On pourrait dire que le livre de Marie de Quatrebarbes, Les vivres, est habité par l’absence comme il est traversé par l’effort d’habiter cette absence. Mais il est tout autant définissable par l’effort de créer cette même absence – création par un langage qui ne se satisfait pas de dire le fait de l’absence, de simplement en parler, qui au contraire lui donne une présence qui expose le langage à un dehors, à une limite qui le vide ou le fait exploser.

Dans deux semaines, ce sera l’été. Il faut donc accélérer un peu : la pile des ouvrages à “traiter” n’est pas épuisée. Elle fait plaisir à voir. Tout n’est pas perdu en ces temps de manque. Tirons quelques volumes de cette pile, disons sept – c’était trois la dernière fois, ce serait bien que ce soit cinq la prochaine fois – et admettons que ce huitième épisode soit l’avant-dernier de la saison. C’est parti.

Dans Voguer, Marie de Quatrebarbes s’appuie sur le voguing pour élaborer un texte et une poétique faits de mouvements, de lignes qui ouvrent la forme du texte, comme la danse peut ouvrir la forme du corps et y inclure tout autre chose que le simple corps. Entretien avec l’auteure où il est question de poésie et de traduction, de Dawn Lundy Martin et de John Wayne, de récit, de mashup, de désir d’émancipation, de violence raciste, ou encore du « nous » qui ferme comme du « on » qui ouvre.

Le livre de Marie de Quatrebarbes, Voguer, se réfère au voguing. On y retrouve Venus Xtravaganza ou Pepper LaBeija qui apparaissaient dans le beau film de Jennie Livingston, Paris is Burning. Sont également présents Ninetto, l’amant de celui qui fut « assassiné dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975 sur la plage d’Ostie » (Pasolini), ou encore « les amants qui ne se rencontrèrent pas à Winkel, au mois de juin 1804 ».

En prélude au 28e Salon de la Revue qui se tiendra le 9, 10 et 11 novembre, Diacritik, partenaire de l’événement, est allé à la rencontre de revues qui y seront présentes et qui, aussi vives que puissantes, innervent en profondeur le paysage littéraire. Aujourd’hui, entretien avec Paul de Brancion de la très belle Sarrazine.

Depuis Dans la tour, paru en 1984, Danielle Mémoire est l’auteur d’une vingtaine de livres publiés aux éditions P.O.L. En octobre 2017 a paru Les Auteurs. Lors de l’élaboration de ce livre, bien avant sa publication, Marie de Quatrebarbes et Maël Guesdon avaient rencontré Danielle Mémoire et s’étaient entretenus avec elle, entre autres, de ce livre en cours d’écriture. C’est cet entretien qui est retranscrit ici, où il est question, donc, d’écriture, d’auteurs et de personnages, de sexes et de genres, de bêtise, de théâtre, du mystérieux « corpus » ou encore de… socquettes.

Les écrivains Marie de Quatrebarbes et Maël Guesdon rencontrent le cinéaste Alain Cavalier : un entretien où il est donc question de cinéma, d’images, de littérature, de textes et récit, de représentation, mais aussi de mort, de l’Inconscient, d’Homère et Charles Trenet, de dépression, d’animaux, du Christ, et bien sûr, surtout, de création.

Le cinquième numéro de La tête et les cornes poursuit ce qui fait la singularité de cette revue de poésie : privilégier les traductions, élargir le champ de notre perception et compréhension de la poésie contemporaine, ouvrir la poésie à sa pluralité, l’interroger comme espace commun de cette pluralité irréductible – la poésie étant alors le contraire d’une langue composée de mots d’ordre, l’inverse d’une langue surplombante et unifiée.

Si le titre du livre de Marie de Quatrebarbes, Gommage de tête, est emprunté à Eraserhead, le film de David Lynch, ce titre est en français plus polysémique : le gommage comme effacement mais aussi comme élimination des peaux mortes – un gommage pour supprimer, effacer de l’existence, autant que pour vivifier, rendre plus vivant : ôter ce qui est mort ou faire disparaître de l’existence. Dans les deux cas, il s’agit d’enlever, soustraire.

Entretien avec Marie de Quatrebarbes autour de Gommage de tête qui vient de paraître chez Eric Pesty éditeur : il y est question de boîte verte et tête coupée, de boules de billard cosmiques, de robinets, soit d’un usage sérieux comme ludique de référents cinématographiques ou artistiques, d’« emprunts et empreintes », de la composition même de ce livre depuis « des forces plastiques qu’on ne peut pas contraindre : C’est une matière dynamique, engagée dans de multiples essais de formes ».

Si les revues littéraires, en particulier celles de poésie, ont le plus souvent peu de visibilité, elles offrent aussi des possibilités moins contraintes et plus aventureuses que celles de beaucoup de maisons d’édition, proposant des expériences littéraires, publiant des auteurs peu ou non édités par ailleurs, les réunissant et créant des rencontres qui permettent aux revues de construire des constellations, des convergences, des points de vue multiples sur la littérature et sur ce que pourrait être une édition de création plus vivante.

Au début de ce printemps, une amie qui vit dans une ville située sur un autre continent m’a envoyé l’enregistrement d’une remarquable lecture de poésie. Le thème de la soirée était « poésie et protestation ». Assez rapidement au cours de l’événement, un différend éclate : La poésie est-elle une forme efficace de protestation ou non ? Et le cas échéant, les personnes présentes à la lecture ne devraient-elles pas simplement partir, sortir et rejoindre les manifestations qui ont lieu dans la ville et sa périphérie au moment même de la lecture ? On échange des paroles et il y a, je crois — l’enregistrement est chaotique, les gens parlent en même temps les uns des autres, c’est difficile à entendre — un vote. C’est tendu mais la lecture continue.

Écrire de la poésie après Trump est barbare (pour paraphraser un aphorisme souvent cité et que l’on éprouve si profondément, même si certains prétendent que nous ne le comprenons pas encore bien). Theodor Adorno, philosophe et théoricien de la culture allemand, a un jour fait cette remarque célèbre : « Écrire un poème après Auschwitz est barbare ».