Qui connaît aujourd’hui Louise Colet, autrice du XIXe siècle, dont l’œuvre très éclectique a été couronnée de succès éditoriaux ? Juliette Adam, sa contemporaine, dont le traité politique Idées anti-proudhoniennes sur la femme, l’amour et le mariage de 1858 a osé démonter point par point la rhétorique misogyne de l’éminent socialiste Proudhon ? Qui connaît encore Alexandrine de Tencin, la mère de Jean d’Alembert, aussi libertaire que libertine, qui a tenu un célèbre salon au XVIIIe siècle et a produit quatre romans à la carrière européenne, republiés avec un égal succès jusqu’à la fin du XIXe siècle ? Comme tant d’autres autrices et artistes, elles ont été »invisibilisées » par le processus d’effacement des femmes dans l’Histoire, que le dénigrement et les jugements misogynes ont favorisé à dessein.
Créé en juillet 21 au Festival d’Avignon, Liebestod constitue le premier volet d’un diptyque somptueux éprouvant la splendeur de l’amour à l’aune de la souffrance.
Comment est-il possible, quand on a commencé à publier en 1963, que l’on a écrit des romans par centaines sous son nom et sous pseudonymes dont une bonne dizaine de chefs d’œuvre, des essais majeurs, du théâtre, des recueils de poésie et de nouvelles, d’offrir des livres toujours aussi sidérants ? Joyce Carol Oates est cette énigme, une autrice qui marque, décennie après décennie, l’histoire littéraire et échappe, aussi régulièrement au prix Nobel qui aurait pourtant dû, depuis longtemps, couronner son œuvre. Sans doute JCO est-elle trop prolifique, sans doute a-t-elle trop frayé avec des genres populaires pour les jurys compassés. Tant pis pour eux. Son dernier roman publié en France, La nuit. Le sommeil. La mort. Les étoiles, aux fidèles éditions Philippe Rey, prouve une fois encore, s’il était besoin, la puissance romanesque corrosive de l’une des plus grandes autrices américaines contemporaines.
Voici un petit ouvrage délicieux. Et même trois fois délicieux. Il l’est par son petit format, tenant du calepin tout scolaire quoique fort élégant dans l’exécution. Il l’est encore par l’association du père poète (Jean-Luc Outers) et du fils graveur (Simon Outers). Il l’est enfin par son thème si subtilement mélancolique.
Entretien de Paul de Brancion avec Michèle Métail, autour de son livre Le Paysage après Wang Wei, paru en mai 2021 aux éditions LansKine.
En décembre 2020, nous avions exploré un certain nombre de fictions centrées sur la maîtresse de Baudelaire, Jeanne Duval. Depuis cette date, d’autres fictions ont été publiées dont la qualité incite à poursuivre le rêve de mieux connaître « la Vénus noire ».
Au printemps 2021, les Syriens commémoraient les dix ans de la Révolution syrienne, anniversaire marqué par plusieurs parutions en France, dont celle des Lettres à Samira de Yassin al Haj Saleh, et du livre de Justine Augier qui lui est consacré, Par une espèce de miracle. L’exil de Yassin al Haj Saleh. Celui-ci, après avoir fait seize ans de prison sous Hafez pour appartenance au parti communiste syrien, s’était engagé dans le soulèvement de 2011 et avait rejoint la ville de Douma dans la Ghouta insurgée, de même que son épouse Samira Al Khalil, et leur amie avocate Razan Zeitouneh. Toutes deux furent enlevées le 9 décembre 2013 par un groupe salafiste, alors que Yassin al Haj Saleh était parti à Raqqa, où plusieurs de ses frères furent enlevés par Daech. Elles n’ont jamais réapparu, de même que Nazem Hamadi et Waël Hamadé qui avaient été enlevés avec elles. Alors que s’achève cette année commémorative des dix ans de cette « révolution impossible » (Yassin al Haj Saleh), nous avons désiré revenir sur ces faits et faire entendre la voix de cet intellectuel, une des plus lucides et profondes de la diaspora syrienne disséminée aujourd’hui dans le monde.
Il y a quelque temps Pierre Vinclair avait franchi, pas à pas, la longue terre désolée d’un fameux poème de T. S. Eliot (Terre Inculte. Penser dans l’illisible, 2018). Le voilà qui reprend son sac de sherpa pour gravir un autre Everest : John Ashbery et son Autoportrait dans un miroir convexe, très long poème écrit par le poète états-unien Ashbery (1927-2017) en écho, en mémoire, en miroir de la toile éponyme du peintre italien Le Parmesan (1503-1540).
État des lieux est le dernier tome de l’Autobiographie en mouvement de Deborah Levy, triptyque ouvert avec Ce que je ne veux pas savoir et poursuivi avec Le Coût de la vie, tous trois parus aux éditions du Sous-Sol dans une traduction de Céline Leroy, magicienne du texte en ce qu’elle rend la chair et les nervures du texte original tout de nuances subtiles. Real Estate s’offre comme la quête d’un « lieu où vivre et travailler à son rythme », une forme de chambre à soi que l’on trouve aussi dans les mots des autres, à commencer par ceux des traducteurs : « être traduite, c’était comme vivre une autre vie dans un autre corps ».
Je reste sidéré par la puissance d’attraction qu’exerce la bande dessinée sur ses exégètes, qu’ils soient de simples aficionados ou de savants professeurs : passion dévorante et le plus souvent exclusive. Pour ma part, je ne me suis jamais senti concerné par cette forme d’addiction, par ce trop-plein d’amour pour ce qui est, encore pour beaucoup, un genre.
« 7 février
Aux latrines, quelqu’un s’est servi de la page d’un des derniers journaux que nous avons reçus. On peut encore lire des parties de reportage d’un journaliste sur l’étrange phénomène qui est en train de se produire à Sapukai : l’apparition d’une femme qui se dit envoyée par Dieu, et qui se fait appeler ou que l’on dénomme la Prophétesse de Cerro Verde.
Emmanuel Lascoux est allé à la rencontre de la Muse homérique afin de nous offrir une nouvelle prodigieuse traduction de L’Odyssée. Il a choisi de restituer le souffle d’une oralité vive et expressive, sonore et multi-vocale. Diacritk s’est entretenu avec lui afin de découvrir les secrets d’une langue qui trouve son phrasé entre la parole et la musique.