Richard Milward : Écrivain anglais vivant, né à Middlesbrough en 1984. Auteur de 3 romans, quelques nouvelles et d’une flopée d’articles publiés par la presse anglaise. Également peintre. Jeune, multi-talents et pertinent : voilà une manière formelle et à peu près juste de décrire cette fine plume de la littérature contemporaine. A la fois pop, trash et rien de tout cela, Richard Milward montre qu’on peut appartenir à la génération Y, parler de sexe et de drogues, ET avoir un talent impressionnant.
Category Archive: Livres
L’actualité des publications françaises et étrangères ; fiction et non fiction. Sans exhaustivité, parce qu’elle est impossible et sans contrefaçon (mais pas que par des garçons). Des choix, des passions, de grosses colères aussi. La lecture des têtes de gondole que nous mettrons parfois au carré. Des portraits des acteurs du monde du livre. De longs entretiens parce qu’un livre ou une collection, ce ne sont pas deux ou trois phrases choc. Et parce que l’actu est trop souvent un diktat (et une course contre la montre perdue d’avance), de grands livres publiés dans les mois ou les années, voire les décennies et même siècles qui précèdent, parce que les grands livres n’ont pas de date de péremption.
L’enfant trace du doigt, sur les tomettes, des cercles et des lignes, invisibles, des représentations aussi « vivantes » qu’elles sont « abstraites ». Dans ces droites et ces courbes, « il expose la chair du monde physique » : « Quelque chose se cache ici et il sait que chaque minute qui s’écoule met davantage au jour la vérité, il sait qu’il dévoile les mystères, que le monde ne peut pas soutenir son regard d’enfant, que le monde ne peut rien lui dissimuler ».
Certains livres comptent plus que d’autres. Il est souvent difficile d’en expliquer la raison, surtout lorsqu’elle touche à une forme d’intimité devant laquelle l’objectivité reste désarmée et muette. Marcel Proust n’était pas étranger à ce sentiment, et il l’éprouvait sans doute mieux que tout autre puisqu’il en cerna l’insaisissable essence dans l’expression « famille d’esprit ».
Ne plus écrire, arrêter d’écrire a toujours constitué comme une sorte d’horizon. Pourquoi pareille idée qui emprunterait peut-être autant au fantasme qu’à la malédiction ?
On pourrait dire que Sic, d’Antoine Dufeu, est une fiction qui se développe à partir de ce que Saussure et Benveniste ont écrit sur le langage et le signe linguistique : l’arbitraire du rapport entre le signifiant et le signifié, entre le signe et le référent. Dire que le rapport est arbitraire signifie qu’il pourrait ne pas être, être autre de manière tout aussi arbitraire. Le livre s’engouffre dans cet arbitraire et développe une écriture par laquelle le signe et le référent, le langage et la chose renvoient l’un à l’autre non selon une adéquation fixe et assurée, mais selon des rapports variables, divergents et mobiles, l’un glissant sur l’autre sans le recouvrir, comme deux séries convergentes et divergentes.
« Olia, puis-je vous demander un service ? Et seulement à vous.
– Ça dépend duquel.
Adieu donc, ville jadis fortunée, adieu, bel appareil de tes remparts ! Si Pallas, fille de Zeus, n’avait pas voulu ta ruine, tu serais encore debout sur tes fondements.
Euripide, Les Troyennes.
Eh bien donc, cher père, place-toi sur mon cou ; mes épaules te porteront, et cette charge ne me sera point lourde. Quoi qu’il puisse nous advenir, les dangers nous seront communs à l’un et à l’autre, et le salut aussi. Que mon petit Iule m’accompagne et que ma femme nous suive à quelque distance sans nous perdre de vue.
Virgile, Énéide.
Nous voulons dédier ces vers d’Euripide et de Virgile à tous les exilés, à tous les rescapés, des guerres, des désastres, à tous les hommes contraints de quitter leur ville, leur pays et d’émigrer ailleurs.
« Sans la Sicile, on ne peut pas comprendre l’Italie, ni ce lieu antique, changé et changeant, qui s’appelle la Méditerranée », écrit Vincenzo Consolo dans De ce côté du phare.
« Nous cherchons des mots, peut-être cherchons-nous aussi des oreilles » clamait lumineux de confiance Nietzsche dans Le Gai Savoir en une formule sans trêve qui pourrait tenir lieu de préambule à Mourir et puis sauter sur son cheval, le nouveau et magistral roman de David Bosc, fiévreux récit de douleur, paru ces jours-ci chez Verdier.
En 1992, Philippe Sollers, éditeur de Paysage avec palmiers chez Gallimard (« L’Infini ») écrit en quatrième de couverture : « Beyrouth n’était qu’une simple préparation à une sauvagerie désormais ouverte et universelle. L’histoire, comme le désir de mort, n’a pas de fin ».
« Oui, je voulais parler » : ainsi s’achevait le texte publié par Édouard Louis dans Next en 2014, Le plus étonnant pour moi, un texte présenté comme la matrice possible de son second roman. Vouloir parler, comme un je peux et je dois, malgré tout ce qui m’en empêche, le sujet, la honte, la fuite nécessaire, le fait d’avoir déjà dit et redit ce qui s’est passé, à des anonymes (l’infirmière, le médecin, les flics) comme à des proches.
Mark Safranko : Écrivain américain vivant, né à Trenton en 1950. Auteur de 8 romans, une douzaine de pièces de théâtre et plusieurs dizaines de nouvelles. Également chanteur-compositeur.
Depuis quelques livres, Paul Auster infléchit son œuvre vers une dimension (auto)réflexive : on se souvient de son diptyque autobiographique, en 2013 et 2014, Chronique d’hiver, suivi d’Excursions dans la zone intérieure, pendant mental de ce miroir d’encre, non plus le sexe, les cicatrices, la chair pour tenir la chronique d’une vie mais ce qui, dans son enfance, l’a conduit à devenir lui-même, les expériences fondatrices. Cette année paraît La Pipe d’Oppen, recueil d’essais, discours, préfaces et entretiens, quatorze textes qui forment un nouveau portrait oblique, en éventail, pour définir son propre art poétique à travers l’analyse de Perec (dans son rapport à Truffaut), André du Bouchet, Nathaniel Hawthorne, Jim Jarmusch et d’autres.
Comme l’écrit Edna O’Brien — phrase que Philip Roth cite en exergue de La Bête qui meurt (2003) —, « l’histoire d’une vie s’inscrit dans le corps tout autant que dans le cerveau » : là est le sujet même de Chronique d’hiver selon Paul Auster, le récit du rapport qu’entretient un homme avec son corps, comme d’Excursions dans la zone intérieure (publié l’année suivante), chronique d’un cerveau et d’une pensée, de l’éveil au monde d’une conscience.