Patti Smith : Le jeu du chaos (L’année du singe)

© Jean-Philippe Cazier

L’année du singe est l’année du chaos : une forme de désordre envahit le monde – à moins que ce désordre ne soit l’état réel du monde ainsi révélé. Le désordre n’est pas ici la simple absence d’ordre, son opposé, il correspond à un effacement des limites habituelles qui servent à penser et à instaurer un certain ordre que l’on appelle d’ordinaire « réalité ». Le chaos qui traverse le livre de Patti Smith n’est-il pas une réalité plus profonde ? Les nouveaux rapports qui apparaissent entre les vivants et les morts, entre le rêve et la réalité, entre la pensée et le monde, ne sont-ils pas, plutôt qu’une négation de l’ordre du monde, la révélation de son chaos essentiel ?

Fidèle au principe de l’empirisme anglo-américain, Patti Smith centre son livre sur la question des relations : quelles sont les relations existantes et qu’est-ce qui est en relation ? quelles autres relations seraient possibles ? Dans les livres de Patti Smith, il est toujours question de rencontres, de possibilités ouvertes par celles-ci, comme il est question des relations existantes constitutives des choses, des domaines, des identités et différences, et de la création ou de la reconnaissance d’autres relations créatrices d’autres découpages entre les êtres, entre les catégories, entre les faits. Les relations sont premières, les choses, les êtres, les catégories mentales en sont des effets.

Patti Smith construit ses livres, et donc également L’année du singe, comme des réseaux de relations, à partir de résonances, d’échos, de conjonctions ou disjonctions, de correspondances : lier ou délier, penser des rapports, en créer de nouveaux. Ecriture relationnelle comme une partition musicale : une ligne d’accords, harmonieux ou non. Si, par ce travail, le texte se construit, apparaît également un monde constitué de relations mouvantes, mobiles, étranges, chaque relation nouvelle redéfinissant ce qui est, ajoutant une autre dimension, actualisant un nouveau possible, reconfigurant le monde selon de nouveaux territoires et de nouvelles frontières.

Au début de L’année du singe – année qui, dans l’astrologie chinoise, correspond à 2016 – le récit se présente comme un récit réaliste, le texte multipliant les éléments qui l’ancrent dans une forme de vraisemblance (une des fonctions des photos présentes dans le livre étant de maintenir la vraisemblance), une sorte de journal de ce qui arrive et qui est très banal : arrivée de nuit dans un motel, date précise, géographie identifiable, gestes quotidiens (se brosser les dents, aller aux W.-C., etc.). Pourtant, le motel s’appelle le Dream Motel, et la narratrice sombre immédiatement dans « un semblant de sommeil », le thème du rêve et du sommeil s’inscrivant donc rapidement dans le cours du texte. Si au sommeil succède le réveil, celui-ci n’est peut-être pas distinct de ce qui lui est habituellement opposé : le Dream Motel devient le Dream Inn (« l’auberge du rêve »), et la narratrice (Patti) partant à la recherche d’un café, prenant quelques photos, se met également, et sans rupture, à dialoguer avec une enseigne qui, donc, parle… Nous pensions être dans le monde de la veille mais sans doute ne sommes-nous pas sortis des terres du sommeil et du rêve – à moins que le rêve ne soit passé dans la réalité (et inversement), et que, par ce passage, comme le désirait Artaud, les puissances du rêve ne se soient emparées de l’ordre du réel.

L’année du singe, du début à la fin, multiplie les occasions de ce passage, établit des glissements entre le réel et le rêve, des transitions imperceptibles, des confusions entre les deux, l’un devenant indiscernable de l’autre, le doute se diffusant partout : est-ce un rêve ? est-ce la réalité ? La différence entre les deux, la distinction entre les qualités supposément constitutives de leur identité, deviennent douteuses : si le dialogue avec l’enseigne relève du rêve, ce qui précède ce dialogue, et qui nous paraissait banal, rattaché au monde habituel de la veille, ne faisait-il pas déjà partie d’un monde onirique ? Pour augmenter la confusion, dans L’année du singe Patti Smith complexifie les rapports entre rêve et réel, l’un et l’autre ne se succédant et ne se différenciant jamais de manière claire mais se combinant, se mélangeant : les rêves s’enchâssent l’un dans l’autre, la narratrice se réveille dans un rêve, se contemple en train de dormir, réalise des voyages qui ont l’apparence de la réalité, etc.

