Critique de la société du déchet, énonce le sous-titre de l’essai de Baptiste Monsaingeon, Homo detritus, qui vient de sortir en poche chez Points (collection « Terre »). Cette critique de nos sociétés à travers le prisme de nos déchets est, de fait, un terrible « dis-moi ce que tu jettes et comment tu le jettes et je te dirai qui tu es »… L’essai ne part pas d’une hypothèse mais d’un constat, brutal : « L’anthropocène est un Poubellocène ».
La lecture de Confinements en œuvres de Manu Larcenet devrait être remboursée par la Sécu. Et tant pis pour le trou dans le budget, 16 € pour 120 pages de bonheur graphique et de franche marrade, ça nous fait l’évasion à 13 centimes la page, ce qui ramené au prix du test PCR est tout de même très avantageux.
“Le Bal de têtes” est largement une réflexion sur le temps qui passe et sur les souvenirs selon lesquels chacun ordonne son passé, le sien et celui des autres.
« Jeudi 8 décembre
Avenue Jean-Jaurès, derrière la vitrine éclairée du supermarché Atac, un type en blouse blanche se débat parmi les cartons empilés et les alignements de caddies emboîtés les uns dans les autres.
Répondant à une question à propos de « A », l’immense « poème d’une vie », Louis Zukofsky décrivait le processus de sa composition dans ces termes : « Écrit à un moment, en un lieu, et se rapportant à d’autres moments et d’autres lieux, tandis qu’on se développe, peu importe dans quelle direction, qu’on assimile, qu’on espère survivre à tout cela, un peu comme la musique de Bach. Peut-être c’est ce qu’on trouve dans ce poème, peut-être fera-t-il entendre sa musique. » (Louis Zukofsky, « Penser les choses telles qu’elles existent », Revue Europe n° 578-579, juin-juillet 1977, p. 106-107).
Maid de Stephanie Land est un tapis roulant sur lequel on a posé un vase : le rêve américain.
Depuis des années se multiplient les analyses et prises de parole sur les réajustements identitaires que connaît, entre autres, la société française ; elles s’accélèrent ces derniers temps.
Avec Un Cow-boy dans le coton, il faut reconnaître à Jul et Achdé d’avoir osé marcher dans les pas de Mel Brooks (Blazing Saddles), Lawrence Kasdan (Silverado) ou Damon Lindelof (Watchmen), en mettant en scène un personnage noir de premier plan dans une aventure de Lucky Luke. Un Cow-boy dans le coton répare quelques injustices en plus d’être un album intelligent, subtil et d’une causticité salutaire.
Les journées en Arlequin est le titre d’un livre de Jean Daive que les éditions Nous viennent de faire paraître – je ne dis pas : “le dernier”, car d’autres, déjà imprimés ou en voie de l’être, attendent notre lecture (s’il s’avère possible de mettre la main dessus avant publication de ce “papier”, j’en rendrai compte ici-même, sinon ce sera pour plus tard, chaque nouvel opus de l’auteur de Décimale blanche, d’Objet bougé ou de Pas encore une image incitant à reprendre un échange jamais interrompu).
Il faut envisager la littérature comme un piège.
L’année du singe est l’année du chaos : une forme de désordre envahit le monde – à moins que ce désordre ne soit l’état réel du monde ainsi révélé. Le désordre n’est pas ici la simple absence d’ordre, son opposé, il correspond à un effacement des limites habituelles qui servent à penser et à instaurer un certain ordre que l’on appelle d’ordinaire « réalité ». Le chaos qui traverse le livre de Patti Smith n’est-il pas une réalité plus profonde ? Les nouveaux rapports qui apparaissent entre les vivants et les morts, entre le rêve et la réalité, entre la pensée et le monde, ne sont-ils pas, plutôt qu’une négation de l’ordre du monde, la révélation de son chaos essentiel ?
Septannées d’enquête sur l’extraction du gaz de schiste aux États-Unis sont à l’origine du livre d’Eliza Griswold, Fracture, Prix Pulitzer non fiction 2019. Ce « roman-enquête », tel que le présente Valentine Gay son éditrice française, raconte le rêve démesuré de prospérité qui s’est emparé de certains habitants de la Rust Belt désindustrialisée, au nom de l’indépendance énergétique de la nation : louer leurs terres à des compagnies d’extraction de gaz et profiter de la manne financière offerte, au mépris des tonnes de produits chimiques injectés dans les sols qui polluent la terre, l’eau et l’air. Un pacte faustien.