Josyane Savigneau
Josyane Savigneau

Josyane Savigneau publie un recueil de rencontres et portraits, sous le signe de La Passion des écrivains, quand bien même tous les textes ici rassemblés ne concernent pas des auteurs stricto sensu : 29 articles donc, présentés comme des « exercices d’admiration », dessinant la cartographie d’« un paysage qui aujourd’hui commence à s’éloigner », une vue en coupe du champ littéraire de ces trois dernières décennies, Robbe-Grillet, Patricia Highsmith, Simone de Beauvoir, Toni Morrison, Dominique Rolin, Jérôme Lindon, Joyce Carol Oates, etc.

Jean Rolin © Olivier Roller
Jean Rolin © Olivier Roller

On connaît le tropisme maritime de Jean Rolin avec ses diverses modulations, depuis les espaces portuaires de Terminal Frigo (P.O.L, 2005) jusqu’au projet de traversée à la nage du détroit du même nom dans Ormuz (P.O.L, 2013) en passant par le trajet en cargo entre Europe et Afrique dans L’Explosion de la durite (P.O.L, 2007) – un tropisme dont témoigne d’une autre manière un recueil de textes journalistiques comme Vu sur la mer (La Table Ronde, « La Petite Vermillon », 2012). On sait aussi comment les guerres du xxè siècle et les conflits contemporains disséminés à travers le monde hantent son œuvre, de façon plus ou moins directe ou souterraine (Campagnes, Gallimard, 2000, Un chien mort après lui , P.O.L, 2009 ou L’Explosion de la durite). Avec son dernier texte, Peleliu (P.O.L., 2016), l’écrivain croise d’une façon encore inédite ces deux dimensions en prenant pour objet d’écriture une île du Pacifique qui fut le théâtre d’une terrible bataille pendant la Seconde Guerre mondiale et dont le narrateur va s’employer à arpenter le territoire aussi limité (13 km2) que parfaitement circonscrit du fait de son caractère insulaire.

Capture d’écran 2016-04-30 à 15.50.53Après avoir (ré)inventé Paris, Eric Kazan le (ré)arpente dans son nouveau livre, Une traversée de Paris. Il nous offre une puissante flânerie sous l’égide de Walter Benjamin dont Le Livre des passages était justement cité en exergue de L’Invention de Paris, pour rappeler que la ville n’est « homogène qu’en apparence », qu’elle est une « expérience » paradoxale de la limite et des variations puisque « la limite traverse les rues ; c’est un seuil ; on entre dans un nouveau fief en faisant un pas dans le vide, comme si on avait franchi une marche qu’on ne voyait pas ».
Paris, la « ville au cent mille romans », comme l’écrivait l’un de ses plus grands romanciers, Balzac, dans Ferragus, la ville qui ne connaît pas les pas perdus, comme le démontre une nouvelle fois Eric Hazan, dans cette superbe Traversée de Paris, qui paraît au Seuil, dans la collection « Fiction & Cie » qui lui vaut programme puisque chaque pas ouvre à un imaginaire des lieux comme à un récit de soi. 

Capture d’écran 2015-10-09 à 07.44.46Ce livre est un tombeau, l’hommage vibrant de vie et de sensualité à une femme aimée et perdue à jamais. Le récit d’un voyage à Savannah, 7 ans plus tôt, sur les traces de Flannery O’Connor, autre « vie, brève », avec Kate, sa manière unique d’aborder les gens, de filmer les lieux et les gens, caméra vers le sol.