Du livre de Laura Vazquez on aura sûrement envie de parler longtemps, parce que ces 318 pages représentent une épopée mentale, une sorte d’aventure spirituelle portée au degré 0 de l’Internet, parce qu’il s’y déplie des pages et des pages que l’on scrolle, encore et encore, sans pouvoir s’arrêter.

Les 22 nouvelles qui composent Incident au fond de la galaxie, qui vient de paraître en poche chez Points, dans une traduction de Rosie Pinhas-Delpuech, sont la plus formidable entrée qui soit dans l’univers singulier de l’écrivain israélien Etgar Keret pour qui n’aurait jamais lu ses fables tragi-comiques, des récits qui condensent toute l’absurdité, aussi désespérante qu’hilarante de nos destinées contemporaines.

En 2012, dans un entretien amical, Jean-Luc Nancy et Jean-Clet Martin échangeaient au sujet de Derrida, du corps, du politique, de Spinoza – échanges ouvrant ou soulignant des résonances, des lignes possibles entre l’œuvre de l’un et celle de l’autre, des transversales à l’intérieur de chacune de ces œuvres qui sont aussi des lignes qui tendent vers un dehors, comme pour toute pensée véritable.

On aurait pu penser la vogue des vies imaginaires dépassée, l’exofiction tarie après une grosse décennie commerciale épuisant le genre. À lire les romans de la rentrée littéraire 2021, on en est loin : du portrait rapproché de Lucette Destouches aux vies de Chevrolet, le choix demeure large dans les rayons des libraires. Si cette production ne brille généralement pas par sa singularité et ne dépasse pas la portée littéraire d’une fiche Wiki, quelques romans font exception. Parmi eux, Le Temps de Tycho signé Nicolas Cavaillès qui paraît chez Corti.

Il ne s’agit d’un roman d’amour que par accident. Le thème majeur d’Un homme pareil aux autres n’est en effet pas l’amour – accidentel, anecdotique – entre un homme noir, Jean Veneuse, et une femme blanche, Andrée Marielle, mais bien plutôt le racisme systémique qui sévit en France et plus largement au sein du système impérial. L’amour « interracial » n’en est que le terrain d’application qui sert à comprendre les « souffrances morales » d’une « intelligence trop sensible ».

À Diacritik, nous connaissons Emmanuelle Lambert à travers deux essais qui firent date, l’un consacré à Jean Genet, l’autre à Jean Giono. Nous la connaissons aussi par sa contribution puissante à la récente mise au jour en Bibliothèque de la Pléiade des Romans et Poèmes de Genet et en particulier à travers ce roman le plus « risqué » de l’auteur que fut et reste Pompes funèbres dont Emmanuelle Lambert donna notice et notes. Nous allons la découvrir à présent en cette rentrée littéraire à partir d’un roman plus que personnel publié sous le titre déroutant du Garçon de mon père — titre que contredit sur le bandeau du volume et de façon provocante la photo d’une fillette au doux sourire.

À l’annonce de la mort de Jean-Luc Nancy, ma première réaction a été le silence, suivie de près par l’écoute de musiques que nous avions partagées. Puis, le désir de réentendre sa voix se faisant sentir, je me suis repassé quelques-uns des travaux que nous avions élaborés en commun dans le cadre de la création radiophonique à France Culture, au tournant des siècle XX et XXI. Beaucoup de souvenirs. Toujours agréables.