Les peintres abstraits sont des ascètes, des spiritualistes. « Il n’y a pas de mal à ça » disait Deleuze dans ses cours Sur la peinture (Minuit, 2023). Car l’âme des peintres abstraits est fondamentalement religieuse. C’est en tout cas ce qu’on voit chez Kandinsky, qui a beaucoup peint ça et beaucoup écrit ça… Il disait : « Du spirituel dans l’art » – qui est au final l’un des traités esthétiques essentiels du XXè siècle (Du Spirituel dans l’art, et dans la peinture en particulier, Folio Gallimard) ; un livre qui s’est écrit comme par lui-même, disait Kandinsky (quasiment sans même qu’il s’en rende compte, avec des notes qui s’étaient accumulées pendant plus d’une dizaine d’années)… Puis il avait écrit en allemand le récit qu’on peut lire aujourd’hui, Les marches, mais traduit du russe, car Kandinsky s’était auto-traduit dans sa langue maternelle – le russe – pour le faire éditer à Moscou, en 1918…
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Julie Otsuka, autrice de Certaines n’avaient jamais vu la mer, qui fut elle-même peintresse avant de se lancer dans l’écriture, a écrit ce texte pour le catalogue (David Zwirner Books) à l’occasion de l’exposition des œuvres de l’artiste à la galerie David Zwirner en novembre-décembre 2022. Julie Otsuka est depuis longtemps fascinée par l’œuvre de Joan Mitchell, une des plus grandes figures de l’expressionnisme abstrait aux États-Unis, et en France où elle a vécu une trentaine d’années.
Voici un court texte merveilleux sur les nus de Pierre Bonnard, signé Yannick Haenel, qui paraît aux éditions de L’Atelier contemporain après avoir figuré dans le catalogue de l’exposition grenobloise Bonnard. Les Couleurs de la lumière (In Fine Éditions d’art, 2021). On sait que depuis À mon seul désir (Argol, 2005) en passant par La solitude Caravage (Fayard, 2019) et jusqu’au très récent Bleu Bacon (Stock, 2024), l’écrivain fait advenir une pensée profonde sur l’art et la peinture et c’est une écriture assurée, fine, ondulante et nécessairement lumineuse que l’on lit à nouveau ici.
Entre ici, Jean Siméon Chardin ! Le tableau Le panier de fraises va-t-il retrouver définitivement le Musée du Louvre après y avoir été exposé durant le Salon de 1761 ? Cette sublime nature morte ostensiblement signée par un artiste phare du XVIIIe siècle peut quitter le pays en succombant au rapacier marché de l’art mondial. Cependant, elle a été salutairement classée Trésor national le 22 avril 2022 et fait désormais l’objet d’une opération enthousiasmante : un appel au don, lancé par le musée, auquel de grands donateurs ont déjà répondu, et qui pourrait permettre au chef d’œuvre d’être acquis et d’entrer définitivement dans ses collections permanentes. Intitulée Tous Mécènes ! et donc ouverte à tout un chacun selon ses moyens, notamment via l’excellente Société des Amis du Louvre, la campagne prendra fin le 28 février prochain. Mais d’ici là, l’œuvre est à voir dans l’Aile Richelieu.
Ce qui est en train d’arriver au groupe de rock shoegaze anglais Slowdive (qui se produira en concert mercredi 17 janvier à La Cigale à Paris) tient du miracle : leur cinquième album Everything is alive a atteint le top 10 anglais, des festivals veulent les accrocher à leur programmation partout dans le monde et des adolescents postent même sur TikTok des vidéos déclarant leur amour pour certaines de leurs chansons sorties il y a… 30 ans.
À l’occasion du centenaire de la naissance du peintre et photographe américain Saul Leiter (1923-2013), les éditions Textuel offrent au public français la rétrospective d’un extraordinaire artiste de l’intime dont le nom côtoie désormais les plus grandes figures du vingtième siècle.
Pour sa seizième édition, le Festival Jerk Off se tiendra du 14 au 24 septembre et aura lieu autant à Paris qu’à Vitry-sur-Seine (MAC VAL) ou Aubervilliers (Laboratoires d’Aubervilliers).
