Horses, sorti en 1975, est le premier album studio de Patti Smith. En consacrant un livre à celui-ci, Véronique Bergen célèbre ce que cet album contient et signifie : un événement de la culture rock mais aussi la révolte, la volonté de rupture, l’exaltation de la poésie, de l’art, la tension vers un dépassement des limites de l’époque, une libération dans tous les domaines de l’existence.

« Nous deux – le magazine – est plus obscène que Sade » : tel est l’infranchissable paradoxe clamé par Roland Barthes sur l’indécence moderne du sentiment amoureux qu’Annie Ernaux choisit de mettre en violent exergue à Passion simple, récit sec et nu d’une liaison au cours de laquelle l’amour se révèle plus transgressif que toute forme de sexualité possible. Sans doute est-ce aussi bien à la croisée de cette immoralité profonde de la passion selon Ernaux et Barthes que pourrait venir se placer, escorté de la même incisive et désarmante réflexion, le puissant et très beau premier roman d’Agnès Riva, Géographie d’un adultère qui vient de paraître à L’Arbalète chez Gallimard. Car, comme en écho mat au sémiologue et à l’écrivaine, Agnès Riva offre, chapitre après chapitre, le douloureux roman d’une liaison extraconjugale où, à chaque instant, éclate l’obscénité de la passion et de la demande, sans retour, d’amour.

Arte diffuse le documentaire Kurt Cobain : Montage of Heck, titre tiré de celui donné par le leader charismatique de Nirvana à l’une de ses cassettes audio. Film autorisé par Courtney Love et la famille qui témoigne largement, produit par Frances Bean, la fille du chanteur, construit depuis des archives intimes, ce « bazar organisé » s’offre comme un biopic dans ce que le genre a de pire : un hymne à la gloire du génie solitaire et incompris, dont tout dessin, tout film super 8, toute cassette, toute déclaration publique et/ou photographie devient une brique construisant le mur de la légende.

Megan Hunter, née en 1984 à Manchester, est poète. Elle investit pour la première fois le roman avec La Fin d’où nous partons. Plus encore, elle se saisit du roman d’anticipation, genre par essence hybride, croisant peurs ancestrales, désenchantement présent et angoisses futuristes. Elle en fait la forme romanesque à même de dire l’intériorité complexe d’une jeune mère et les désordres climatiques et politiques d’un moment. La fin d’où nous partons narre une double crise, intime et collective, dans un texte qui tient de l’épopée à rebours, une fois réduite en fragments de prose par l’apocalypse.

A Peterborough, dans l’est de l’Angleterre, un homme est en fuite dans une nuit boueuse, terrorisé par des poursuivants qui n’en sont pas à leur première exaction.
Avec Les Chemins de la haine, Eva Dolan signe un premier roman policier teinté de chronique sociale brute dans une Angleterre en plein Brexit qui cherche un chemin vers son humanité.

La question abordée aujourd’hui est toujours délicate à traiter. Car l’actualité raidit les positionnements et la tentative de revenir à des lectures sur la longueur historique semble vouloir diluer l’urgence de réponses immédiates et noyer le poisson en quelque sorte… On sait pourtant que des rétrospectives relativement sereines et les plus objectives possibles permettent de regarder le présent autrement et de se garder des amalgames. En tout état de cause, on peut essayer de faire ce pari de l’échange, échange de savoirs, de connaissances et d’histoires. Dans la multitude des publications, ce sont deux parcours sur lesquels je voudrais m’arrêter parce qu’ils sont porteurs d’éclaircissements pour un large public. Je signalerai, en fin d’article, deux autres ouvrages plus spécialisés qui aident à aller dans la même direction, celle des croisements d’informations.

Joost Swarte est né en 1947, la veille de Noël. Il a donc toujours eu quelques heures d’avance sur ceux que l’attente du lever du jour dit “des cadeaux tombés du ciel” tient en éveil – ce dernier mot allant comme un gant à son regard d’une acuité sans égal. Je ne sais si sa main a tremblé, ne serait-ce qu’une fois, dans sa vie, mais ce dont je suis certain, c’est qu’il est on ne peut plus sensible aux tremblements d’un monde dont il reste un des plus fameux interprètes.

« Il a disparu. Qui a disparu ? Quoi ? »

« L’omission, un nom, un nom, un manquant, voilà le statut qu’il souhaite qu’on lui accorde » écrit le traducteur à propos de P, l’inconnue, au sens mathématique, de La Dissipation, premier roman de Nicolas Richard, par ailleurs traducteur — et parmi les livres dont il a écrit le texte français, Inherent Vice (2009, Vice Caché, 2010) et Bleeding Edge (2013, Fonds perdus, 2014).