Le livre de Jean-Michel Espitallier n’est pas une histoire du rock, de la pop, du punk. Le récit est une sorte d’autoportrait indirect, subjectif, à partir d’un rapport intense à la musique, aux musiques qui font plus qu’accompagner une vie – qui la façonnent, l’inspirent, la guident, l’intensifient : « J’écoute du rock depuis plus de cinquante ans. Il a construit ma vie, ma sensibilité, mon imaginaire, mon rapport au monde ».

Les corps flottants sont des fragments du corps vitré, des taches mobiles, présentes dans le champ de vision, difficiles à percevoir en elles-mêmes puisqu’elles se déplacent avec les mouvements de l’œil. Dans le récit de Jane Sautière, les corps flottants renvoient à un autre objet, le passé, à ceux et celles qui ont disparu, que l’oubli fait disparaître, qui persistent comme des ombres, opaques à la surface du souvenir.

Avec Real life, les éditions La Croisée publient la traduction du premier roman de l’auteur américain Brandon Taylor. Situé dans une université américaine, le livre développe une narration centrée sur les limites du langage et du sensible, la « réalité » qui apparaît ou qui est dite renvoyant à un double qui n’est pas vu ni dit, qui en tout cas ne l’est pas immédiatement, qui peut-être ne peut pas l’être.

Lieu privilégié de la création artistique sous toutes ses formes, la Cité internationale des Arts (site Montmartre) ouvre ce week-end ses portes au public pour une visite des lieux et des ateliers d’artistes. Cet événement est plus précisément consacré aux artistes sélectionné.e.s dans le cadre des Résidences Art Explora qui accueillent chaque année une vingtaine d’artistes du monde entier.

Retrouvant un procédé qu’il a déjà utilisé pour composer Army (2008) ou, autre exemple plus récent, Centre épique (2020), Jean-Michel Espitallier écrit Tueurs à partir d’images de films, des images vidéo ici trouvées sur le net : images de massacres, de tortures, de meurtres, faites dans un contexte de guerre ou de conflit par des « amateurs », des images tournées avec des portables.

Avec Brûlées, Ariadna Castellarnau avait écrit un monde de l’entre-deux, de l’indétermination du sens, une sorte de chaos très étrange. C’est ce monde que l’on retrouve dans L’obscurité est un lieu – monde, donc, obscur, constitué non de frontières mais de leurs chevauchements, de dimensions différentes qui se recouvrent, se traversent, s’échangent.

Avec J’ai fait un vœu, Dennis Cooper retrouve la figure de celui qui a été le « centre », ou l’attracteur, d’un cycle de cinq romans, et peut-être de ses autres livres. George Miles est ce jeune garçon, puis adolescent, rencontré dans sa jeunesse par l’auteur et qui, un jour, se donnera la mort. C’est autour de lui que Dennis Cooper écrira, entre les années 90 et 2000, le « cycle George Miles ». Pourtant, J’ai fait un vœu n’est pas un volume supplémentaire de ce cycle ni une sorte d’explicitation. Le livre est d’abord un récit où s’articulent le désir et l’écriture, livre qui questionnerait le moteur de l’écriture de Dennis Cooper, ce qui lui donne vie.

Depuis le 18 avril dernier, un collectif d’immigré.e.s occupe un immeuble d’entreprise abandonné de la rue Saulnier, à Paris, dans le 9e. Constitué de personnes immigrées avec ou sans papiers, ne bénéficiant d’aucun logement et contraintes de « vivre » dans la rue, le collectif a rebaptisé le lieu « l’Ambassade des Immigré.e.s. ».

Les aventures de China Iron de l’écrivaine argentine Gabriela Cabezón Cámara, qui sort en poche chez 10/18, est plusieurs livres à la fois : un conte, une utopie, un récit gauchesque, un roman d’éducation. Ce roman, finaliste de l’International Booker Prize 2020, est autant une critique politique qu’un récit écologiste, une aventure queer qu’un texte où la poésie entremêle les rythmes et forces naturels, l’Histoire, l’imaginaire, les corps. Il s’agit d’un livre où l’identité est subvertie, renversée, remplacée par d’autres relations au sein de ce qui est.

Si le livre de Liliane Giraudon implique une « dialectique poétique du fragment », celle-ci est pourtant bien peu dialectique du fait d’une logique du montage et du mouvement (ou des mouvements). Le livre est autant composé de mots, de phrases, que de chocs, de rencontres, d’écarts, de fuites. Tout y est mobile : mots, syntagmes, temps, identités, sens. La synthèse dialectique laisse la place à une étrange dialectique du déchirement, de la fragmentation, à des synthèses disjonctives. La « dialectique du fragment » n’efface pas le fragment, le fragmentaire, elle ouvre au contraire le texte à une polyphonie qui réalise une universelle fragmentation.

Le roman de Maxime Actis, Ibrahim Qashoush, est celui d’un monde en ruines, fragmenté, et d’un point de vue tout autant fragmenté sur ce monde. L’errance, l’incompréhension, un sentiment de distance et en même temps de présence, la difficulté à réunir en un tout l’ensemble de ce qui est vécu et pensé dominent le rapport à ce monde écroulé. La figure d’Ibrahim Qashoush, qui donne son titre au livre, n’est elle-même qu’un morceau de ce monde, un morceau mal ajusté au monde et à lui-même.