Le premier roman de Pierre Chopinaud, Enfant de perdition, est indubitablement un des grands événements de cette rentrée d’hiver. Roman somme, épopée fulgurante des désastres et récit d’une éducation négative, Enfant de perdition se donne comme la traversée noire et hallucinée de notre temps, de la guerre en Ex-Yougoslavie jusqu’aux attentats de 2015. A la croisée de Jean Genet, Pasolini et Claude Simon, la langue de Chopinaud invente un phrasé du sensible inédit. Autant de raisons pour Diacritik d’aller le temps d’un grand entretien à la rencontre du remarquable et déjà indispensable jeune romancier.

Cette rentrée d’hiver 2020 voit paraître le second et très beau roman d’Agnès Riva, Ville nouvelle à L’Arbalète Gallimard. Après le très remarqué Géographie d’un adultère, la romancière déploie ici un récit cristallin, tracé comme une ligne droite et neuve, d’un jeune couple qui s’installe dans une ville nouvelle, en banlieue de Paris. Dans le sillage d’Annie Ernaux qui ne refuserait pas les interrogations formelles de Perec, Riva dévoile la détresse sèche et hagarde d’une jeune femme au début de sa vie. Autant de raisons pour Diacritik d’aller à la rencontre de la romancière dont l’œuvre naissante nous enthousiasme.

« Personne ne peut dire d’où vient un livre et encore moins celui qui l’a écrit. Les livres naissent de l’ignorance, et s’ils continuent à vivre après avoir été écrits, ce n’est que dans la mesure où on ne peut les comprendre », soulignait Paul Auster dans Leviathan (1993), via son personnage Aaron.

A l’occasion de la publication d’Europe Odyssée, entretien avec Jean-Philippe Cazier où, entre autres, il est question de l’écriture politique, de la poésie et du débordement de la langue, de la violence de l’Histoire et de ceux et celles – migrants, réfugiés, déportés, exilés – qui la subissent et la contestent, de la possibilité d’une épopée contemporaine, d’une cosmopolitique comme résistance à l’ordre policier du monde.

C’est le livre-séisme qui a mis à nu l’homosexualisation massive du Vatican et de l’Église depuis des décennies et dans le monde entier et sort aujourd’hui en poche : Sodoma.
Diacritik republie l’entretien de Jan Le Bris de Kerne avec Frédéric Martel, mené lors de la sortie du livre en grand format en février 2019.

Depuis bientôt une vingtaine d’années, recueil après recueil, Sandra Moussempès s’est imposée comme une des figures majeures de la poésie contemporaine. Les années 20 s’ouvrent avec bonheur sur l’un de ses textes les plus remarquables, le spectral et puissant Cinéma de l’affect qui paraît aux éditions de l’Attente. Dans cet opéra-poème, phonographe capteur de voix diffuses et profuses, Sandra Moussempès convoque à partir d’Angelica Pandolfini, célèbre cantatrice qui fut son ancêtre, un véritable atlas à la Warburg des voix disparues mais présentes. Autant de raisons pour Diacritik d’aller interroger la poète à l’occasion de la parution de ce recueil, véritable événement de ce début d’année.

A l’heure où le mouvement de contestation contre la « réforme » des retraites entre dans sa 6e semaine, où la police s’enfonce dans sa logique de provocation contre les manifestants, c’est à une lecture profonde, neuve et originale de l’émeute que convie Romain Huët dans son fort Vertige de l’émeute paru aux PUF.

Les années 20 s’ouvrent avec force par la parution du remarquable Le Jour où le désert est entré dans la ville de Guka Han aux éditions Verdier. Signée d’une jeune écrivaine née à Séoul et arrivée récemment en France, ce recueil de nouvelles ou bien plutôt ce roman qui fantasme différentes narratrices ou narrateurs dévoile un univers d’angoisse et de rêve d’emblée captivant, entre Volodine et Apichatpong Weerasethakul. Dans un monde de la catastrophe permanente, la langue claire et cristalline d’inquiétude de Guka Han est un des événements de cette rentrée d’hiver. Diacritik ne pouvait manquer d’aller lui poser, le temps d’un grand entretien, des questions sur cette très belle entrée en littérature.

Les années 20 s’ouvrent sur un grand roman de Jean Echenoz, l’enlevée et enthousiasmante Vie de Gérard Fulmard qui vient de paraître aux éditions de Minuit. Récit nourri de multiples rebondissements, cette vie en apparence anodine est celle de Gérard Fulmard, homme ordinaire pris dans une histoire bientôt extraordinaire, aux prises avec son psychothérapeute singulier, lui-même mêlé à un parti politique tout aussi singulier. Dans ce roman noir porté par l’énergie d’un Buster Keaton, Echenoz réinvente une célèbre tragédie racinienne où, pour la première fois de son œuvre,  la première personne domine la narration. Autant de raisons pour Diacritik d’aller à la rencontre du romancier le temps d’un grand entretien.