Les lecteurs de l’écrivain et psychanalyste Gérard Wajcman savent l’importance qu’il accorde à la notion d’objet, cruciale à ses yeux. Ils se souviennent notamment de ce qu’elle lui aura permis d’explorer et de mettre en évidence quant à l’époque nôtre dans ce livre indispensable qu’il publia il y a quelque temps, L’Objet du siècle (Verdier, 1998, réédition en poche en 2012). Si bien qu’ils ne seront pas surpris de découvrir que cette notion se trouve d’emblée convoquée dans l’ouvrage que viennent de publier les éditions Nous. Un livre consistant, énergique, abondamment illustré, suggestif maintes fois, et dont le titre, en ces temps d’abattement et de complaisance nihiliste, est réjouissant au possible : Ni nature, ni morte.
Notre journal inaugure aujourd’hui une nouvelle série critique en compagnie de Siryne Z. qui, à intervalles réguliers, proposera ses peintures d’expo : rendre compte d’une exposition, d’une visite de musée non par écrit mais au moyen d’une peinture : la critique par l’image.
Il est difficile de détacher son regard d’une œuvre de Cécile Cornet. Tantôt attiré, tantôt révolté, le spectateur fait face à des scènes dont la force ne peut laisser indemne. Chacune de ses représentations est une explosion de sens et de couleurs, toutes ancrées dans des expériences intimes, qu’il s’agisse de souvenirs, de réminiscences ou de sentiments de révolte représentés par des objets devenus symboles. Chaque image est longuement pensée, imprégnée par la sensibilité d’une artiste soucieuse de mettre en lumière les inégalités sociales, entre féminisme et lutte des classes.
« C’est du Finnmark et de la Norvège du nord que je rêve. La lumière me met en extase. Elle se présente par couches, et donne une impression d’espaces différents qui sont en même temps très près et très lointains. On a l’impression d’une couche d’air entre chaque rayon de lumière et ce sont des couches d’air qui créent la perspective. C’est mystique. »
Anna-Eva Bergman, A-Magasinet, 21 avril 1979
Je ne sais plus dans quelles circonstances j’ai découvert Anna-Eva Bergman (sans doute en musardant sur la toile), mais ce fut un coup de foudre immédiat.
À la suggestion de son ami Ange Leccia, Jean-Philippe Toussaint rend hommage dans une mince et élégante plaquette que viennent de publier les éditions de Minuit. Toussaint donne à son beau texte une forme strophique par-delà toute poétique. Chacun des neuf alinéas commence par une même formule qui ne varie pas dans son attaque mais bien dans son développement. Voici l’ouverture de la première strophe : « Je veux saisir Monet là, à cet instant précis où il pousse la porte de l’atelier dans le jour naissant encore gris» (p. 9).
On n’en aura jamais fini avec ce qui nous a incité dès l’enfance à prendre de l’écart – à perturber, ne serait-ce que d’un signe discret du regard ou de la main, l’ordonnancement sévère de la photo de classe, pour aller cheminer du côté des artistes, au lieu de courtiser, en bon élève, les maîtres : préférer l’inaccessible ouvert à tous aux sirènes de l’accessible fortement hiérarchisé. Les premiers chocs demeurent solidement ancrés dans la mémoire.
Un jour, il y a longtemps, elle s’est mise à chercher. Obscurément chercher. Au début elle voulait être comédienne, elle pensait que c’était ça pour sa vie : dire les mots des autres, leurs couleurs, leurs sentiments, puis non, elle a doucement arrêté, la réalité de l’actrice s’est effacée, elle a compris sans le comprendre, en ressentant plutôt, que sa recherche allait se faire ailleurs, autrement. C’est ainsi que Nathalie, mon amie du cours Florent, est devenue Vittoretti, un artiste peintre, dessinateur, plasticien. Vittoretti c’est un « il », c’est une « elle ». Une île, une aile. C’est neutre pour mieux embrasser.
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C’est la meilleure nouvelle de la rentrée : une exposition “Anni et Josef Albers, l’art et la vie” se tient dans les salles du musée d’Art moderne de Paris jusqu’au 9 janvier 2022. L’ayant visitée dès son ouverture, j’ai pu constater sa réussite à tous points de vue, de l’accrochage au catalogue réalisé en collaboration avec The Josef and Anni Albers Foundation – un ouvrage de grande qualité, tant pour le choix des reproductions que pour les textes et la chronologie, redonnant au couple Albers la place qu’il mérite dans l’histoire de l’art du vingtième siècle : une des premières.