Dans Voguer, Marie de Quatrebarbes s’appuie sur le voguing pour élaborer un texte et une poétique faits de mouvements, de lignes qui ouvrent la forme du texte, comme la danse peut ouvrir la forme du corps et y inclure tout autre chose que le simple corps. Entretien avec l’auteure où il est question de poésie et de traduction, de Dawn Lundy Martin et de John Wayne, de récit, de mashup, de désir d’émancipation, de violence raciste, ou encore du « nous » qui ferme comme du « on » qui ouvre.

A l’occasion de la parution récente de Portraits-Robots ainsi que de La poésie en trois dimensions, livre qui propose une exploration collective de son œuvre, Michèle Métail parle dans cet entretien de son rapport à la langue et aux langues, de ses procédés de création, de la musique, de la photographie, et bien sûr de la poésie dont elle est une représentante contemporaine parmi les plus originales et reconnues.

Il y a ce poème de Roberto Juarroz – poète tutélaire de Roselyne Sibille qui savait qu’on meurt de trop vivre et qu’il n’y a aucune réponse qui pût être satisfaisante à la question du silence – ce poème de Juarroz parle de la vie dessinant un arbre et de la mort en dessinant un autre. À la fin, le poème se penche sur un nid dans l’arbre de la vie qui ne contient plus qu’un seul oiseau et dont on ne sait pas s’il a été dessiné par la vie ou par la mort.

Le livre de Marie de Quatrebarbes, Voguer, se réfère au voguing. On y retrouve Venus Xtravaganza ou Pepper LaBeija qui apparaissaient dans le beau film de Jennie Livingston, Paris is Burning. Sont également présents Ninetto, l’amant de celui qui fut « assassiné dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975 sur la plage d’Ostie » (Pasolini), ou encore « les amants qui ne se rencontrèrent pas à Winkel, au mois de juin 1804 ».

Si Jean Wahl (1888-1974) est réputé comme philosophe de l’existence, et certainement pas de l’existentialisme (1) — spécialisé dans la métaphysique et historien de la philosophie, introducteur en France, entre autres, de Kierkegaard (2) et d’Heidegger (clin d’œil au remarquable travail actuel de Faye) —, critique fin de nombreux systèmes philosophiques, il est malheureusement moins connu comme poète

« et tout ce qu’il y avait autour de lui appartenant aussi,
            il n’y avait pas de frontières »

Vous êtes ici, énonce de manière apparemment plate le titre du recueil de John Freeman (Maps) qui vient de paraître chez Actes Sud dans une traduction sensible de Pierre Ducrozet. « Vous êtes ici » repère sur une carte pour celui qui cherche à se situer dans le réseau d’un plan. Mais quel est ce ici, qui est ce vous ? La cartographie de John Freeman est multiple, elle épouse le réseau des lieux, parcourt une géographie physique et intime.

La mort des autres nous laisse un peu bête. On ne sait quoi dire. Que dire ? L’expérience de la mort des autres est celle de l’inadéquation du langage, de son inanité, de son caractère fuyant. Cette espèce d’hébétude est d’autant plus vraie lorsqu’il s’agit de dire à propos d’un écrivain, et d’un écrivain comme Emmanuel Hocquard qui, à travers sa pratique de l’écriture, a fait du dire, d’abord, un problème. Pourquoi dire ce qu’il a déjà dit, ce qu’il a fait dans son écriture et qu’il suffit de lire ? On ne peut qu’inviter à lire, et pour cette invitation, on ne peut qu’ânonner, comme toujours.