Agnès Riva : tentative d’épuisement d’un lieu adultérin (Géographie d’un adultère)

Gregory Crewdson, Untitled, 2002

« Nous deux – le magazine – est plus obscène que Sade » : tel est l’infranchissable paradoxe clamé par Roland Barthes sur l’indécence moderne du sentiment amoureux qu’Annie Ernaux choisit de mettre en violent exergue à Passion simple, récit sec et nu d’une liaison au cours de laquelle l’amour se révèle plus transgressif que toute forme de sexualité possible. Sans doute est-ce aussi bien à la croisée de cette immoralité profonde de la passion selon Ernaux et Barthes que pourrait venir se placer, escorté de la même incisive et désarmante réflexion, le puissant et très beau premier roman d’Agnès Riva, Géographie d’un adultère qui vient de paraître à L’Arbalète chez Gallimard. Car, comme en écho mat au sémiologue et à l’écrivaine, Agnès Riva offre, chapitre après chapitre, le douloureux roman d’une liaison extraconjugale où, à chaque instant, éclate l’obscénité de la passion et de la demande, sans retour, d’amour.

Si, de fait, à l’enseigne d’Annie Ernaux, Géographie d’un adultère paraît raconter l’histoire aussi terrible que solitaire d’Ema, femme mariée, éprise de Paul, homme également marié, chacun travaillant, après s’y être rencontrés, au Conseil des prud’hommes, Agnès Riva offre, d’emblée, un récit qui n’obéit pas aux attendus du récit d’adultère. La trame n’en est en rien narrative, souffre de ne pas être narrative car, profondément neuf, le récit se donne, avant tout, comme descriptif et puissamment topologique et topographique, comme pour venir déjouer les lieux communs propres à tout récit d’amour. De chapitre en chapitre, la liaison se voit décrite et déployée depuis les lieux que les amants habitent de leurs étreintes, chaque chapitre étant, de manière presque perecquienne, la tentative d’épuisement d’un lieu adultérin. Ema et Paul habitent d’abord la voiture de Paul, le coin de la cuisine d’Ema, « entre l’évier et le réfrigérateur », la chapelle, le conseil lui-même des prud’hommes, la maison de Paul, le coin derrière la porte d’entrée de la maison d’Ema à 19h30, avant le tremblant retour de son mari ou encore le Novotel du bord du lac et sa salle de bains « aux grands carreaux anthracite ». Autant de lieux comme un inventaire articulé d’un adultère qui ne peut se dire que depuis ces mêmes lieux qui, chacun, s’offrent comme autant de non-lieux d’un amour promis sans attendre à l’échec.

Ainsi, depuis cette topologie d’un amour fantôme, Agnès Riva met-elle en place et immédiatement en scène la détresse fondatrice de cette impossible liaison depuis la nullité absolue et contrainte des lieux traversés par les amants : la géographie de l’adultère masque mal la cartographie d’un désastre tragiquement annoncé et ardemment redouté puisque, d’emblée, Paul prévient : « Nous nous verrons durant nos activités sociales communes, mais les rendez-vous en tête-à-tête ne pourront être qu’exceptionnels. » Car Ema et Paul ont beau être dans le même lieu, partager la même voiture, se tenir dans le même recoin de la cuisine, ils ne se tiennent jamais, à la vérité, dans le même lieu. L’homme comme la femme n’habitent pas la même passion, comme si dire l’adultère conté par le lieu permettait à Agnès Riva de suggérer avec éclat combien, depuis leur lieu pourtant identique, les amants n’habitent pas le même temps ni le même espace moral de leur amour. Le lieu ne fait rien partager aux amants, les corps se tiennent au même endroit mais chacun est porté par l’envers de ses propres sentiments.

