L’exploration Intérieur(e) se poursuit. Après l’entrée, la salle de bains. Les deux pièces sont liées, la salle de bains ayant été « ajoutée, ou plutôt retranchée » à l’entrée… De même, le plan de l’appartement s’édifie sous les yeux du lecteur, les espaces s’additionnent, se font chambre d’échos et espace de correspondances.

Suite de l’exploration d’un Intérieur, parti-pris des choses — cet appartement que Thomas Clerc expose, dévoilement d’une intimité, « possiblement imaginaire, possiblement réelle » : « Quel est celui d’entre nous qui, dans de longues heures de loisirs, n’a pas pris un délicieux plaisir à se construire un appartement modèle, un domicile idéal, un rêvoir ? » (Poe, Philosophie de l’ameublement).

Encore d’Hakan Günday vient de paraître chez Galaade (le roman est en lice pour le prix Médicis étranger). Trafiquants d’hommes d’Andrea Di Nicola et Giampaolo Musumeci est sorti chez Liana Levi au printemps 2015. Et « chaque année des milliers de clandestins jouent leur vie pour rejoindre l’espace Schengen ». Aux livres, fiction ou enquête, d’offrir un espace pour penser les crises, comprendre et mettre en perspective.

Roland Barthes (1915-1980), un mythe. Un auteur immense, pas seulement pour son œuvre critique (monumentale, source extensive) mais aussi pour ses romans en creux, que l’on pense aux inédits chez Christian Bourgois, les Carnets du voyage en Chine, ou au Seuil, Le Journal de deuil, aux Fragments d’un discours amoureux, à la Chambre claire ou aux Mythologies. L’œuvre ne cesse, depuis la mort accidentelle de Roland Barthes, d’être déployée, commentée, rééditée (dont les magistrales Œuvres complètes sous la direction d’Éric Marty au Seuil toujours, son éditeur historique).

Enon est le second roman d’un écrivain américain découvert avec Les Foudroyés, un texte longtemps refusé, finalement publié à 3500 exemplaires par une petite maison d’édition et… lauréat du Prix Pulitzer 2010. Mais Paul Harding n’est pas un phénomène éditorial. C’est un immense prosateur de l’intime, l’écrivain des deuils et failles, ce que confirme Enon, sorti en grand format (Le Cherche-Midi, « Lot 49 » en 2014), qui paraît en poche chez 10/18.

La Machine littérature d’Italo Calvino a été publié en français en 1984, au Seuil. Dans La Machine littérature, des pages éclairantes sur Stendhal, Balzac, Les Fiancés ou Homère (parmi tant d’autres), des réflexions sur la littérature, telle qu’on l’écrit, telle qu’on la lit ou la commente, sur les genres, tels qu’on les transgresse. Sur les classiques aussi, ou que l’on nomme tels.

Si les Carnets du voyage en Chine mettent en lumière l’absence de texte possible sur la Chine, sinon sous la forme fragmentaire, par essence lacunaire, des notes ou celle, condensée, d’un article pour Le Monde (« Alors, la Chine ? »), le Journal de deuil de Roland Barthes creuse une autre absence, absolue, qui n’est pas celle de l’écriture, mais celle de la mère, morte le 25 octobre 1977.