kaspar de pierre (La lettre volée, 2017) est la réappropriation et revivification de la légende qu’est devenu Kaspar Hauser, l’enfant trouvé, mystérieusement arrivé en mai 1828 aux portes de Nuremberg après 17 ans de captivité. Il s’agit pour Laure Gauthier, comme elle l’explique dans l’entretien qui suit, de le recomposer en marge de la « biographie archivée pour conserver le mouvement d’écrire ».

Naomi Klein le constatait dans No Logo : nous vivons désormais dans un « village », « reliés les uns aux autres par une trame de marques ». Et elle énonçait une « hypothèse simple : lorsqu’un plus grand nombre de gens découvriront les secrets des marques qui composent la trame mondiale de logos, leur indignation alimentera le prochain grand mouvement politique, une vague ample et déterminée d’opposition aux transnationales, surtout celles qui jouissent d’une très franche reconnaissance de marque ». Dévoiler le secret de l’une de ces marques, au logo blanc et vert si reconnaissable, est justement ce à quoi s’emploie le documentaire de Luc Hermann et Gilles Bovon, Starbucks sans filtre, qu’Arte diffuse ce soir à 20 h 30.

En 2018, presque cinquante et trente ans respectifs après les événements abordés, le hasard de l’édition nous fournit un regard croisé ouest-est allemand sur l’histoire récente de l’Allemagne en plongeant successivement dans la période post-soixante-huitarde vécue depuis la province rhénane et dans l’avant et l’après-réunification à travers les tribulations d’un jeune Allemand de l’Est, qui démarrent également dans la profondeur du pays, mais en ex-RDA cette fois-ci.

Philippe Vasset est un explorateur inlassable du monde comme de nos cartographies imaginaires, qu’il s’agisse de zones blanches et cartes muettes ou des réseaux saturés du monde physique comme numérique. La géographie est au cœur des fictions qu’il arpente, en témoigne son dernier livre, Une vie en l’air, dont la forme dérive du lieu, et pas n’importe lequel, « un long trait de béton, tendu à sept mètres de hauteur », la piste de l’aérotrain dans la Beauce, « ce portique (…) dont je n’ai jamais su me défaire » : « dès l’origine, l’édifice fut un accélérateur de fictions ».

Dans son Histoire des chambres (2009), Michelle Perrot expliquait que ce lieu est « le théâtre de l’existence, ou du moins de ses coulisses » : « La chambre cristallise les rapports de l’espace et du temps ». Sans doute est-ce aussi la fonction comme la poétique de Nohant pour George Sand, cette « maison d’artiste » qui lui sera, tout au long de sa vie, un espace intime et familial comme amical et social, un lieu où écrire et aimer mais aussi recevoir.

Revenant (part. prés., adj. et subst.) : 1. (personne, chose) qui revient. 2. Esprit d’un(e) défunt(e) censé revenir de l’autre monde pour se manifester aux vivants sous une apparence humaine.

« Elles font une petite danse autour de moi en battant des mains et en chantant : « Il est revenu ! » (p. 31). L’enfant prodigue est revenu : ainsi la mère et la tante accueillent-elles l’écrivain de retour au pays natal, célébrant tout à la fois l’enfant Jésus et le grand enfant de quarante-trois ans qu’elles ont sous les yeux, dans un discret syncrétisme du quotidien où les dieux vivent parmi les humains – et réciproquement.