Il n’est qu’à considérer ici les doutes, atermoiements sinon profondes et récurrentes angoisses d’Ema pour saisir combien la jeune femme, épouse jusque-là modèle, craint que Paul, l’homme revenu de multiples liaisons et comme revenu de multiples vies parallèles, ne l’aime pas à la hauteur de l’amour qu’elle éprouve pour lui. Se multiplient dès lors les remarques selon lesquelles, notamment, « malgré des débuts prometteurs, ces fugues ne débouchent sur rien et la certitude de leur inutilité finit tôt ou tard par déprimer Ema » ou encore ceci : « Elle avait envie que Paul lui parle d’autre chose. Elle avait envie qu’il lui parle d’amour. » Se dit ici l’impossibilité, propre à chaque passion aussi bien soudaine que pérenne, de pouvoir communiquer avec l’être aimé, de pouvoir échanger avec lui et de pouvoir savoir si l’autre aime en retour à la mesure de l’amour qui s’y donne. En ce sens, pour Agnès Riva, raconter la liaison depuis cette géographie et cette topographie précise devient le moyen de dire combien chaque lieu spatialise le discours amoureux : combien chaque lieu surgit comme un fragment de discours amoureux parce que, fondamentalement, la passion d’Ema pour Paul n’est pas un amour linéaire, trébuche devant l’impossibilité même de la linéarité et de sa grande ligne lumineuse de vie et d’apaisement. Au contraire, comme la révélation innée de son échec, cet amour vit dans la grande et insurmontable douleur d’être un amour fragmenté, de n’être qu’une passion atomisée et ne pas trouver la puissance sereine de la linéarité, celle, littéralement, de la passion simple.

À ce titre, chaque lieu habité par les amants se révèle comme le blason ou bien plutôt comme l’infini blasonnement de leur liaison, leur étoilement d’objets et de phrases dans leur impossibilité à constituer l’heureux continuum de l’amour. Comme si chaque lieu se faisait la métonymie demeurée métonymie d’une partie d’une passion qui n’aboutirait jamais à la somme de ses désirs mais se tiendrait dans la soustraction de ses peurs. Ainsi, l’entrée est-elle le coin de la cuisine ne demeure-t-il que le coin de la cuisine en dépit des étreintes : « Le coin dans lequel ils se retranchent est situé entre l’évier et le réfrigérateur. D’un côté un meuble de rangement sur le mur du fond. De l’autre, la vasque et un plan de travail. Au-dessus de cet espace, une toile tendue, où sont encastrés des spots lumineux, forme un faux plafond décoratif et rencontre à son extrémité une hotte métallique arrondie telle une cloche. Derrière la gazinière, une fenêtre à deux vantaux coulissants donne sur le jardin et sur un côté de la véranda de la maison mitoyenne. » Pourtant, si ce dernier lieu « s’avère finalement plus propice à étancher leur soif d’unité physique que l’habitacle de la voiture de Paul », à aucun moment, de tous ces lieux, Ema ne parvient à les doter de son amour. Aucun lieu n’est le reflet de sa passion. Jamais son désir ne fait hypallage dans le monde. Rien ne correspond. Les parfums, les couleurs et les sons ne répondent en rien à la puissance de son désir.

Ce n’est cependant pas le désir qui manque à Ema car, à chaque instant, s’inquiétant des intentions de Paul, toujours opaque et maître de lui-même comme le chef d’entreprise, l’homme du bâtiment qu’il est et qu’il représente au conseil des prud’hommes, Ema souhaite que son désir fasse métalepse dans le monde, qu’il franchisse des seuils, qu’il soulève Paul et que les lieux de leur amour changent comme la passion la change elle-même plus souvent qu’à son tour. Mais, pourtant, comme un effort inutile et rendu vain par la froideur consommée de Paul et sa prudence outrée, rien ne vient.

