Calendrier d’une avant-rentrée : le 17 août paraîtra, aux éditions de l’Olivier, dans une traduction de Nicolas Richard, Histoire de mes dents de Valeria Luiselli, première autobiographie dentaire, ou la rencontre de Borges et Plutarque, de Marcel Schwob et Michel Foucault, entre vies infâmes et vies imaginaires, texte d’une « féroce liberté » (p. 149).

En 1976, au cœur tourmenté de Martin, l’un des ses films les plus accomplis mais sans doute l’un de ses plus méconnus, George Romero laisse dans la bouche ensanglantée de son personnage de vampire, toujours déjà mort, toujours déjà vivant, plus zombie que vampire, comme un testament toujours inaccompli qui dirait, après sa mort, sa permanence cinématographique à être vivant. Après avoir commis le meurtre de cette femme qu’il surprend, lui-même surpris, au lit avec son amant et les avoir si violemment vidés de leur sang, le jeune vampire, adolescent en dissidence, glisse, en effet, à cet animateur radio auquel il se confie : « Je tue mais ce n’est pas comme dans les films de vampire, vous savez. Je rêve de mourir. Je suis un vampire qui rêve de mourir, un homme déjà mort qui attend de mourir. » Peut-être n’existe-t-il pas de plus lumineuse escorte à la mort aujourd’hui connue, révélée cette nuit, comme un écho à son œuvre, de George Romero qui vient, à 77 ans, de nous quitter en laissant derrière lui une œuvre cinématographique parmi les plus vives et neuves du dernier demi-siècle : zombie avant l’heure, vampire de tous les cinéphiles.

Autant j’étais sorti de l’adolescence avec un bonheur non dissimulé autant j’étais entré dans ma vie de jeune adulte avec une angoisse certaine. Lycéen prometteur, du moins aux dires de mes parents qui me voyaient passer le plus clair de mon temps enfermé dans mes livres ou griffonnant sur mes cahiers de textes successifs. J’écrivassais des poèmes malheureux. Je recopiais des paroles de chanteurs « à texte », je m’appropriais (et plagiais ou pastichais à l’occasion) les mots des autres pour exprimer l’ingratitude de mon âge. J’étais donc on ne peut plus normal : j’avais les envies d’un homme marié et les moyens d’un premier communiant.

A eux. 2008. 2014

En 1994, les éditions de l’Olivier publiaient Ma mère de Richard Ford. Le texte, d’une pudeur qui n’avait d’égale que sa sobriété bouleversante, était un questionnement de la filiation, entre identité et altérité. L’hommage à la mère tout juste disparue devient diptyque avec Entre eux qui vient de paraître, juxtaposant « à la mémoire de ma mère » un « au loin, je me souviens de mon père ». Le déchirement identitaire y gagne encore en intensité : « en écrivant ces doubles mémoires — à trente ans d’écart — » il s’agit pour l’auteur de rappeler qu’il a été « élevé par deux individus forts différents, chacun m’imprimant sa perspective, chacun s’efforçant d’être en harmonie avec l’autre ». Tenter de « pénétrer le passé » est pour lui « une gageure dans la mesure où ce passé tend, sans complétement y parvenir, à faire de nous ce que nous sommes ».

Akram Belkaïd, journaliste algérien, vient de faire paraître aux éditions Erickbonnier dans la collection « Encre d’Orient », un recueil de quatorze nouvelles dont le point de jonction est le 20 mars 2003, « la nuit de pleine lune » où les États-Unis ont déclenché l’invasion de l’Irak pour renverser le pouvoir en place.

La définition de vivant ne va plus de soi depuis des années notamment face à une médecine dont le progrès brouille les frontières entre corps vivant, malade et cadavre. L’état de mort cérébrale en est l’exemple le plus frappant. Cependant une approche du concept semble apparaître en ce début du XXIe siècle : après l’ère de la robotique, de l’homme androïde, du corps métallique qui fut le fantasme du siècle dernier – depuis les hommes robotisés des peintures de Fernand Léger au mouvement cyberpunk des années 90 –, la chair organique revient comme modèle du nouveau vivant. Mais ce n’est pas cette chair saine et bien portante à laquelle certaines médecines douces tentent de redonner ses titres de noblesse mais une chair qui retourne à sa définition originelle. Chair modeste, trop modeste, une simple chair comestible… Car le corps humain, roseau pensant, malgré la grandeur d’âme qu’il peut contenir, qu’est-il au final si ce n’est un assemblage d’os, de muscles et de veines ? Que devient-il, privé de sa pensée, si ce n’est un simple tas de viande ?

Je pense à la phrase de Paul : « j’ai envie d’être un mec mieux que bien ». Je ne peux m’empêcher de sourire (intérieurement, cela-dit, pour ne pas le blesser). Qu’est-ce que c’est que cet aphorisme fatigué ? D’où lui est venue cette fulgurance sans relief ? Alors qu’il m’a jeté à la figure ses considérations déchirantes à grands renforts de figures de styles aplaties et de métaphores puissamment faibles sur notre âge commun, j’en viens à me demander soudain ce qui nous lie. Des traits de caractère semblables ? Des goûts similaires ?

« Le baccalauréat constitue l’un de nos derniers rites initiatiques, mais sa valeur réelle est bien inférieure à sa valeur symbolique. Je souhaite simplifier le bac » : tels sont les quelques mots lapidaires par lesquels Emmanuel Macron, alors candidat, appelait de ses vœux une profonde réforme de l’examen national sitôt son élection venue.