Dans les Méditations métaphysiques, à un certain moment du mouvement du doute hyperbolique, Descartes souligne que les images du rêve et la perception de la réalité diurne ne se distinguent pas : aucun signe particulier n’accompagne les images du rêve qui indiquerait au rêveur qu’il est en train de rêver. Dans les deux cas, il s’agit d’images que rien ne différencie a priori, chacune s’imposant avec la même évidence. Il en est de même dans L’année du singe : rien ne distingue en soi les images du rêve et la perception de la réalité, les rêves de la narratrice ne présentant aucun élément fantastique (pas de monstres), aucune bizarrerie (pas d’envol dans le ciel), les images se fondent et se confondent – à quelques exceptions près. A partir du moment où une enseigne parle, on pourrait raisonnablement supposer être en train de rêver, sauf que cette distinction est faite par le lecteur, non par la rêveuse, car dans le monde soumis à la logique du rêve, le fait qu’un objet parle va autant de soi que boire un café. De plus, l’attention à la « réalité » en fait percevoir toute l’étrangeté : des hasards et coïncidences surprenants, un essaim de papillons noirs, le bruit lointain de vagues que l’on ne voit pas sont aussi étranges et surprenants que la prolifération d’emballages de bonbons ou la rencontre d’enfants très similaires qui discutent de points de grammaire.

© Jean-Philippe Cazier

Au lieu de différences nettes et définitives, d’identités opposées et excluantes, Patti Smith développe un continuum. Comme dans la poésie d’Allen Ginsberg, auteur et ami évoqué à plusieurs reprises dans le livre, Patti Smith n’oppose pas nettement la pensée et le monde mais les articule tel un flux, un même tissu : la pensée et le monde sont un même monde, le monde étant aussi de la pensée et la pensée étant un certain état du monde, ouvrant dans le monde certaines possibilités, le monde étant ce qui existe hors de moi autant que ce que j’en pense, ce que j’en imagine, autant que les relations mentales que je peux produire et qui, dans L’année du singe, sont d’abord des relations relevant de la logique du rêve. Celui-ci n’est pas hors du monde, il en est une composante, un certain état, comme le monde n’est pas en soi différent du rêve puisqu’une certaine attention au monde permet d’en voir toute la réalité – ou la puissance – onirique.

L’année du singe efface les oppositions entre le rêve et le réel, rendant poreuse la frontière entre les deux, pour écrire un continuum qui est le monde lui-même, qui est un nouveau monde indissociablement matériel et mental, logique et illogique, rationnel et délirant, monde qui entraîne dans son chaos toutes les catégories de la pensée et de l’expérience : le sujet est traversé par le monde extérieur autant que par son flux psychique ; le temps et l’espace perdent leurs divisions et leur identité évidente ; les choses et les êtres acquièrent de nouveaux attributs paradoxaux ; les espaces communiquent, résonnent entre eux ; l’intérieur et l’extérieur ne sont plus des catégories tout à fait pertinentes : « Qu’est-ce qui est réel de toute façon ? avait demandé Sam peu de temps plus tôt. Le temps est-il réel ? Ces mains mortes sont-elles plus réelles que les mains dans les rêves qui peuvent lancer une ligne à la pêche ou tourner un volant ? »

