman de Saunders, qui était surtout connu pour ses nouvelles jusqu’alors. George Saunders, qui a 58 ans, n’est pas, à proprement parler, un auteur traditionnel. Il est venu à l’écriture assez tard. Après avoir commencé une carrière, assez brillante, de géophysicien il est ensuite passé au journalisme puis à la rédaction de nouvelles littéraires, qui lui ont valu plusieurs récompenses aux États-Unis, où il est donc loin d’être un inconnu.

Avec Lincoln in the Bardo, Saunders est parti d’un fait réel, cette fin d’après-midi de février 1862 le président Abraham Lincoln enterre son fils de onze ans, Willie, mort quelques jours plus tôt (le 20) d’une violente fièvre. La mort s’acharne sur la famille Lincoln puisque Edward mourut en 1850 de la tuberculose, et Thomas disparut brutalement en 1871 d’une défaillance cardiaque à l’âge de dix-huit ans. Quant au président Abraham Lincoln, il fut assassiné le 15 avril 1865. Le lauréat 2017 imagine donc Willie enfermé dans le Bardo, terme bouddhiste tibétain qui désigne les limbes, et construit son roman sous forme de dialogues avec les autres morts, camarades d’infortune de Willie, qui attend désespérément que son père vienne le chercher. Le jury du Booker Prize a loué le caractère audacieux de ce conte si particulier.

Après avoir reçu son prix des mains de la duchesse de Cornouailles, Camilla Parker-Bowles — un jour doublement mémorable pour le récipiendaire… — Saunders, Texan de naissance, ce qui n’est pas anodin, a fait un bref discours dans lequel il a notamment déclaré :

If you haven’t noticed, we live in a strange time, so the question at the heart of the matter is pretty simple. Do we respond to fear with exclusion and negative projection and violence? Or do we our best to respond with love?
Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué nous vivons une époque bizarre, donc la question centrale est simple : Répondrons-nous à la peur par l’exclusion, la projection négative et la violence ? Ou bien ferons-nous de notre mieux pour répondre par l’amour ?

On espère, bien évidemment, que ces nobles propos seront rapportés et surtout expliqués au dangereux olibrius qui a pris possession la Maison Blanche, mais il s’agit, sans aucun doute d’un vœu pieux. Ceci étant dit, les jours qui viennent vont être particulièrement intéressants à voir et à écouter, car George Saunders est le deuxième auteur américain à recevoir le Booker Prize après Paul Beatty en 2016, ce qui avait déclenché la fureur de plusieurs auteurs britanniques de renom, dont le célèbre Julian Barnes s’était fait le porte-parole, en qualifiant de daft (stupide) la décision d’inclure les auteurs américains dans les candidats au Booker, et partant du principe que les Américains ont suffisamment de prix littéraires à eux et qu’incidemment aucun n’a jamais été attribué à un auteur britannique et que les jeunes talents anglais, gallois, irlandais, écossais et, plus généralement, du Commonwealth, sont pénalisés et mis sur la touche par cette décision soupçonnée d’être largement commerciale.