Le vieux monde se meurt, écrivait Antonio Gramsci, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres… nous sommes toujours là, incrédules et un peu hébétés, dans cet entre-deux qu’on appelle le présent. Le climat se dérègle, le modèle économique dominant semble à bout de souffle, les peuples se réveillent, le monde pyramidal des stars inaccessibles s’est écroulé comme un château de cartes, on semble avoir perdu le fil de l’histoire et la verticalité, l’amour et la haine diffusent dans le flux continu des informations, à travers les rhizomes numériques, on s’ajoute on se suit on se like, ce n’est ni bien ni mal, c’est aussi mal que bien, c’est que le monde change, il change tout le temps, chaque jour, chaque soir…

« Mille mètres de crawl, autant de brasse coulée, et cinq cent mètres de papillon » : Piano ostinato, récit étroitement resserré (comme l’est le livre, long d’à peine quatre-vingt dix pages), dure ce que dure un entrainement de natation un peu soutenu, tôt le matin (entre 7h 09 et 8h 15 très exactement) dans une piscine du 19è arrondissement de Paris.

La solitude Caravage qui vient de paraître chez Fayard est un livre qui fera date dans la connaissance et la portée de l’œuvre du génie italien. Comme dans ses romans, Yannick Haenel dévoile une suite prodigieuse de précisions, de scènes et d’illuminations qui se lisent par bonds. C’est un tour de force : ces toiles si connues, si commentées et qui ont quatre siècles se posent devant nos yeux comme si c’était la première fois. Voici le Caravage vivant, miraculeusement là. L’auteur nous a accordé un grand entretien.

Extrait de Star, le premier album d’AH-MER-AH-SU, « Perfect » pourrait en être le résumé. Dans Star, les mélodies électroniques sont au service de textes exposant des expériences de soi et du monde dans lesquelles des subjectivités se disent, se heurtent au monde mais aussi à soi-même, s’efforcent de s’inventer en essayant d’inventer un monde dans lequel exister. Star serait une sorte de journal intime mais à plusieurs, tant le disque est traversé par une parole personnelle en même temps que collective.

Il y a trente ans, le 12 mars 1989, Tim Berners-Lee nous offrait le World Wide Web : le Web ou une forme d’utopie, au sens premier du terme, bien avant sa colonisation par le commerce, le traçage des données et autres perversions des idéaux premiers. Comment mieux fêter cet anniversaire qu’en évoquant Aaron Swartz, enfant du Web, héraut du libre partage de l’information ?

« Anthropocène », « Capitalocène », « Occidentalocène » : les mots sont multiples pour désigner une seule et même crise, celle que traverse notre monde, abîmé — abîmé parce qu’en mauvais état, abîmé parce qu’en plein effondrement, pour reprendre le titre d’un essai de Jared Diamond. États du lieu depuis l’arpentage mené dans le dernier numéro de la revue Critique, dirigé par Marielle Macé et Romain Noël.

C’est le livre-séisme qui met à nu l’homosexualisation massive du Vatican et de l’Église depuis des décennies et dans le monde entier. Entretien avec Frédéric Martel qui signe ce livre proprement sidérant, brillant, respectueux qui pourrait obliger l’Église à réévaluer son discours et sa doctrine.

Troisième mois de l’année et dernier moi de cette série de chroniques prétexte à toutes les inepties sous couvert de culture générale copiée-collée sur Internet, Mars vient du latin Martius en honneur au dieu romain de la guerre. Ce qui en fait donc un mois martial par excellence : ce n’est pas pour rien que la rigueur militaire emprunte à Mars pour commander aux troupes qui s’ébrouent à l’unisson quand le chef de colonne leur crie « en avant, mars ! » pour les faire avancer au pas le 14 juillet sur les Champs Elysées.