Le moi de juillet

Juillet : juilletistes sous la tonte (détail)

Juillet est appelé ainsi grâce à l’empereur Auguste qui a renommé le cinquième mois de l’année Quintilius en Iulius pour rendre hommage à Jules César. Saluons au passage Auguste pour ce geste car désormais, ceux qui préfèrent prendre le gros de leurs congés payés républicains en même temps que les forçats de la petite reine, sont appelés les juilletistes. Par opposition aux aoûtiens qui prennent leurs vacances en août en plus d’avoir un sobriquet qui ressemble à une espèce d’acarien.

Un peu d’histoire :

Contre toute attente, le juilletiste n’est pas un partisan de la monarchie de Juillet, de même que les nombrilistes ne sont pas des adeptes des Chiffres et des lettres. Cette précision sémantique posée, alors que c’est au mois d’août qu’on fait les fous, les gros matous, les sapajous, c’est généralement en juillet pendant que la nature est en fête qu’on fait des rations.

Sans juillet qui tape au pont-levis, il n’y aurait pas eu cette manifestation qui s’est tenue pour la première fois le 14 juillet 1790 afin de commémorer la démolition de la célèbre prison un an plus tôt par une poignée d’ouvriers du bâtiment non déclarés et culottés quoi qu’on en dise. Beaucoup de rumeurs et de contre-vérités ont circulé autour de cette destruction restée dans les mémoires. Ainsi, il n’est pas avéré que l’édifice aurait dû être reconstruit pierre par pierre sur les bords de l’Allier dans le cadre de la loi de décentralisation de l’administration pénitentiaire. D’ailleurs, mis à part dans les couloirs qui mènent au bureau du maire de Béziers, on ne s’est jamais réjoui à l’idée de créer une Bastille Vichy.

En termes de marketing, la Fête de la Fédération a été ce que l’on peut communément appeler un four, un flop, un vrai bide : dès la deuxième édition, la fréquentation n’est pas au rendez-vous, le prix élevé des boissons à la buvette révolutionnaire frôle l’escroquerie et on ne peut même pas amener son manger. Les organisateurs ayant misé sur une un droit d’entrée trop élevé pour toucher une clientèle large, quand on sait que le revenu moyen de l’époque était à peine de 100 cent sous de l’heure, il ne fut donc pas étonnant que les rares participants se soient ennuyés ferme.

Ayant tiré les enseignements de cet échec, la nouvelle équipe d’organisateurs eut la bonne idée de créer un événement populaire entièrement gratuit (i.e. payé par l’impôt) permettant depuis plus de 200 ans aux contribuables de s’extasier à l’œil devant des défilés militaires qui coûtent un bras, de voir une part non négligeable du PIB partir en fumée et exploser en rosaces bleu, blanc, rouge dans le ciel des grandes villes jusqu’aux communes les plus reculées. Tandis qu’au sol, les assujettis sociaux qui n’ont pas les moyens de partir en vacances ou sur le tracé du Tour de France cycliste s’avinent dans les traditionnels bals des pompiers locaux, noyant leur détresse provinciale dans le mauvais vin ou la bière tiède, finissent leur nuit nationale dans les bras de Morphée sur une chaise de salle des fêtes en plastique ou sur la banquette arrière d’un Kangoo d’occasion en compagnie d’un ou d’une partenaire. De seconde main également.

Depuis la nuit des temps, Juillet est traditionnellement le mois des récoltes et des fourrages, pendant lequel les paysans vont aux champs comme on pointe à l’usine : aux aurores et regrettant de ne pas avoir fait d’études, embrassé la carrière de vendeur de lunettes pour éclipses solaires, s’être présenté vingt ans durant à la députation après avoir brigué cinq fois la Mairie afin de pouvoir continuer à votre les lois interdisant le cumul des mandats.

Le saviez-vous ? Si les congés d’été sont si longs – soit l’équivalent du délai d’attente moyen avant d’avoir en ligne un technicien compétent de n’importe quel SAV –, c’est parce que les travaux estivaux demandant un apport important de main d’œuvre agricole bon marché, il était on ne peut plus normal de se tourner vers les enfants scolarisés en rupture de bancs d’écoles, afin de les occuper aux champs plutôt que de les laisser livrés à eux-mêmes déambuler dans les rues ou squatter les cages d’escaliers jusque tard dans la nuit. Il fut donc décidé que les instituteurs mettraient les progénitures apprenantes à la porte de l’école dès la fin juin pour ne les accueillir à nouveau qu’à partir de septembre et jusqu’aux vendanges. Depuis, parce que l’agriculture n’est plus un des piliers de l’économie, la tradition qui perdure permet aux enseignants et élèves d’aller baguenauder dans les cimetières à la Toussaint, skier à la Noêl ou la Clusaz, de prendre les eaux à la Chandeleur, à Pâques ou à la Trinité.

Enfin, sachez que c’est en juillet 1998 que la France s’est trouvé une nouvelle fêt’ nat’, quand l’équipe de France a battu le Brésil en finale de la coupe du monde de Football (le 12). Depuis, les électeurs français se souviennent toujours avec émotion et la larme au coin de l’œil de la victoire des black-blancs-beurs sur les cariocas à bracelets brésiliens. Sauf peut-être au moment d’aller mettre un bulletin FN ou Les Républicains dans les urnes borgnes. Parce que merde on est chez nous. C’est vrai quoi ! Il ne manquerait plus que les futurs Zidane, Vieira, Desailly se trouvent parmi les enfants des migrants qui déferlent dans notre beau pays.

Vivement le moi d’août !