Slowdive, l’heureuse faille temporelle

Ce qui est en train d’arriver au groupe de rock shoegaze anglais Slowdive (qui se produira en concert mercredi 17 janvier à La Cigale à Paris) tient du miracle : leur cinquième album Everything is alive a atteint le top 10 anglais, des festivals veulent les accrocher à leur programmation partout dans le monde et des adolescents postent même sur TikTok des vidéos déclarant leur amour pour certaines de leurs chansons sorties il y a… 30 ans.

Pourquoi miracle ? Parce qu’en 1995, lorsque sort leur troisième disque Pygmalion, ôde à la musique ambient (Brian Eno collaborant à certains titres), le label Creation (maison du groupe Oasis) les vire une semaine après la mise en vente de l’album. Plus à la mode. Plus en couverture de la presse musicale qui les avait pourtant installés sur un piédestal à leurs débuts à l’aurore des années 90. Plus dans le temps d’une musique qui s’amuse en naissant (la britpop) et n’a pas le temps de réfléchir. Il faut ainsi attendre 2017 pour que Slowdive (les chanteurs et guitaristes Rachel Goswell et Neil Halstead, le guitariste Christian Savill, le bassiste Nick Chaplin et le batteur Simon Scott) ne se lance à nouveau dans le grand bain avec un disque éponyme éblouissant. Ce qui illumine décisivement chez eux ? Une appétence pour les effets de réverbération électrique, une inclinaison pour la rêverie et la sensation, des voix éthérées qui laissent le sens flotter à loisir vers une hypersensibilité vibrionnante.

Tout avec Slowdive (paroles, musique, vidéos) prend au fil des écoutes une profondeur inouïe, une consistance que justement la presse a eu tendance à négliger sur la durée, ne voyant et n’entendant finalement en eux et en leurs comparses du mouvement shoegaze (Ride, My Bloody Valentine) qu’une capacité à se célébrer eux-mêmes dans un onanisme musical incongru. C’était peine perdue, le temps a fait son affaire et il se révèle toujours particulièrement juste dans la musique : les vraies chansons tiennent aux parois des décennies, surtout lorsque les évolutions modernes du son (pédales, effets) donnent a posteriori raison aux visions esthétiques d’un groupe pour qui le fond est la forme-même : il y a une prodigieuse émotion brute (guitares et basse) au milieu de nappes de calme (claviers, chant). Il y a en somme de l’être au beau milieu de l’atmosphère et Slowdive le déploie sereinement. À applaudir.

 

Slowdive, en concert le mercredi 17 janvier. La Cigale, 120, boulevard Marguerite de Rochechouart, 75018 Paris. Album Everything is alive disponible (Dead Oceans)

Le groupe a récemment joué dans l’émission live Echoes with Jenny Beth, leur prestation sera prochainement visible sur le site d’Arte.

https://www.arte.tv/fr/videos/RC-018561/echoes-with-jehnny-beth/