Peut-on tomber physiquement amoureuse d’une forme architecturale et entretenir avec elle une relation jusqu’à la séparation ? C’est exactement le genre d’expérience que Sophie Poirier a vécue avec un immeuble installé à même la plage sur la côte Atlantique. Son roman Le Signal – du nom de ce lieu étonnant – est passionnant.

« J’aimerais bien savoir en quoi je suis un homme et même si j’en suis un » : telle est la question centrale d’Un garçon comme vous et moi d’Ivan Jablonka qui paraît en poche chez Points, soit l’interrogation polyphonique d’un Âge d’homme ou le versant masculin du fameux « on ne naît pas femme, on le devient » de Simone de Beauvoir. Par quels mécanismes devient-on garçon puis homme, quels rôles et fonctions société et culture nous assignent-elles ? Pour répondre à cette question à multiples fonds, Ivan Jablonka entreprend un renouvellement de l’entreprise autobiographique, sous le signe d’un « parcours de genre ».

Gaëtan Brulotte se présente comme « écriveur ». Rien à voir avec « l’écrivant » de Roland Barthes (lequel dirigea sa thèse de doctorat, Aspects du texte érotique, à l‘EHESS). C’est plutôt une manière à la fois modeste et orgueilleuse, voire québécoise, d’exprimer sa passion pour l’écriture et la lecture.
Passion qu’on perçoit avec netteté dans Nulle part qu’en haut désir.

Parmi les nombreux ouvrages que Jean-Pierre Martin a publiés, il n’en est guère qui ne se distingue pas par quelque idée insolite ou encore par tel ou tel paradoxe de départ. La dernière fois, le narrateur faisait collection, dans Mes fous, de personnages dérangés du cerveau. Mais, cette fois, il rompt vraiment les amarres. C’est qu’il prétend donner une idée des si nombreux Martin (lui compris) qui peuplent la France et le monde, fût-ce en traduction et tradition locales.

L’un est né au Congo, du temps de la colonisation belge, en 1955 à Bukavu et vit toujours en République démocratique du Congo ; l’autre est né en République centrafricaine en 1941 et à vécu au Congo Brazzaville, sous colonisation française jusqu’en 1960, puis jusqu’à son départ, en 1997, aux USA. Les deux hommes écrivent sur et « avec » des femmes sans paternalisme ni condescendance. Tous deux dédient leur livre à leur mère : ce n’est pas une formule conventionnelle — on le comprend  à la lecture.

Décembre 1982. Pendant deux jours, Michèle Manceaux, journaliste et amie de Marguerite Duras et de Yann Lemée, alias Yann Andréa, le compagnon de celle-ci jusqu’à sa mort en 1996, vient s’entretenir avec ce dernier. Ces entretiens ont été publiés en 2016 sous le titre Je voudrais parler de Duras et ont fait récemment l’objet d’une nouvelle publication en poche, aux éditions Points, avec Cet amour-là du même Yann Andréa.

Le 13 janvier dernier s’est ouvert à la galerie Lelong & Co., 13 rue de Téhéran, Paris, Découverte de l’immédiat, première exposition d’Etel Adnan en son absence. Comme souvent, cette galerie, dont le PDG, Jean Frémon, est un poète, publie un catalogue reproduisant une centaine d’œuvres, accompagnées d’un texte d’Yves Michaud, Présences, mouvements immobiles, et de quelques photographies prises le 13 avril 2021 dans l’atelier de l’artiste par Patrice Cotensin, directeur de la galerie et éditeur de L’Échoppe, mais sans que cette dernière n’apparaisse dans le cadre.

Attendu que :

vous souhaitez ardemment vous rafraîchir la mémoire quant à la Commune de Kronstadt, au Grand Jeu et aux Phrères Simplistes, à Claude Tchou (ça vous dit quelque chose), à Jean-Louis Brau, à Ali Ibn Muhammad (ça ne vous dit rien et vous allez le découvrir), à Anna Mahé (non plus, pareil), à Flora Tristan et à Clifford Donald Simack ;

Imaginez qu’on puisse entendre un livre : non pas sa langue, car il suffirait pour cela de le lire, mais son paysage – ses textures, son relief, ce que le langage figure comme potentialité. Imaginez que l’arrière-fond imaginaire qui bruisse dans l’outremonde du livre soudainement se lève et s’incarne ; que quelque chose de la fiction puisse prendre vie, une vie nouvelle. Fermez les yeux, rentrez dans la longue traversée du bardo de ces Variations Volodine.

Il est fascinant de voir tant d’occurrences du mot « universel » dans l’exposition Paris-Athènes, qui vient de se clôturer au musée du Louvre. L’exposition s’intéresse aux « rapports » (pour le dire pudiquement) entre la France et la Grèce, et à la « Naissance de la Grèce moderne » (c’est son sous-titre) entre les XVIIe et XXe siècles. Elle « souhaite mettre en valeur les liens unissant la Grèce et la culture européenne ». Assurément, il y a de très belles pièces – la Vénus de Milo (et son histoire), de nombreuses peintures, de tout aussi nombreuses sculptures, de riches documents d’archives, des images du Parthénon coloré (car il n’a pas toujours été blanc). Mais l’« universel » en question est davantage célébré que discuté : en permanence confronté à deux degrés de lecture, on ne sait sur quel pied danser et on a finalement l’impression que l’exposition, tout en livrant incidemment un certain nombre d’éléments, fait tout pour désamorcer leur lecture critique et l’analyse de leurs implications.

« Il serait inexact de dire que j’ai mon permis. Mais j’ai le permis cycliste passé à l’école et comme tant d’autres, j’ai conduit un tracteur et une caisse à savon, un kart, un caddie, un charriot et la Maserati de Papa et Maman, tant et si bien que je fais comme chez moi dans la Mercedes de Thorkild Thorlacius. Et il faut admettre que les garnitures intérieures en cuir et la boîte de vitesses à commande automatique ont de quoi plaire.