Que dire d’un roman dont le charme puissant est tout entier dans sa forme ? Il faudrait, à son image, construire une fugue, tisser un récit lancinant et itératif. Se taire et laisser infuser sa poésie paradoxale, légère et dense. Ou se contenter d’écrire qu’heureux sont ceux qui n’ont pas encore ouvert Hélène ou le soulèvement d’Hugues Jallon et vont découvrir ses deux amants éperdus qui n’ont « pas de prénom l’un pour l’autre ».
Ripley: Final report of the commercial starship Nostromo, third officer reporting. The other members of the crew – Kane, Lambert, Parker, Brett, Ash, and Captain Dallas – are dead. Cargo and ship destroyed. I should reach the frontier in about six weeks. With a little luck, the network will pick me up. This is Ripley, last survivor of the Nostromo, signing off.
C’est sur cette déclaration jetée dans l’espace des télécommunications comme une bouteille dans la mer intersidérale, que le premier épisode de la saga initiée par Ridley Scott se clôt.
François Leperlier, à qui l’on doit notamment une biographie de Claude Cahun (Fayard, 2006), publie aux Éditions Lurlure un essai profond et polémique consacré à l’état actuel de la poésie.
Peut-être que, comme le disait un personnage d’Eugenio Montale, la poésie n’existe pas. La poesia non esiste.
Elyria, 28 ans, est une femme à laquelle, en apparence, tout réussit : elle a un mari, un travail enviable (scénariste), un appartement à Brooklyn. Pourtant, elle décide de larguer les amarres.
Après son Petit traité d’écologie sauvage où l’animisme des Jivaros d’Amazonie, adopté comme pensée dominante, pousse les membres du G20 à se réincarner en grèbes huppés (vous non plus vous ne savez pas ce que c’est?) et finir leurs jours barbotant dans une lagune, Alessandro Pignocchi vient investir notre jardin. La Cosmologie du futur tacle notre conception du monde environnant, de celui qu’on cherche à rejoindre les week-ends d’automne, et qu’on remarque fièrement sous nos pieds lorsque tombe de nos chaussures tapant le trottoir bitumé un pétale de boue sèche : la nature.
« Je ne sais toujours pas si je suis le premier homme ou le dernier chien » : la citation de Youri Gagarine en exergue du livre de Pavel Vilikovský ouvre à l’espace même qu’arpente le récit — un lieu flottant et labile, celui des entre-deux.
Voyageur ironique, le narrateur, double de l’auteur, lui-même mis en abyme par la figure de Thomas Bernhard, interroge nos identités, celles que forgent littérature et politique, ces deux frontières complexes de nos cartographies mentales.
Quatre ans après Le fils de Saul, László Nemes revient avec son deuxième long métrage, Sunset. La photographie est de même signature, le cadrage aussi, et on notera par-dessus tout le goût que nourrit le cinéaste pour la prétendue immersion dans l’Histoire via un personnage qui nous y fait voyager.
C’est la nuit. Sous les néons au loin, une plage. Un homme chante, M chante. Et sa complainte yiddish nous déchire, s’accroche au ressac, à la nuit de Tel Aviv, indifférente.
« J’aimerais pouvoir écrire ce récit à la manière des gens qui se souviennent de tout » : cette phrase, extraite d’Une année avec mon père, pourrait dire Le Chagrin d’aimer de Geneviève Brisac,, portrait diffracté, tendu, presque buté d’une mère impossible, Jacqueline, dite Hélène ou Mélini.
Diacritik inaugure une série d’entretiens explorant les nouvelles écologies du récit : que peut la littérature dans un monde en crise ?
Les éditions Wildproject célèbrent cette année leur dixième anniversaire : l’occasion de lancer cette série par un grand entretien avec leur fondateur, Baptiste Lanaspeze.
Bien sûr, il y a le casting et la performance d’acteur(s), Christian Bale, Amy Adams, Steve Carrell, Sam Rockwell… mais derrière les ressemblances physiques censées donner corps (au sens propre) et vie au biopic signé Adam McKay consacré au sulfureux (et quasi oublié) DIck Cheney, il y a surtout un film gigogne inventif et drôlement cynique : Vice, ou comment un péquenaud du Midwest est devenu Vice-Président des États-Unis et a façonné le monde à l’aune de son conservatisme et de son goût du secret.
Au fond, il suffirait peut-être de tirer un trait sur telle ou telle addiction pour trouver enfin de nouvelles pistes d’exploration.