Quentin Pradalier : Juste là, par Yohan Dumas (Photo-graphies)

Quentin Pradalier
Quentin Pradalier, Lit

T’imagines là pam. Tu te retrouves dans un tourbillon de rien entouré d’eau mouvante.

Y’a pas de notion de ci de ça. C’est là. Il n’y a plus ni l’avant ni l’après. Juste là.

Y’a maintenant. Et après tu seras peut-être mort. Alors il n’y a pas d’après. Juste toi et toi et elle.

Elle qui bouge perpétuellement dans son lit, et aujourd’hui tu t’es fait prendre dans la couette.

Hé oui. Incontrôlable. J’te le souhaite pas.

J’me suis débattu. Mais tu te bas pas vraiment. Tu n’as pas vraiment d’ennemi.

Peut-être même que cet ennemi tu ferais mieux de le caresser. De l’aimer.

C’est contre toi que tu te bas. Contre ta folie qui t’a mis dans de beaux draps.

Parce que t’es là, seul.

Seul tu le seras peut-être toute ta vie, mais là celle-ci risque d’être un peu courte. Alors la solitude tu la comprends autrement. Tu ne t’en plains pas. Et de l’eau t’en es plein à en vomir.

Plein d’une misère noire de ta propre condition animal stupide qui tombe dans un trou.

Là tu comprends ; tu n’es qu’un animal. Pauvre bête.

T’as déjà vu un chien nager dans les vagues?

C’est le bout là.

Là.

En face.

Parce que, qui plus est, tu vois la côte. Elle te nargue, elle te tire la langue dans ton pire désespoir.

Il y a peu de temps tu lui souriais stupidement, en disant : « la mer est belle aujourd’hui ».

Et là tu es allé nager, dans des creux de deux mètres, comme un toutou qui a perdu sa baballe sur l’auto­route. Tu te fais écraser. Gentiment. Tu es juste loin. Tu peux rien faire. Rien. Enfin si tu te débats, mais tu te bas pas parce que tu n’as pas d’ennemi.

Ce jour-là, la Pachamama faisait la grasse mat, et toi tu touches la gueule de bois.

 Yohan Dumas

Yohan Dumas est diplômé de l’école d’art d’Aix en Provence 

Le site de Quentin Pradalier

Photographies 1 : Quentin Pradalier, je cherche un homme par Ludovic Drouet, à retrouver ici