Tribune : Aux ordres (Livre Paris, Libération)

Capture d’écran 2016-03-17 à 16.08.10Le 16 mars, hier soir, était inauguré le Salon du livre de Paris – lire au salon, pépère, au coin de la cheminée ? Le livre comme un petit salon cosy ? Alors que les livres devraient être dans la rue…

Le droit d’entrée est de 12€ (tarif réduit pour étudiants et plus de 65 ans), avec flicage à l’entrée puisque tu es un voleur potentiel : si tu transportes des livres avec toi, tu devras les déposer à l’entrée.

Dans le Salon du livre, tout se côtoie, tout et son contraire, peu importe le contenu, seul compte le livre comme produit, l’important étant que ça se vende : indifférenciation totale typique du néolibéralisme pour lequel tout se vaut dans la mesure où la seule valeur de tout est la valeur financière, ce que ça peut rapporter, le fric.

Le salon du livre porte bien son nom : salon du livre comme produit et non salon de la littérature. Qu’est-ce que le Salon du livre fait – de non anecdotique – pour la poésie, pour les jeunes écrivains, les jeunes maisons d’édition, les maisons d’édition sans fric ?

Si le prix d’entrée est de 12 €, combien rapporte le Salon du livre ? A qui ? Combien payent les exposants ?

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François Hollande à l’inauguration Livre Paris le 16 mars 2016 – Photo : Dominique Bry

Le Salon du livre – le petit salon feutré du livre comme repère et symbole bourgeois – accueille François Hollande sans broncher, sans manifester, bien aux ordres.

François Hollande, c’est le camp de Calais, la trahison d’à peu près toute idée de gauche, une politique culturelle au point mort, une politique du livre au point mort, des librairies qui ferment, une monopolisation de l’édition et de la diffusion sans aucune réaction de la part des institutions publiques, etc.

François Hollande, c’est la criminalisation des luttes, de la contestation, c’est la reprise à tous les niveaux de la logique néolibérale, c’est l’institutionnalisation de l’état d’urgence comme politique policière, répressive, excluante, c’est le démantèlement violent des camps de roms, c’est combien de promesses de campagne non tenues ? C’est l’instrumentalisation de la pauvreté, de la détresse des réfugiés, de la précarité des chômeurs, des minorités, des femmes, des malades, au profit d’une politique électoraliste bien à l’aise avec les exigences de la haute finance et du néofascisme qui s’installe en Europe. C’est tout cela qui a été accueilli sans broncher avec l’accueil très poli et de bon ton qui a été fait à François Hollande par tous les gens – écrivains, intellectuels, journalistes – qui se trouvaient au Salon du livre et qui ont eu la chance, peut-être, et la fierté de lui serrer la main…

Mais l’important est de vendre des livres, l’important est que ça se vende, peu importe quoi, des livres comme des conserves ou n’importe quoi. Peu importe le reste – le reste n’existe pas et demeure au dehors, loin des sourires, des petits fours, et des gens qui ne volent pas les livres…

Capture d’écran 2016-03-17 à 16.12.41D’un autre côté, aujourd’hui, Christine Angot, dans Libération/Libéralisme, interviewe… Nicolas Sarkozy. Non un sans papier, non un chômeur, non une prostituée, non le SDF au coin de sa rue, non un type qui erre dans le camp de Calais – mais Nicolas Sarkozy, dans un TGV, 1ere classe, qui lui offre un petit sandwich… Et elle l’interroge sur sa personne, rien d’autre, sur son caractère : pas un mot sur sa politique violente, ses mensonges et inventions dans ses discours politiques, son ratage politique total. Non, pas un mot, sur rien en dehors du petit monde dans lequel, pour un moment, elle se confine avec Nicolas Sarkozy.

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Là encore, une complaisance dégoulinante, une servilité de petit chien émerveillé qu’on lui offre une caresse. Une complaisance de classe, puisque ce qui n’est pas présent dans le texte d’Angot sur Sarkozy insiste pourtant : tous ceux qui subissent cette politique ultraviolente et qui sont simplement niés, inexistants. Non, vous n’existez pas, ni dans ce TGV avec Sarkozy et Angot, ni au Salon du livre qui applaudit François Hollande. Bien gentille Angot, aux ordres, dans la proximité du pouvoir, bien accueillant le Salon du livre – accueillant pour quoi sinon la violence politique, financière, le cynisme de mort qui tient lieu de politique et, manifestement, de pensée ?