Récemment, nous commentions ici même une grande autrice « incestuée », à savoir Christine Angot (si elle veut bien me pardonner cette désignation désinvolte mais aussi pleinement articulée à notre modernité la plus brûlante). Et voilà qu’aujourd’hui Pierre Bayard, allant en sens inverse, jette un pont vers l’Antiquité et la pièce la plus magistrale du théâtre grec, l’Œdipe roi de Sophocle. C’est que l’on ne quitte pas le domaine de l’inceste pour autant, car ladite pièce propose un modèle familial hautement symbolique en même temps que très perturbé, où l’on voit notamment une mère entraînée à coucher avec son fils et un père se faire assassiner par le même — si l’on en croit la prédiction d’Apollon.
éditions de Minuit
Propriété privée, le grand roman de Julia Deck, vient de paraître en poche, dans la collection Double des éditions de Minuit. Dans ce quatrième récit, plus encore que dans les précédents, Julia Deck déploie avec grâce et férocité une critique sociale (sinon politique) aiguë de ce qu’on pourrait appeler des « bobos » épris de nature et choisissant de vivre dans un « éco-quartier » : le couple Caradec.
Avec La Fille qu’on appelle, Tanguy Viel signe sans aucun doute son plus grand roman à ce jour. Dans une ville de province, une jeune femme, Laura, fille du boxeur Max Le Corre et mannequin à ses heures, décide un jour d’aller rendre visite à Quentin Le Bars, maire de la ville, afin qu’il lui trouve un logement. Mais une fois qu’elle rencontre cet homme de l’Ancien Régime, rien ne se passe comme prévu. Puissante et sombre fable contemporaine, La Fille qu’on appelle marque un tournant décisif dans l’écriture de Viel en questionnant plus avant les rapports sociaux, et notamment la domination du masculin dans la société française. Rarement un tel portrait de femme, aliénée par la tyrannie masculine, aura atteint en littérature une telle force politique. Autant de raisons pour Diacritik de partir à la rencontre du romancier pour discuter d’un des romans les plus remarquables de ces dernières années.
À l’heure où Gallimard rachète les éditions de Minuit et où paraît chez Gallimard l’indispensable correspondance des Nouveaux Romanciers éditée par Carrie Landfried et Olivier Wagner, retour sur la mythologie de la photo fondatrice des éditions de Minuit et du Nouveau Roman, rue Bernard-Palissy un après-midi de 1959.
Il y a peu, Christine Marcandier s’entretenait dans nos colonnes de l’œuvre critique de Maxime Decout à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage, Éloge du mauvais lecteur. Soit un titre paradoxal, qui est bien dans la ligne de Maxime Decout comme dans celle de la collection « Paradoxe » des éditions de Minuit. De cet « Éloge » si particulier, nous ne voudrions évoquer ici que les remarques conclusives tout en les assortissant de quelques commentaires.
Palpitant et enlevé : tels sont les mots qui viennent spontanément à la lecture d’Adultère, le nouveau roman d’Yves Ravey qui paraît ces jours-ci chez Minuit. Au cœur d’un désastre financier qui l’oblige à fermer son commerce, Jean Seghers, le narrateur, est comme conduit, presque malgré lui, à s’inquiéter de son entourage et bientôt à tout vouloir liquider. Véritable page turner, Adultère se donne comme un récit qui ne cesse de nourrir une réflexion sur l’identité et l’empreinte spectrale des images dans nos vies. Autant de raisons pour que Diacritik aille à la rencontre du romancier le temps d’un grand entretien.
Stimulant et neuf : tels sont les deux termes qui viennent à l’esprit pour qualifier le dernier essai de William Marx, Des étoiles nouvelles qui paraît aux éditions de Minuit. Originant sa réflexion sur une vive polémique qui, au début du siècle dernier, agita la France au sujet d’un sonnet de Heredia, Marx explore une manière inédite d’appréhender la manière dont la littérature découvre le monde et permet de le percevoir. Oeuvrant à ce qu’il nomme une astrocritique, le professeur au Collège de France enquête sur l’image des étoiles nouvelles et ses accidents en traversant nos bibliothèques. Autant de raisons pour Diacritik de partir à la rencontre de l’essayiste le temps d’un grand entretien.
Voici un essai plein d’allant et d’espoir et qui traverse les histoires littéraires de part en part depuis les grands auteurs latins jusqu’à Marcel Proust.
Tout utilisateur d’une tablette ou liseuse a dû comme moi voir apparaître cette notification étrange lui proposant de calculer et améliorer son « score » de lecture et ironiser sur cette idée saugrenue. Voilà pourtant que paraît, qui plus est aux prestigieuses éditions de Minuit, un Éloge du mauvais lecteur. La qualité de nos lectures pourrait-elle donc être évaluée ? La question valait d’être posée à son auteur, Maxime Decout, grand lecteur de Perec ou Gary et spécialiste de la mauvaise foi comme de l’imposture.
Les deux derniers romans de Jean-Philippe Toussaint (Clé USB et Les Émotions) avaient pour héros-narrateur un haut fonctionnaire chargé de la prospective à la Commission européenne de Bruxelles. Or, voici que la très brève Disparition du paysage sorti hier en librairie ne fait pas suite aux deux récits précédents.
(Pour Olivier L.)
« Une petite place tout ce qu’il y a de plus ordinaire, avec un rond-point fleuri, un terminus de bus, il y en a d’ailleurs un qui attend avec à l’intérieur un petit chauffeur en bras de chemise accoudé sur un volant trop grand.
(pour Émilie N.)
« Trouvé hier parmi les paperasses cette note fragmentée.
Livre qui ne serait qu’un test de mémoire, celle du narrateur qui après des années cite les propos de différentes personnes sans les distinguer, et celle du lecteur lui-même s’il s’y prête.
« Donc, soudain, sans qu’il comprenne comment, ni puisse dire à quel moment cela s’est produit, ni depuis combien de temps, un cavalier (l’un ou l’autre) prend tout à coup conscience qu’il n’a plus devant lui la croupe du cheval qui le précédait,
« Quand allez-vous m’exécuter ? demanda Breughel.
Dans la ligne du si réjouissant Peut-on parler des livres qu’on n’a pas lus, voici que nous lisons Comment parler des faits qui ne sont pas produits ? ou, plus justement, « qui ne se sont pas produits sous cette forme ? » C’est défendre là un sacré paradoxe au moment où ce menteur invétéré de Donald Trump tente de se faire réélire Président US à coups de fake news.