« C’est donc ici que les gens viennent pour vivre ? »
Rilke
« La mort avait failli la faucher cette année-là. », écrit « L. », une mort qui serait venue la chercher par surprise.
« C’est donc ici que les gens viennent pour vivre ? »
Rilke
« La mort avait failli la faucher cette année-là. », écrit « L. », une mort qui serait venue la chercher par surprise.
Ruhla Uhren gehen nach wie vor
Dans son Visas d’un jour (Bourgois, 1994), Hanns Zischler cite cette publicité, dont la RDA avait le secret et qui par son sens à double détente pouvait aussi nourrir l’humour est-allemand : Les montres Ruhla marchent hier comme aujourd’hui ou Les montres Ruhla retardent autant qu’elles avancent. Par ailleurs, ce n’est même pas sûr qu’il ne s’agit pas d’une plaisanterie, car ladite publicité n’est pas documentée.
Retour sur un roman publié en octobre dernier, signé Iain Levison, poil à gratter du confort bien-pensant d’une certaine Amérique, Ils savent tout de vous : certains êtres peuvent lire dans la pensée des autres, un don rapidement utilisé par le gouvernement pour mieux traquer les citoyens. La télépathie est une arme pour le FBI. Mené sur le rythme haletant d’un thriller, le récit de Iain Levison est un brûlot contre nos sociétés de l’espionnage généralisé, de la mise en coupe de la vie privée au nom d’intérêts supérieurs.
Il y a une femme – Lora Sander – qui fuit son pays en proie à la dictature et à la guerre civile.
Il y a un colt 45 que lui a légué son père.
Et il y a Marie Redonnet qui, après quelque dix ans de silence, publie, entre fable et théâtre, La Femme au colt 45 aux éditions Le Tripode.
T’imagines là pam. Tu te retrouves dans un tourbillon de rien entouré d’eau mouvante.
Y’a pas de notion de ci de ça. C’est là. Il n’y a plus ni l’avant ni l’après. Juste là.
Y’a maintenant. Et après tu seras peut-être mort. Alors il n’y a pas d’après. Juste toi et toi et elle.
« Les hommes ont été pris par surprise, ils n’étaient pas biologiquement préparés, leur corps, fait pour voir, entendre, est inadapté. Leurs yeux, leurs oreilles, leurs doigts ne leur sont sont d’aucun secours: les radiations sont invisibles, elles n’émettent ni son, ni odeur, sont impalpables ». Svetlana Alexievitch, Le Monde, 25 avril 2006.
Mardi 26 avril, Arte consacre sa soirée à Tchernobyl, 30 ans après, avec la diffusion de trois documentaires, tous liés à la catastrophe du 26 avril 1986 et à ses conséquences sur les hommes et l’environnement.
Caen, le 26 avril 2016
Chère Simona,
J’espère que tu te portes au mieux depuis que nous nous sommes rencontrés à Caen. Le sinistre anniversaire des 30 ans de la catastrophe de Tchernobyl, me replonge, malgré moi, dans les souvenirs et impressions de mes voyages dans la zone interdite.
Tchernobyl, 1986, Lucile Bordes a quinze ans. Elle se souvient de ces « jours à roder sur l’envers du monde », ceux de la catastrophe et surtout « du silence autour ». Comme le dit le proverbe russe en exergue du roman : « mens, mais souviens-toi ». Alors, pour se souvenir passer par le mensonge vrai de la fiction et trois personnages comme « trois focales différentes pour dire un événement qui, trente ans après, reste impensé » : Lucie l’adolescente du Sud de la France, « quinze ans et le monde à mes pieds », Ludmila qui vit juste à côté de la centrale et Ioula, à Kiev. Parce que malgré les reportages à l’époque, les essais, les documentaires et films, malgré même La Supplication de Svetlana Alexievitch, « Tchernobyl n’existe ni pour vous, ni pour moi ». C’est pourtant cet « endroit sur terre où l’homme a rendu sa vie impossible. C’était il y a trente ans et c’est maintenant ».
Dans une page de remerciements, à la fin de son premier roman, Tout ce qui est solide se dissout dans l’air, l’écrivain irlandais Darragh McKeon cite, parmi d’autres influences, Svetlana Alexievich et sa Supplication (Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse). Et la filiation entre les deux livres est en effet troublante, la réponse de la fiction à l’enquête, une forme de transfictionnalité avec le réel et le document comme point d’appui commun, le prolongement dans Tout ce qui est solide d’un dialogue ou de ces discours qui innervent La Supplication, « des bribes de conversation », pour dire non pas seulement une catastrophe technologique et écologique majeure mais des drames humains, intimes, l’histoire collective comme singulière d’un événement.
Sans doute Prince pourra-t-il demeurer dans les mémoires chacune pour avoir été le premier musicien né après la musique. Sans doute, comprend-t-il, un soir d’avril 1980 alors qu’il vient achever quelques dates de sa première tournée, dans un temps décidément où il ne parvient pas encore à naître à lui-même en dépit de déjà deux albums où sa voix tente de forer le lisse de toute chanson, sans doute saisit-il ainsi au volant d’une voiture dont le souvenir est inconnu de nous que toute chanson est finie.
Le premier numéro de Pandora, toute nouvelle revue estampillée 100% BD éditée par Casterman, a paru le 13 avril dernier. Entretien avec Benoît Mouchart, Directeur éditorial de Casterman à l’initiative de ce projet collectif qui célèbre la diversité de la bande dessinée dans ses styles et sous toutes ses formes.
Olivier Steiner :
Très beau, ce titre de ta dernière expo chez Dilecta, Quelque chose d’invisible n’en peut plus. C’est de Hélène Bessette ?
Rada Iveković rappelle que les réfugiés ont une histoire et que cette histoire est aussi la nôtre, que les conflits meurtriers ou les situations de crise dont ils essaient de se protéger sont aussi les conséquences d’une histoire coloniale, de politiques internationales où l’Europe, entre autres, avance souvent en eaux très troubles. Ce contre quoi les réfugiés cherchent refuge est aussi l’histoire de l’Europe et les intérêts européens.
Gary Shteyngart est né en 1972. Et le quatrième livre qu’il publie, à 42 ans, n’est pas un roman. Il s’agit ,déjà, de mémoires qui pourraient avoir pour titre celui de l’un de ses précédents livres, Traité de savoir vivre à l’usage des jeunes russes, Absurdistan ou Super triste histoire d’amour. Mémoires d’un bon à rien est le récit d’une vie particulière comme d’une œuvre, un nouveau départ. Paru en grand format aux éditions de l’Olivier, Mémoires d’un bon à rien vient de sortir en poche, chez Points.