Lieu après lieu, étreinte après étreinte, la géographie de l’adultère n’aboutit, malgré Ema, qu’à une suite de non-lieux qui se font les témoins indirects et impuissants de sa douleur. Chaque lieu se fait le lieu du manque, de la détresse et de la défaisance du sujet devant la passion non vécue pleinement. Étroits et exigus, les lieux condamnent comme par avance, depuis leur configuration même, le possible déploiement, au grand large du vivre, de l’amour d’Ema pour Paul. Tout n’est question que de lieux, de désir d’espace pour Ema tant elle saisit vite combien l’enjeu de son amour se fait topographique : elle désire quitter tous ces lieux de transition, tous ces lieux de passage pour précisément trouver le durable et le pérenne d’un lieu ouvert et visible à tous : un appartement-hôtel, un lieu plus large comme Ema le constate : « Sur le principe, Paul ne serait pas contre un lieu, un appartement qu’ils loueraient par exemple pour pouvoir s’y rencontrer. Mais la manière dont ils envisagent de vivre leur passion diverge un peu. » Car, ce que comprend Ema, c’est que pour Paul l’intimité est une obscénité. Tous les lieux qu’il choisit sont les signes d’une liaison secrète mais paradoxalement promise, à la plus grande terreur d’Ema, à demeurer extime. Chaque lieu est, pour reprendre là encore un titre d’Annie Ernaux, le terrible journal du dehors quand Ema voudrait que chaque lieu dise son amour pour Paul à la mesure d’un journal du dedans, où les deux amants pourraient trouver refuge. Cependant, pour l’heure, tous ces lieux de transition n’offrent que de l’impermanent, de l’éphémère et, à emprunter cette fois un titre de Perec, renvoient la liaison à l’inaccompli d’une espèce d’espace.

Pourtant, à la différence flagrante et sans retour de Perec, Agnès Riva n’use jamais de sa forme pour se révéler cynique ou encore ironique. Pour Riva, il faut prendre le monde au sérieux, non depuis ses usages ou autres usures de discours qui en rendent les atermoiements au mieux risibles, au pire superfétatoires. La passion se veut toujours simple, elle ne recherche que la simplicité, à savoir la disparition du langage comme butée sourde et aveugle d’un désir non également partagé qui ouvre la parole à elle-même et à son irrépressible effusion. À ce titre, le formalisme que choisit Agnès Riva se retourne sciemment en grande et terrible douleur pour Ema : à toute force, contrairement à Sylvie et Jérôme, le couple mis en scène par Perec dans Les Choses, Ema et Paul voient que les objets ne les disent pas, que les lieux ne parlent pas d’eux. Au contraire, chaque lieu déparle leur amour sauf lorsque ces lieux sont froids, insignifiants et impersonnels et qu’ils parviennent à être l’hypallage involontaire des sentiments de Paul dans le salon de thé du centre commercial : « La froideur de l’homme s’est étrangement projetée sur le décor, révélant maintenant tous les éléments industriels et faux. »

Car pour Riva, le formalisme constitue un redoutable piège autant qu’un séduisant leurre : Ema ne veut pas rester dans une forme. Ema ne désire pas rester prisonnière d’un quelconque carcan. Ema refuse d’être enfermée dans une quelconque contrainte : elle est anti-oulipienne, anti-perecquienne, anti-formaliste. Par un rare jeu de miroirs, le formalisme se transmue ici comme la doublure et la subtile transposition narrative de cette impossibilité des personnages à pouvoir décloisonner leur amour, à en faire précisément tomber les murs et à incidemment se libérer du pesant regard des autres qui les condamne à ne pas pouvoir vivre leur amour au grand jour. « Cloisonne, lui répète-t-il souvent, ne laisse pas tes émotions personnelles empiéter sur des jugements qui doivent rester rationnelles », s’entend dire Ema. Par son jeu de contraintes, par son systémisme et son incidente répétition, le formalisme de cette patiente cartographie de l’adultère déploie une limite sourde dont Ema cherche à tout prix à se libérer, comme si Ema voulait, d’emblée, mettre fin au formalisme même qui la raconte et qui, mieux qu’aucun autre récit, donne toute la mesure de l’absence de plénitude de sa passion afin de laisser place au flux continu de l’existence.