Dans un tel monde, la narratrice est embarquée comme dans un voyage. De fait, celle-ci se déplace sans cesse : de la côte est à la côte ouest (et inversement), de la mer au désert, d’une ville à une autre, du chevet d’un ami au chevet d’un autre ami, de la veille au rêve (et inversement), etc. – comme elle se déplace d’une œuvre à une autre (Carroll, Ginsberg, Roberto Bolaño…), d’une époque à une autre, sans cesse et souvent sans transition très marquée. Mais ces déplacements ne sont pas identiques à un trajet touristique ou planifié, ils sont au contraire subis, et ce qui se déplace est moins l’individu lui-même que le monde : c’est le monde qui voyage, qui est un voyage, qui change constamment sa forme, son temps, son espace, qui traverse l’esprit et le corps. Voyager devient parcourir les mouvements du monde, être traversé par le monde tel un flux qui emporte – et c’est ce mouvement du monde que Patti Smith exprime dans L’année du singe comme dans ses livres précédents (ce en quoi, là encore, elle est proche de Ginsberg, en particulier de ses journaux remplis de rêves, de voyages…).

Nous sommes ici identiques à Alice qui, dans les livres de Lewis Carroll que Patti Smith convoque – et dont L’année du singe pourrait représenter comme une image dans un miroir déformant : l’enseigne qui parle comparable au chat du Cheshire, etc. –, se trouve emportée dans les mouvements d’un monde devenu chaotique, monde subi, incompréhensible. Gilles Deleuze, dans Logique du sens, s’appuyait sur l’œuvre de Lewis Carroll et d’Artaud (également présent dans L’année du singe) pour développer une autre logique de la pensée et de l’être, une logique incluant le « délire » dans la pensée et dans l’être, un devenir fou emportant avec lui comme dans une tornade les catégories de l’esprit et du monde au profit d’un autre monde – et d’une autre pensée – mais qui serait pourtant notre monde par-delà les filtres rassurants et empoisonnants par lesquels nous le pensons et le vivons d’ordinaire. Ce serait un mouvement similaire que l’on retrouverait dans L’année du singe où le monde et l’esprit sont livrés à un étrange « jeu du chaos » (expression empruntée aux mathématiques mais qui pourrait se trouver dans un des épisodes des aventures d’Alice) par lequel la pensée, le monde, l’être perdent leur sens commun, leurs frontières et identités, au profit de possibilités et relations nouvelles.

Un tel monde apparaît mystérieux, énigmatique. Si l’écrivain s’efforce de rendre compte de l’énigme, il est d’abord un enquêteur qui, comme dans un film de David Lynch, ou comme Alice, bascule sans le décider dans la logique d’un monde peuplé de signes qu’il ne comprend pas, qu’il cherche à comprendre mais sans y parvenir puisqu’il n’y a pas de fin possible de l’enquête (l’enquête comme rapport à un monde peuplé de signes énigmatiques étant, là encore, un principe profondément empiriste) : par définition, il n’y a pas de fin au chaos, la résolution est impossible, l’énigme du monde recommençant encore et encore, sans cesse (« Rien n’est résolu, chuchote une volute de poussière (…) »). L’écrivain est condamné à errer, à voyager, éternel nomade dont l’écriture est ce nomadisme lui-même.

Dans son livre, Patti Smith fait référence à Roberto Bolaño, en particulier au livre 2666, justement inachevé, et dans lequel le rapport au monde relève de l’enquête, le monde étant par définition énigmatique, obscur, peuplé de signes à interpréter mais dont l’interprétation est toujours relancée, recommencée, tant le chaos du monde persiste et s’obstine. Le monde est une énigme, un étrange chaos, son interprétation définitive étant impossible car le chaos du monde ne s’épuise jamais. C’est cette structure générale que l’on retrouve dans L’année du singe, le singe facétieux de l’astrologie chinoise déclenchant le chaos dans le monde et nous faisant basculer dans une sorte de kaléidoscope infini de signes, de paradoxes, de relations très étranges dont nous devenons les interprètes aveugles, les dormeurs somnambules, les enquêteurs perdus. C’est cela qu’est la narratrice dans L’année du singe – l’année du songe –, et c’est aussi cela qu’est ce livre de Patti Smith, l’auteure étant elle-même une enquêtrice somnambule perdue dans les labyrinthes d’un univers chaotique de signes énigmatiques, de relations paradoxales, de mouvements aberrants du monde : livre-errance, livre nomade, écriture du rêve, d’un monde-rêve…

