Le titre du livre de Robert Colonna d’Istria attire notre attention sur deux éléments paradoxaux : la datation, 1200 ans de solitude, allusion évidente au roman de García Márquez, Cent ans de solitude (1967) qui raconte sur plusieurs générations, au long d’un siècle, l’histoire de la famille Buendía depuis la fondation du village de Macondo et le lien avec l’histoire d’une famille corse, et pas n’importe laquelle, puisqu’il s’agit de la famille Colonna d’Istria.

« J’aimerais que les générations à venir quand elles recherchent la Martinique authentique se replongent dans tout ce qu’il a écrit, car Zobel c’est une mine […] Je dis que Zobel, c’est notre Pagnol. Zobel, c’est le peintre du petit peuple de la Martinique […] C’est vraiment un personnage extrêmement important et une figure illustre de notre culture » (Euzhan Palcy) 

En ce mois de mai 2018 où de nombreuses manifestations célèbrent Césaire, de plus en plus lu et connu dix ans après sa mort, il est bien aussi de revenir à celui qui fut dans l’ombre de son compatriote : Joseph Zobel.

Dans Le Plus et le moins, Erri de Luca rassemble des récits et des histoires. Il nous avait expliqué, dans l’entretien qu’il nous avait accordé en 2016, avoir été contraint à cette forme par l’épisode judiciaire qu’il a traversé : son opposition au projet de TGV Lyon-Turin lui ayant valu une accusation d’« incitation au sabotage », avant sa relaxe en octobre 2015, il ne pouvait plus écrire que des textes courts, il ne pouvait se permettre l’ampleur du roman.

Comme dans ses livres précédents, Qui a tué mon père, d’Édouard Louis, a pour centre la violence : celle que l’on subit, celle que l’on inflige, violence physique et psychologique. Mais la violence dont il est question ici dépasse les limites de ce que l’on entend habituellement par « violence » puisqu’il s’agit aussi de violence symbolique, de violence systémique, de la violence de rapports de pouvoir qui ne se réduisent pas aux coups de matraque de la police.

Régis Jauffret vient de recevoir le prix Goncourt de la nouvelle pour Microfictions, paru en janvier dernier. Si l’on ne peut que se réjouir qu’un prix littéraire couronne une œuvre fondamentale, on notera cependant combien le jury a soigneusement contourné la mention « roman » portée sur la couverture et, ce faisant, décidé de considérer les Microfictions comme un recueil de 500 histoires et non un volume jouant avec maestria d’une tension entre fragment et flux, d’un (dis)continu et d’un (in)fini.

Mercredi 2 mai a eu lieu une grande soirée Coïncidences à la Maison de l’Amérique Latine, animée par Claude Mouchard, Martin Rueff et Tiphaine Samoyault, à l’occasion de la parution des numéros 160/161 et 162 de la revue Po&sie : Trans Europe Eclairs 1 et 2. Une soirée à retrouver en intégralité en vidéo.

Le pays d’où l’on ne revient jamais, de Julien Thèves, pourrait être lu comme un livre de souvenirs, centré sur un narrateur-sujet et ses émotions, ses sentiments. Semblent y  être réunis les ingrédients du roman familial : le père, la mère, l’enfance, les souvenirs d’enfance, un moi qui souffre, etc. Il s’agit pourtant d’autre chose, d’une écriture dont le souvenir n’est pas l’objet, pas plus que le moi. Le livre de Julien Thèves est un livre du temps, de la contemplation du temps et de la vie, un livre où le temps existe en tant que contemplé et occasion d’une vie contemplative.

Le très beau texte de Claire Tencin, Le silence dans la peau, enroule l’histoire de trois femmes, généalogie familiale sur trois générations échouées dans leur silence, le silence de la peau, le silence du désir, le silence de la mère : une mère aïeule qui doit se séparer de ses enfants pour jouir d’être une femme qui désire ; une mère qui doit renoncer au désir, qui déclare sa non jouissance de femme, une mère toute mère, infanticide et innocente ; une fille qui refuse la maternité, le devenir corps-mère, et qui par le récit fait advenir la mère avec la syntaxe du père moins le père.

Depuis 1990, Dominique Douay n’avait plus fait paraître de roman original. Révélé par sa nouvelle « Thomas » en 1974, l’auteur de L’Échiquier de la création et de La Vie comme une course de chars à voile s’était tu pendant un quart de siècle. Il nous est revenu avec un roman ambitieux et intrigant. Un de ces livres qui ne se lisent pas seulement, mais qui se relisent.

Emmanuel Macron aime lire. On connaissait déjà son goût pour la mythologie grecque antique, voilà qu’il dégaine à présent son amour du romanesque, dans un entretien à la Nouvelle Revue Française (pas moins). Son amour, ou plutôt celui qu’éprouve le « peuple français », épris d’aventures hautes en couleurs, de drame, voire d’un certain sens du tragique qui met en valeur les contrastes et exacerbent les émotions.

Voici un livre étonnant. Il rassemble des auteurs aujourd’hui illustres qui, autrefois, ont commencé une thèse universitaire, l’ont poussée loin, puis n’ont pas abouti — renonçant ou échouant. L’auteur, Charles Coustille, inscrit ce propos qui peut paraître anecdotique dans une perspective plus vaste jusqu’à se demander : qu’est-ce qu’une thèse en fin de compte et quelle fut l’histoire de sa version française ? Ou bien encore : qu’est-ce que le thétique, cette belle notion toute embuée de mystère ?