Agnès Riva

De fait, articulation narrative remarquable d’Agnès Riva, Ema est la prisonnière sinon l’otage du récit qui la raconte car, si son ensemble paraît être conté du point de vue d’Ema, c’est bel et bien la voix, la voix comme dédoublée, froide et mesurée de Paul, plus opaque que jamais, qui emporte le récit, énumère les lieux et détaille à chaque instant les éléments immuables de l’impersonnel. À l’instar de l’amant qui observe scrupuleusement « les minutes comptées, le lieu clos et étroit que constitue l’habitacle » de la voiture, Géographie d’un adultère dit le monde depuis l’effroyable géométrie du référentiel, depuis cette fonction référentielle même qui fait de Paul l’irréductible « il » qui ne saura jamais dire pleinement « je » face aux demandes d’Ema. Paul, c’est l’homme du management, du contrôle alors qu’en public il dénonce « le cynisme ambiant et ces politiques du management par la terreur, qui sacrifiaient les employés sur l’autel de la productivité3 ». Presque malgré lui, Paul incarne en amour l’effroyable parole de la littérature grise, celle des documents administratifs objectifs, des nécrologies sans fard et de la maîtrise et l’objectivation permanente de soi.

À rebours de cette littérature grise, Ema désire au moins l’écriture plate d’Annie Ernaux, celle qui, hors de tout jugement moral, dira la passion dans la mesure où, pour sa part, à la manière d’une antithèse apprivoisée mais bientôt déterminée et sauvage, Ema ne voudrait dire sa passion que dans la simplicité première de la première personne, que dans le lyrisme déployé d’une fonction émotive, dont l’émotion serait la mise à nue et la vérité sans condition d’un amour absolu pour Paul. Ema voudrait au moins un romantisme aux yeux secs ou aussi bien connaître un romanesque qui saurait transmuer sa liaison méthodique en passion salvatrice, loin de ce quotidien borné et millimétré. C’est ce dont le roman lui-même ne se cache pas : « Ema se fait une idée fort romanesque des relations amoureuses. Dans le monde très codé, balisé, formaté où elle vit, plein de systèmes intrusifs qui menacent les libertés, il lui semble que les sentiments amoureux demeurent une aventure qui échappe à tout contrôle, la seule vraiment singulière et imprévisible. » Tout roman, comprend Emman, devrait s’écrire à l’improviste.

Pourtant, en dépit de son prénom qui en favoriserait le rapprochement, Ema n’est pas Emma Bovary. Elle est endeuillée d’une lettre qui manque à son existence pour rejoindre la grande ivresse de l’héroïne de Flaubert, sa démesure active, sa folie compulsive presque infinie. Mais, comme Emma, Ema a lu des livres, « Des bleus à l’âme de Françoise Sagan qui l’avait enthousiasmée », et a vu, de surcroît, des films dont notamment Un jour sans fin dont le formalisme, fondé sur la répétition, lui paraît sans issue. Car ce que comprend peu à peu Ema, c’est combien son histoire avec Paul demeure bientôt irréversiblement comme l’histoire d’un roman qui ne vient pas, qui ne parvient pas à naître, l’histoire d’un romanesque aussi bien désirée par l’héroïne qui souffre de ne pas faire d’Ema une héroïne, d’être rejetée dans le quelconque, l’insingulier du monde dans lequel elle vit. De lieu en lieu, il n’existe, au grand dam d’Ema, aucun roman qui emporterait la passion de Paul pour Ema, comme si l’homme demeurait toujours au seuil inconquérant du roman, comme s’il se donnait à la manière d’une harassante infra-littérature dont Ema comprend très vite qu’elle ne saura en venir à bout, tant Paul demeure toujours, à chaque fois, au seuil de la littérature que chacun de ces lieux voudrait effleurer. Parce qu’avec Paul, la littérature ne vient pas à Ema : elle reste comme détruite de ne pas lever dans son amant la puissance d’une passion qui fasse précisément fi des lieux ou encore de l’accumulation de non-lieux, si déshumanisés, terriblement esseulés.

