Gaëtan Brulotte se présente comme « écriveur ». Rien à voir avec « l’écrivant » de Roland Barthes (lequel dirigea sa thèse de doctorat, Aspects du texte érotique, à l‘EHESS). C’est plutôt une manière à la fois modeste et orgueilleuse, voire québécoise, d’exprimer sa passion pour l’écriture et la lecture.
Passion qu’on perçoit avec netteté dans Nulle part qu’en haut désir.

L’imaginaire de la cabane, Marielle Macé le souligne dans son petit livre, connaît un engouement frappant dans différents domaines de la pensée depuis quelques années : en littérature, en anthropologie, en philosophie, en politique. Il est paradoxal que les deux auteurs dont il est question ici, Marielle Macé donc et Lionel Ruffel, choisissent d’en décliner le motif à leur tour pour y installer l’énergie politique de re-création que tous deux professent, promeuvent, espèrent et appellent – car la cabane, après tout, évoque d’abord le repli, la sortie du monde.

C’est un événement d’ampleur, exceptionnel, qui aura lieu du 4 au 6 juin au Centre Pompidou avec Le Parlement des Liens, créé à l’initiative des éditions Les Liens qui libèrent. Dans le sillage de l’important collectif Relions-nous ! La Constitution des liens, qui vient de paraître et sur lequel Diacritik reviendra bientôt, il s’agira ici de tisser ensemble les formes du savoir et de la création pour renouer les fils d’un dialogue mis à mal par la pandémie, et témoigner d’une véritable révolution dans le domaine des idées. Les lieux culturels rouvrent, plus que jamais rouvrons les débats.

Très tôt, Jean-Christophe Bailly a eu la conviction qu’il serait écrivain, quelqu’un donc qui écrit, qui écrit des livres. On aurait tendance à penser qu’il s’agit principalement d’essais. Ils le sont, certes, mais des essais qui s’écriraient avec les autres genres, qui les élargiraient, qui ne désolidarisent pas le « désir de comprendre » d’une « expérience d’écriture ».

« Anthropocène », « Capitalocène », « Occidentalocène » : les mots sont multiples pour désigner une seule et même crise, celle que traverse notre monde, abîmé — abîmé parce qu’en mauvais état, abîmé parce qu’en plein effondrement, pour reprendre le titre d’un essai de Jared Diamond. États du lieu depuis l’arpentage mené dans le dernier numéro de la revue Critique, dirigé par Marielle Macé et Romain Noël.

C’est un livre événement, sans doute aucun, l’un des plus importants essais parus cette année : Qui parle ? (Pour les non-humains) de Kantuta Quirós et Aliocha Imhoff, qui paraît aux PUF dans la collection « Perspectives critiques » reprend, avec force, la question du « qui parle ? » afin de la poser à l’ère anthropocène. Comment donner ainsi la parole, en notre temps, à ceux qui ne peuvent la prendre, animaux, machines, végétaux ? Ne faut-il pas inventer ce qu’on pourrait nommer une politique du silence qui rendrait la démocratie à la démocratie en l’élargissant hors de l’humain ? Autant de questions passionnantes et fondatrices que Diacritik est allé poser aux deux essayistes le temps d’un grand entretien.

J’enlève la tique dans la critique, je l’extirpe : ne reste plus que le cri, cri qui n’est même pas le mien « propre », qui est le cri, notre cri à tous, de bébé, d’origine ou d’effroi, de terreur, de surprise ou de joie, cri de l’humanité, qu’il soit étouffé de peur bleue ou projeté de rage vers un ciel étoilé, immuable, grand observateur silencieux, qui ne dit rien, qui jamais ne répond…

« Car c’est là où je suis, là où se tient ce texte : entre les nouveaux morts et les anciens vivants, entre la vie qu’on eut et celle qu’on n’aura plus. Là exactement. » Tels sont les mots, vibrants et poignants, et bientôt ultimes qui viennent presque clore le splendide dernier livre de Mathieu Riboulet, Les Portes de Thèbes qui vient de paraître aux éditions Verdier.

Dans ce qui est au bord, rien ne reste mais chacun cherche pourtant à s’accrocher, à surseoir à la disparition, à trouver dans le battement du monde le sens impromptu de sa propre apparition. La cité n’accueille pas. La cité ne recueille pas. La cité est parfois cette communauté triomphante qui sait poser avec elle des frontières où chacun devient le barbare qui ne peut pas pénétrer.

Émouvant et fort : tels sont les termes qui viennent à l’esprit à peine la lecture achevée de Dans ta voix, tous les visages disent Je de Serge Ritman qui vient de paraître chez Tarabuste. En autant de poèmes, Ritman dévoile un chant nu, celui qui va à la rencontre d’une aventure plurielle : qui part du corps et de la jouissance de l’autre pour l’élargir au film du monde, un monde où le soulèvement serait celui d’un peuple. C’est peu de dire que la poésie de Ritman dépasse le lyrisme : elle l’élargit à la pulsion politique du vivre. Autant de sujets que Diacritik ne pouvait manquer d’aller évoquer en compagnie du poète le temps d’un grand entretien.