Ça commence par un trajet Paris-Marseille en TGV pour retrouver la ville de naissance et les fêtes de fin d’année : trois heures pour lire.
éditions de Minuit
Ça commence par deux lectures successives, un peu au hasard, deux livres qu’a priori rien n’aurait pu réunir : J’ai fait un vœu, de Dennis Cooper et Le Livre de Frank, de CAConrad — si ce n’est qu’ils sont publiés chez P.O.L et qu’Elsa Boyer les a tous deux traduits (Le Livre de Frank, avec Camille Pageard).
30 octobre 2025. Au lendemain de la sortie en salles de Ce que la nature te dit de Hong Sangsoo, projection du film Les Recommencements d’Isabelle Ingold et Vivianne Perelmuter au Forum des images : magnifique, furieusement inventif sur le plan formel, tout en restant toujours au plus près de ce qu’il montre et fait entendre (nul vain formalisme – plutôt un grand déploiement des sens).
Les derniers cours de Deleuze à Vincennes, l’université créée sur une décision du ministre de l’Éducation nationale Edgar Faure, en réponse au mouvement étudiant de Mai 1968 – où Gilles Deleuze disait se sentir vraiment spinoziste, soit prêt à admirer, à signer la phrase : « la mort vient toujours du dehors » ; ou encore : « la mort n’est pas un processus »…
À l’Ouest, surnaturel comme l’a écrit Paul Louis Rossi, les pages se tournent sans précipitation ; les journées se suivent, à peu près semblables, sinon pour qui se montre sensible aux plus infimes nuances ; la chaleur reste modérée et la pluie se fait rare. Au réveil, marcher deux ou trois kilomètres avant de reprendre le chemin de la lecture, faisant irrégulièrement des pauses pour marquer d’un post-it déchiré en fines lamelles tel ou tel passage : prudence élémentaire, sachant qu’une fois rentré au bercail, une partie de ce que la mémoire aurait dû enregistrer se sera évaporée.
C’est après avoir longé, en autostop, la frontière américano-mexicaine que Sylvain Prudhomme écrit et publie Coyote. Tissant paroles, polaroids, récits et influences cinématographiques, il rassemble les vérités qui coexistent dans la zone traversée. Comment rendre ces rencontres sensibles aux autres, aux lieux, à ce qu’ils racontent pour se fondre en elles ? Coyote, composé d’éclats d’histoires recueillis par l’écrivain-passager, est publié chez Minuit, six ans après « On The Road », un reportage commandé par la revue America et paru en 2018. Entretien avec Sylvain Prudhomme.
Ça commence par la double définition du mot Coyote : le mammifère, le passeur. Le coyote qui donne son titre au dernier livre de Sylvain Prudhomme.
En 1984, Marguerite Duras recevait le prix Goncourt pour L’Amant. Quarante ans plus tard paraît une édition spéciale (enrichie de quatre entretiens avec Marguerite Duras et de reproductions de manuscrits et tapuscrits originaux) qui retrace la genèse de cette parution.
Je n’y allais pas pour faire un reportage
Encore moins pour faire la révolution
Non
L’usine c’est pour les sous
Un boulot alimentaire
Comme on dit
Joseph Ponthus, À la ligne (2019)
Le récit de Claire Baglin, En salle, qui paraît dans la collection de poche « Double » des éditions de Minuit, démultiplie les côtés — l’enfance et l’âge adulte, l’usine et le fast-food, au sein de l’empire des frites la salle et le drive — et, quel que soit l’espace, un écart, un pas de côté qui refuse à l’histoire tout manichéisme ou sentiment sans partage. Il est rare d’entendre une voix aussi originale et aussi posée dès un premier roman. Celle de Claire Baglin s’impose, comme héritée du récit social mais brûlante d’une singularité farouche et quasi insaisissable.
Ça commence par les Lettres luthériennes. J’ai dix-huit ans, c’est mon anniversaire, on m’offre les Lettres luthériennes de Pier Paolo Pasolini. Sous-titré : Petit traité pédagogique.
Dans l’arène ennemie, le beau, puissant et élégant volume d’écrits de Monique Wittig que publient les Éditions de Minuit, se lit comme une cartographie des combats auxquels a pris part l’écrivaine et théoricienne féministe et lesbienne née en 1935 et disparue en 2003. On ne peut s’empêcher d’entendre un écho avec deux autres titres : L’ennemi principal, article fondateur puis ouvrage en deux tomes de Christine Delphy qui a compagnonné avec Wittig aux débuts du mouvement féministe dans les années 1970 – avant une brutale rupture personnelle, politique et théorique –, et L’ennemi déclaré de Jean Genet, qui, comme Wittig, a interrogé les liens entre littérature et révolution radicale, et auquel l’écrivaine elle-même a pu se référer ponctuellement. Critique et entretien avec Sara Garbagnoli et Théo Mantion.
Avec L’Enfant dans le taxi, Sylvain Prudhomme signe indubitablement son plus grand livre. Ce puissant roman revient sur la figure de Malusci, le grand-père, pour tenter de percer le secret de M., cet enfant naturel né dans l’Allemagne de l’Après-Guerre des amours de Malusci avec « l’inconnue du lac de Constance ».
Magnétique et splendide : tels sont les deux mots qui viennent à l’esprit pour qualifier la nouvelle pièce de Laurent Mauvignier, Proches qui vient de paraître aux Éditions de Minuit. Dès ce 12 septembre, la pièce sera jouée au théâtre de La Colline à Paris dans une mise en scène de Laurent Mauvignier lui-même, une première pour l’auteur.
Avant de rassembler quelques notes griffonnées au fil de mes lectures désordonnées de trois livres de Philippe Beck – Ryrkaïpii ; Idées de la nuit suivi de L’Homme-Balai et Une autre clarté. Entretiens 1997-2022 (Le Bruit du temps) –, je me repasse distraitement quelques enregistrements de musiques composées entre 1998 et 2013 dans la solitude du studio 116C du GRM (à la Maison de la Radio), ou chez moi, au piano et à la table.
Se promener dans les livres – enregistrant au passage certaines lignes, certains enchaînements ; faisant des pauses ; oubliant momentanément ce qui vient d’être enregistré ; reprenant le parcours, en attente d’on ne sait quel surgissement – me rappelle ce que j’ai accompli quasi-quotidiennement durant des décennies pour une chaîne de radio nommée France Culture.