Pourtant, Ema, si elle ne bovaryse pas, est quelque peu Emma : toutes deux expriment ainsi le même désir spatial, le même souhait géographique et topographique car, on s’en souvient, si l’héroïne de Flaubert vibre à l’approche de Léon ou Rodolphe, c’est qu’elle « avait Paul et Virginie et elle avait rêvé la maisonnette de bambous. » Dans Géographie d’un adultère, Paul ne saura construire à Ema la maisonnette de bambous qui ne fera jamais partie de l’inventaire des lieux traversés puis oubliés dans leur passion. Comme si, d’emblée méfiante, Ema avait perdu toutes ses illusions en lisant non pas seulement Sagan mais en ayant déjà lu Madame Bovary et en étant comme prévenue de ce que Paul serait sans doute au mieux Léon, au pire Rodolphe. Le roman s’achève alors sur un tourniquet de désillusions qui ne surprennent pas Ema tant, en lectrice avisée, elle pressentait la rupture avant peut-être même de s’être engagée dans sa liaison. Comme si elle savait que la géographie n’ouvrirait jamais, devant la brièveté des étreintes, à la géologie de cet adultère.

On l’aura saisi sans peine : il faut lire sans tarder Géographie d’un adultère tant Agnès Riva excelle à peindre, lieu après lieu, une passion bientôt rendue à l’épuisement et l’inexistence. Il faudrait aussi lire Agnès Riva pour comprendre que, peut-être, depuis bientôt deux ou trois ans, la géographie du contemporain change. Le contemporain procèderait ainsi depuis quelque temps à une mutation d’abord sourde mais qui, à présent, livre l’augure de la venue d’une nouvelle génération à elle-même. Si, autour des années 1998, la littérature avait pu se renouveler avec l’arrivée d’une nouvelle génération portée par Nathalie Quintane, Tanguy Viel ou encore Laurent Mauvignier, Arno Bertina et bientôt Stéphane Bouquet, peut-être assistons-nous aujourd’hui à l’émergence d’une nouvelle génération qui, pas plus que la précédente, n’a trouvé son nom dans l’histoire et en vient à écrire. Aux côtés d’Agnès Riva, portée notamment par le stimulant travail à L’Arbalète de Thomas Simonnet (éditeur par ailleurs du dernier livre d’Annie Ernaux), il faudrait alors signaler d’autres premiers romans tant les grands premiers romans sont autant de livres des passages : à commencer donc par le très grand Été des charognes de Simon Johannin, sans doute l’un des plus beaux romans de 2017, Le Petit garçon de Pierre Demarty où l’auteur recommence son œuvre depuis un film et plus récemment encore les élégiaques et fougueusement fictionnelles Vacances du petit Renard d’Arthur Cahn – autant de romans où le contemporain comme contemporain, comme axiologie temporelle, se questionne, entre acontemporain, suspension du contemporain et hypercontemporain, contemporain au carré, entré dans l’épaisseur technologique romanesque du présent.

Mais sans doute est-il encore trop tôt pour dire le ferme nom de ce contemporain mais nullement encore trop tard pour s’y intéresser plus que vivement, en débutant sans attendre par Géographie d’un adultère d’Agnès Riva qui, décidément, à l’instar de Barthes, comprend mieux que personne que, dans le contemporain, « ce n’est plus le sexuel qui est indécent, c’est le sentimental. »

Agnès Riva, Géographie d’un adultère, Gallimard, « L’Arbalète », 2018, 128 p., 13 € 50 — Lire un extrait