A l’occasion de la parution de De la vérité dans les sciences, un entretien multiple avec Aurélien Barrau où il est question autant de philosophie ou d’art, que de physique, de poésie et d’art, de Jacques Derrida, de Feyerabend et Karl Popper, de sociologie et des sciences humaines, de politique, des univers multiples, ou encore de Nietzsche, d’anarchie, de créationnisme, et bien sûr de la question de la vérité.

Jean Genet écrit que la trahison est « la règle élémentaire qui dirigeait ma vie ». Trahir n’est pas un choix ou la traduction d’une âme mauvaise : c’est une règle de vie où ce qui est choisi est la vie qu’elle rend possible ; c’est le moyen positif d’une vie plus vivante puisque suivi pour que la vie soit autre chose que l’existence immédiate, donnée, soumise à d’autres règles mortifères.

Que l’écriture – et l’écriture poétique en particulier – n’ait rien à voir avec l’argent et les hiérarchies sociales, c’est ce que montre le travail de nombreuses « petites » maisons et de nombreux écrivains qui n’ont qu’un intérêt : affirmer l’écriture, le renversement du monde par l’écriture, les mondes possibles que l’écriture crée. C’est ce qu’exprime nombre de revues qui de manière le plus souvent très précaire diffusent et rendent accessibles les écritures contemporaines les plus diverses, souvent marginales.

Le siècle deleuzien de Jean-Clet Martin, n’est pas un livre sur Deleuze mais avec Deleuze. Loin de s’enfermer dans l’exercice d’un commentaire fort peu deleuzien, de vouloir expliquer Deleuze, de le réciter selon une approche très scolaire ou de le rabattre sur des questions et problèmes que son œuvre a précisément contribué à vider de leur sens, Le siècle deleuzien propose une pensée avec Deleuze, pensée qui ne peut ainsi qu’être originale, nouvelle – puisqu’il s’agit avant tout de créer.

Le 20 mars dernier, Frank Smith présentait au Collège des Bernardins (75005) une série de cinétracts qu’il a réalisés à partir d’images prélevées sur le web, dans le flux assourdissant et aveuglant des actualités. Frank Smith s’inspire dans ce travail des cinétracts réalisés durant les événements de mai 1968 par Chris Marker et Jean-Luc Godard.

Elles en chambre, de Juliette Mézenc, interroge les conditions, les processus et les finalités de l’écriture. Mais il ne s’agit pas d’un essai, puisque le livre se situe dans une sorte d’espace nomade et multiple où la réflexion, la rêverie, la fiction, la poésie se rencontrent pour créer un livre et un discours atypiques qui déplacent et débordent les frontières, les limites des êtres, des genres, des langages.

Un livre ne commence pas – absence de commencement, une écriture sans début ni fin. Livre déjà commencé, déjà commencé d’être écrit. Non dans l’existence de l’écrivain, ses expériences, son enfance heureuse ou malheureuse, ses pensées, bêtes ou géniales, mais dans quelque chose en lui, un ailleurs à travers lui ouvert à l’absence de commencement, ouverture sans bord, illimitée – qui ne serait que cela, ouverture, vide désert, béance sans lieu, sans espace.

Avec Un temps pour se séparer, Sébastien Smirou écrit un livre qui tourne autour de la figure de Robert Capa. Si l’investigation que mène l’auteur autour du photographe se présente comme une « fiction psychanalytique », elle est aussi l’occasion d’un certain rapport à soi, au monde, à l’histoire, à la psychanalyse, à la littérature, à la photographie, à la mort. Un temps pour se séparer met en œuvre une recherche littéraire qui conduit à l’invention d’un livre hybride et singulier, construit autant comme un journal que comme une fiction ou une série de réflexions subjectives – de notes – sur la psychanalyse, le corps, le geste photographique ou la judéité. Ce livre est enfin une approche de Robert Capa dans laquelle la visée purement biographique est remplacée par la tentative de cerner la vitalité d’une vie, la dynamique vitale à l’œuvre derrière – paradoxalement – la volonté de faire l’expérience de la mort, de photographier la « mort au travail ».

Le 25 février dernier, à la librairie Michèle Ignazi (75004), les Éditions Mix. présentaient leurs dernières parutions. Spécialisées en littérature contemporaine, philosophie et écrits d’artistes, les Editions Mix. ont été créées en 2004 par Fabien Vallos. Fidèle à sa volonté de favoriser les livres de recherche et d’expérimentation, la maison d’édition publie en ce début 2016 un ensemble de livres qui couvrent ces trois domaines autant qu’ils en redistribuent la répartition et en questionnent les frontières.