Tendres rumeurs, l’un des quatre premiers titres parus dans la très belle collection dirigée par Martine Laval « Ce que la vie signifie pour moi » aux fabuleuses éditions du Sonneur, est l’œuvre de l’ancienne reporter de guerre et écrivain Dominique Sigaud. Texte court, demandé spécialement pour la collection, mais pas moins grand texte.
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L’actualité des publications françaises et étrangères ; fiction et non fiction. Sans exhaustivité, parce qu’elle est impossible et sans contrefaçon (mais pas que par des garçons). Des choix, des passions, de grosses colères aussi. La lecture des têtes de gondole que nous mettrons parfois au carré. Des portraits des acteurs du monde du livre. De longs entretiens parce qu’un livre ou une collection, ce ne sont pas deux ou trois phrases choc. Et parce que l’actu est trop souvent un diktat (et une course contre la montre perdue d’avance), de grands livres publiés dans les mois ou les années, voire les décennies et même siècles qui précèdent, parce que les grands livres n’ont pas de date de péremption.
Il y avait de quoi voir, lire, dire et écrire la semaine dernière. Revue d’effectifs avec ce Papier à Bulles premier du genre sur Diacritik (et ailleurs) : où l’on parle d’Angoulême, des lectures passées (de Titine à Dennis Lehane en passant par Fred Bernard) et du premier épisode de la saison 10 d’X-Files…
« La marge, c’est ce qui permet aux pages de tenir ensemble » (Godard)
On connaît Douglas Kennedy pour ses livres d’une efficacité redoutable, son amour pour Paris et sa maîtrise assez sidérante de notre langue. Moins peut-être pour ses talents culinaires, un aspect de sa personnalité révélé en 2013 à travers quelques fiches cuisine Elle, dont un flan décadent que l’on aime déjà pour son titre.
Pourquoi, la question.
Duras, la réponse.
Prenez trois personnages, Moshe, Nana et Anjali. Un garçon, deux filles, trois possibilités. Celle du « ménage à trois » en particulier. C’est la trame, éculée (volontairement, essentiellement éculée), de Politique, le premier roman d’Adam Thirlwell, écrivain anglais, né à Londres en 1978, classé dans la liste des vingt meilleurs jeunes romanciers britanniques par la prestigieuse revue Granta, en 2003, pour ce livre.
Une dizaine d’années après son remarquable essai L’Adieu à la littérature, William Marx est revenu il y a peu avec La Haine de la littérature, non moins brillant essai, sur l’histoire de la dévalorisation de la littérature mais en en scrutant une face plus dérobée sinon obscure.
Bakhtine : « Il existe des œuvres qui, effectivement, n’ont rien à voir avec le monde, mais seulement avec le mot ‘monde’, dans un contexte littéraire. Ces œuvres naissent, vivent et meurent sur les pages des magazines, ne franchissent pas les pages des éditions périodiques contemporaines, ne nous emmènent pas au-delà de leurs limites ».
Les éditions de l’Ogre ont été créées il y a un an. A l’occasion de ce premier anniversaire, rencontre et grand entretien avec Aurélien Blanchard et Benoit Laureau, les fondateurs et directeurs de la maison d’édition.
Data Transport, de Mathieu Brosseau, n’a ni commencement ni fin. Le roman ne commence pas et ne finit pas : la fin reprend le début, qui était donc déjà la répétition de la fin, et ainsi de suite, à l’infini.
En 2011, Delitoon « inventait une nouvelle façon de lire de la BD sur Internet ». Quatre ans plus tard, à la veille de l’ouverture du Festival d’Angoulême, le site qui a importé en France le concept des webtoons coréens fait peau neuve. Une évolution, une refonte ? « Une naissance », explique Didier Borg, éditeur de bandes dessinées et créateur de Delitoon.
Dans une page de remerciements, à la fin de son premier roman, Tout ce qui est solide se dissout dans l’air, l’écrivain irlandais Darragh McKeon cite, parmi d’autres influences, Svetlana Alexievich et sa Supplication (Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse). Et la filiation entre les deux livres est en effet troublante, la réponse de la fiction à l’enquête, une forme de transfictionnalité avec le réel et le document comme point d’appui commun, le prolongement dans Tout ce qui est solide d’un dialogue ou de ces discours qui innervent La Supplication, « des bribes de conversation », pour dire non pas seulement une catastrophe technologique et écologique majeure mais des drames humains, intimes, l’histoire collective comme singulière d’un événement.
« Sur le bateau nous étions presque toutes vierges » : « nous », ces femmes japonaises — « certaines n’avaient que quatorze ans et c’étaient encore des petites filles » — qui traversent le Pacifique vers la Californie où les attendent leurs « fiancés », des hommes qu’elles n’ont jamais rencontrés. On est au tout début du XXe siècle. Masayo, Mitsuyo, Nobuye, Kiyono (et tant d’autres rassemblées dans ce « nous ») rêvent de vies nouvelles, d’amour, les photos envoyées au Japon ont fait naître l’espoir. Julie Otsuka trame leurs voix, les mêle en un « nous » incantatoire. Elle suit ces femmes, dit des vies, en de courts chapitres qui construisent, peu à peu, un roman choral aussi puissant qu’il est court et sobre.
« Ce n’est pas une histoire sur le mariage mais sur la séparation, sur la tentative de briser la forme du mariage pour s’en libérer ».