Deux grands livres de la rentrée littéraire ont déjà été couronnés : Jean-Baptiste Del Amo a reçu le prix du roman FNAC pour Le Fils de l’homme (Gallimard) et Jean-Claude le Prix littéraire Le Monde pour Jacqueline Jacqueline (Seuil, « La Librairie du XXIe siècle »). D’autres prix ont annoncé leurs premières listes. Retrouvez-les ici, par ordre chronologique de publication des listes, avec liens vers les articles et entretiens publiés dans Diacritik. Cet article est périodiquement mis à jour.

La saison des prix se poursuit, les listes des livres sélectionnées se réduisent. Cet article sera actualisé toute la semaine prochaine, avec les prochaines listes du Goncourt (le 5), du Medicis (le 6) et du Prix de Flore (le 11). L’article a été actualisé, les lauréat.e.s sont indiqué.e.s dès qu’elles et ils sont connu.e.s

Les éditions de l’Olivier ont été fondées en 1991, elles fêtent donc leur 30 ans en cette drôle d’année 2021. On pourrait regretter que la pandémie mondiale contraigne voire interdise encore rencontres en librairies, colloques et autres événements qui auraient pu émailler ce formidable anniversaire. Mais le contexte si particulier qu’un virus donne à nos vies dit aussi ce qu’est la littérature : un rempart, une évasion, un repère. Et c’est bien ce type de littérature, française comme étrangère, que publie et transmet la maison d’édition d’Olivier Cohen, depuis désormais trois décennies.

Les importants « Cahiers éphémères et irréguliers pour saisir ce qui nous arrive et imaginer les mondes de demain » publiés par les éditions du Seuil comptent désormais deux numéros. Ils s’installent dans le paysage intellectuel et apparaissent comme des bréviaires indispensables pour penser la crise que nous traversons (durablement) et imaginer (collectivement) des représentations alternatives, donc agentives.

À toutes les lauréates et tous les lauréats de #mondesnouveaux

Les faits : « Dans le cadre du Plan de Relance, le gouvernement a souhaité consacrer 30 millions d’euros à un programme de soutien à la conception et à la réalisation de projets artistiques, qui portera une attention particulière aux jeunes créateurs » (source : ministère de la Culture). 264 projets artistiques et littéraires ont été sélectionnés.

Indubitablement, avec Vers la violence, Blandine Rinkel signe un des romans majeurs de cette rentrée littéraire sinon de ces dernières années. Dans un récit âpre, d’une formidable vigueur narrative, Rinkel dévoile l’histoire sans retour de la jeune Lou qui éprouve sa jeune existence au contact de Gérard, figure masculine d’un père qui oscille entre fureur sans conditions et quête inassouvie d’apaisement. Rarement on aura lu un roman qui, après MeToo, interroge avec une telle vivacité et une telle acuité les représentations féminines et masculines, en éprouve les limites et trouve dans la littérature une troublante puissance d’intellection du social. Autant de raisons pour Diacritik d’aller à la rencontre de la romancière à l’occasion de la parution de ce roman déjà clef de notre contemporain.

Les histoires d’amour finissent mal, en général. Les Rita nous ont prévenus. Rien de plus banal qu’un couple qui se défait et Isaac Rosa part de ce constat, qui est aussi un défi littéraire, pour composer son roman Heureuse fin, récit à rebours d’un couple de la rupture à la rencontre, inversion de la chronique d’une fin non seulement annoncée mais initiale.

Il suffit de lire les premières pages de l’Avancée de la nuit pour savoir qu’on va vivre une expérience littéraire peu commune. Tout d’abord le phrasé de Jakuta Alikavazovic, dense et limpide à la fois, qui s’insinue lentement dans le lecteur comme l’histoire des personnages eux-mêmes, Paul, Amélia, Albers ou Louise.

Indubitablement, avec Un Monde sans rivage qui paraît ces jours-ci chez Actes Sud, Hélène Gaudy signe un des grands romans de nos années 10. Dans ce récit épique de l’expédition polaire menée en 1897 par trois Suédois, Hélène Gaudy offre un puissant roman photosensible en engageant une des plus importantes réflexions de notre temps sur le rôle des images dans nos vies.

Emmanuel Macron aime lire. On connaissait déjà son goût pour la mythologie grecque antique, voilà qu’il dégaine à présent son amour du romanesque, dans un entretien à la Nouvelle Revue Française (pas moins). Son amour, ou plutôt celui qu’éprouve le « peuple français », épris d’aventures hautes en couleurs, de drame, voire d’un certain sens du tragique qui met en valeur les contrastes et exacerbent les émotions.

En 2014, les lecteurs français découvraient Ben Lerner à travers son premier roman, Au départ d’Atocha (publié en 2011 aux USA). Lui-même se considérait pourtant moins comme un primo-romancier que comme un poète, entretenant un rapport contrasté à une forme narrative qu’il considère toujours, alors que vient de paraître 10:04, son second roman, comme un « cadre » labile et polyphonique propre à mettre en perspective les rapports de la fiction et de la non-fiction, de la poésie et de la prose, d’un «je» à la fois exposé et mis à distance.

De l’inquiétude

Je suis d’un naturel inquiet. Dans mon premier roman, Paris s’émiette et fond sous une pluie corrosive. Dans mon deuxième roman une jeune femme disparaît comme si ce n’était rien, comme si c’était facile et évident de disparaître, comme si au fond c’était la permanence, le scandale – et non les ruptures qui nous dévient de nous-mêmes. Dans le troisième, des œuvres d’art se dégradent, se transforment : des images bien aimées, à titre privé ou collectif, deviennent irregardables.