Dans un tel monde, l’écrivain enquêteur, l’écrivain interprète ne peut produire une signification, interpréter n’est pas parvenir à donner ou révéler une signification définitive et claire des choses et de ce qui arrive : interpréter, c’est d’abord être attentif aux signes et aux relations, parcourir les relations, être pris dans les mouvements du monde, les subir et en tracer les lignes, les connexions et disjonctions, en tracer la carte changeante et nocturne. Et c’est aussi tracer des liens, ou en tout cas essayer, liens qui sont toujours à refaire, à recommencer, à complexifier.

L’année du singe est une telle cartographie, un livre qui erre à travers un labyrinthe de signes obscurs (qui est tel personnage ? quel est tel son ? quel est tel phénomène étrange ?), à travers une nuit du monde, qui en parcourt les relations, qui en écoute les échos, qui en souligne les mouvements étranges – livre-errance, livre nomade dans lequel il est aussi important d’essayer de tracer, à la surface de cette géographie chaotique, ses propres lignes, ses propres connexions, non pas pour stopper le mouvement général du monde mais pour y insérer son propre mouvement fragile et provisoire (cette idée de l’écriture de fiction pouvant également valoir pour la critique littéraire : qu’est-ce qu’écrire un texte critique, sinon être pris dans le monde étrange et paradoxal d’un livre, en lire les signes obscurs, en suivre les connexions étranges, tenter d’y inscrire ses propres lignes, sa propre écriture nécessairement nomade ?).

Dans L’année du singe, cette logique chaotique du monde (« des vitesses en changement perpétuel ») est l’objet d’une sorte d’exercice stoïcien où il s’agit de dire « oui » à la nécessité qui arrive et s’impose (Patti Smith fait explicitement référence à Marc Aurèle). Mais il s’agit tout autant de trouver des façons d’y résister, là encore d’une manière toute stoïcienne. De fait, le chaos du monde n’est pas choisi, il surgit comme l’événement de ce qui est. Mais si avec lui surgissent des relations favorables, joyeuses, s’imposent également la douleur, la mort, la souffrance impliquées par des configurations inattendues, ou en tout cas non désirées, et qui entrainent dans des directions nouvelles qui sont des gouffres d’angoisse et de tristesse : la mort annoncée de deux amis, Sandy Pearlman et Sam Shepard ; la victoire électorale de celui qui n’est désigné que comme « un escroc », « l’insupportable escroc aux cheveux jaunes » ; l’approche, pour la narratrice, de son 70e anniversaire, impliquant la vieillesse, une proximité personnelle plus grande avec la mort ; la violence et les souffrances politiques ; le souvenir des morts passés, lointains, des amis et parents disparus, des figures historiques défuntes auxquelles identifier un espoir, un amour, une joie (c’est-à-dire certaines possibilités) ; la destruction de plus en plus avancée et irrémédiable de la planète – tout apparaît selon la forme d’une sorte d’apocalypse au ralenti de plus en plus englobante. Du plus intime au plus collectif, le chaos du monde impose de nouvelles relations entre les choses, entre les êtres, entre les dimensions, et qui produisent aussi de la souffrance, de l’angoisse, de la peur, de la douleur, de la mélancolie.

Patti Smith © Jean-Philippe Cazier

Il ne s’agit donc pas d’identifier le « jeu du chaos » à un nécessaire plaisir mais de s’y plier, de le suivre dans toute son extension, comme de lui résister en traçant dans ses lignes d’autres lignes, en essayant d’inventer dans ses connexions d’autres connexions rendant la joie possible, rendant la création possible, rendant la vie encore possible. Etre Alice est un cauchemar effrayant, certainement horrible, mais c’est aussi une occasion d’étonnements, de surprises, de joie. Il s’agit non pas de vouloir sortir du jeu du chaos, ce qui est impossible, de vouloir l’arrêter, mais de tenter d’en extraire ce qui est bon pour moi, pour nous, de créer dans ses tourbillons des configurations dans lesquelles s’installer pour un temps et rendre possible, même de manière éphémère, une vie : « Voilà ce que je sais. Sam est mort. Mon frère est mort. Ma mère est morte. Mon père est mort. Mon mari est mort. Mon chat est mort. Et mon chien, mort en 1957, est toujours mort. Et pourtant je persiste à penser que quelque chose de merveilleux est sur le point de se produire ».

Ainsi, la narratrice tente d’inventer des connexions, de trouver des moyens d’être, même à distance, avec les amis qui se trouvent au plus près de la mort : visites à Sam Shepard, dans le Kentucky, et travail d’écriture avec lui ; visites à Sandy Pearlman ou tentative de connexion à distance, médiumnique : « Sandy ouvre tes yeux. J’ai tracé ces mots de ma main gauche sur la vitre, passant et repassant sur les mêmes traits, comme pour produire une formule magique » ; et toujours, bien sûr, le souvenir, la mémoire et son écriture, l’invocation des noms, la récitation des poèmes, les photographies, etc. Ce qui importe, c’est de créer des connexions qui permettent la vie encore pour résister à la mort, de produire des relations par lesquelles la vie, les possibles, la création peuvent encore exister. Il s’agit surtout d’inventer, au sein du chaos, au sein de la logique chaotique générale, des configurations par lesquelles des relations favorables pour moi et pour les autres sont encore possibles. La logique serait presque spinoziste : non pas sortir des relations mais, au sein d’un monde par définition relationnel, tenter de favoriser les relations qui sont bonnes pour moi (et les autres).

Dans L’année du singe, l’important n’est pas d’essayer d’arrêter le chaos, ce qui serait vain, mais de produire son propre chaos dans le chaos, de créer sa propre séquence ou sa propre série éphémère, d’inventer ses propres relations dans la prolifération folle des relations : inventer son propre jeu dans le jeu, créer ses propres règles en se servant des règles étranges de l’oxymorique jeu du chaos (nous sommes autant dans le stoïcisme que chez Wittgenstein). On pourrait aussi appeler cela prendre le parti de l’amour, au sens où en parlaient les physiciens présocratiques, l’amour étant une puissance relationnelle, une puissance de connexions : « Il n’y a pas de hiérarchie. C’est le miracle du triangle. Pas de sommet, pas de base, pas de côté qui l’emporte. Enlevez les étiquettes de la Trinité, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et remplacez chacun par l’amour. Voyez ce que je veux dire ? L’amour. L’amour. L’amour ».

Dire que Patti Smith, dans L’année du singe, rédige son « carnet de bord », réduire ses livres à une vague entreprise autobiographique, c’est finalement n’avoir rien à dire sur ce qu’elle écrit. L’année du singe est un livre d’amour, un livre d’éthique, un livre de logique. C’est un livre-monde. Un livre également centré sur l’écriture, ce que signifie écrire, ou plutôt ce que peut l’écriture, l’art en général.

© Jean-Philippe Cazier

Que fait-on lorsque l’on écrit ? Il s’agit moins de produire du sens que de composer avec le chaos, d’en produire une carte, de tracer à sa surface un territoire sur lequel, pour un temps, vivre, et aimer. L’année du singe est une méditation sur la vie, sur l’art de résister à la mort, à ce qui détruit, l’écrivain ou l’écrivaine étant alors celui ou celle qui, nomade, errant, traverse le chaos, en expérimente dans son corps tous les paradoxes et dans son esprit toutes les passions, comme il ou elle construit sa propre danse au sein du mouvement général, son propre espace mobile au sein de la dissolution du cosmos – un espace personnel et collectif, intime et politique, et qui, paradoxalement, abrite aussi le chaos lui-même, cet étrange objet d’amour.

Patti Smith, L’année du singe (Year of the Monkey), traduit de l’anglais (États-Unis) par Nicolas Richard, éditions Gallimard, octobre 2020, 192 p., 18 € — Lire l’article de Christine Marcandier