Hélène Cixous (DR)

Chez Hélène Cixous, l’écriture est d’abord une expérience de la langue et de soi, des autres et du monde. L’expérience, ici, n’est pas celle d’une langue qui serait donnée, d’un soi évident et fermé, d’autres déjà connus, d’un monde factuel et présent comme une chose. S’il y a expérience, expérimentation, c’est parce qu’au contraire la langue, soi, les autres, le monde sont rencontrés comme des « réalités » – qui n’en sont pas vraiment, en tout cas pas au sens habituel d’un donné saisissable – énigmatiques, instables, disséminées et ouvertes, ce qui est rencontré à leur contact, à leur impact, étant précisément leur énigme, leur instabilité de fantôme, leur dissémination tourbillonnante.

Il y a deux choses, certes solidaires, mais à considérer chacune pour elle-même : l’exposition Grand trouble qui se tient à la Halle St Pierre jusqu’au 30 juillet 2017 ; et le livre au titre éponyme (Grand trouble Volume 1) publié dans la belle collection des Cahiers dessinés que Frédéric Pajak a inaugurée en octobre-novembre 2002 avec le premier numéro de la revue Le Cahier dessiné et les cinq premiers volumes de la collection, signés Copi, Gébé, Muzo, Anna Sommer et Noyau. Au moment où j’écris ces lignes à l’écart de l’agitation parisienne, j’ai l’exposition dans la tête, ruminant les sensations que ma visite y a gravées, les ressentant concrètement dans mon corps, cette carcasse sensible qui s’est volontiers égarée dans ce labyrinthe offert aux afficionados de l’accrochage et de la mise en espace. J’ai aussi, à portée, le livre – à la fois mémoire et supplément.

Didier Roth-Bettoni © Anne Desplantez

Le journaliste et critique de cinéma Didier Roth-bettoni vient de publier aux éditions ErosOnyx Les années sida à l’écran. Un ouvrage pionnier sur la représentation au cinéma, entre 1981 et 1996, des malades et de leur entourage, ouvrage dans lequel l’auteur déploie une filmographie vertigineuse composée de centaines de films souvent très confidentiels ou malheureusement oubliés, ayant eu et continuant à avoir une importance cruciale sur cette question. Un travail salutaire pour sa capacité à analyser avec acuité ces films dont les enjeux ont indéniablement infléchi le cours de l’Histoire et participé à la construction de la communauté LGBT et la manière dont le reste de la société l’a regardée. L’ouvrage est en outre accompagné du film Zéro patience, dans un jeu d’illustration et de mise en perspective des plus pertinents. Un trésor cinématographique très queer qu’il faut découvrir de toute urgence.

Marguerite Yourcenar

Les lettres de Marguerite Yourcenar représentent souvent une espèce de journal intime, un espace caché et secret de confessions où elle justifie cette affirmation de Victor Hugo qui disait : « C’est toujours dans les lettres d’un homme qu’il faut chercher, plus que dans tous les autres ouvrages, l’empreinte de son cœur et la trace de sa vie ». A ce moment-là on ne sait plus si on lit une lettre ou un journal intime. Au-delà de ses destinataires lointains, Yourcenar nous fait entrer dans son cercle le plus proche.

Les 15 et 16 juin 2017 aura lieu à l’Université de Toulon une conférence internationale qui s’interrogera sur les circulations méditerranéennes.
Poser la question des voies et des échanges, c’est s’interroger sur les conditions – tant concrètes que mythiques – et sur les modes opératoires qui ont contribué, dans la très longue durée, à construire cet espace commun qu’on appelle mare nostrum.

Loin d’être une caricature mal nourrie surfant sur la vague d’une actualité récente, Le Journal du Off des journalistes Frédéric Gerschel et Renaud Saint-Cricq et du dessinateur James est bien au contraire une chronique graphique éclairée du monde politique français, « dans les coulisses d’une campagne présidentielle folle » comme le suggère le sous-titre de ce récit glaçant de réalisme. Et si Le Journal du Off est une oeuvre de fiction (tout en révélant des anecdotes et des conversations bien réelles), tout dans cette histoire est vrai, puisque c’est éventé.

Nathalie Sarraute

« On connaît cet univers où ne cesse de se jouer un jeu de colin-maillard sinistre, où l’on avance toujours dans la fausse direction, où les mains tendues « griffent le vide », où tout ce qu’on touche se dérobe » avançait Nathalie Sarraute dans L’ère du soupçon pour alors suggérer de Kafka sa puissance nue d’inhabitude, sa patiente conquête des strates du vivant où le vivant s’échappe à soi : où chacun découvre ce point extrême, tremblant et hagard d’inconnaissance à soi-même et aux autres. Nul doute qu’une telle sentence qui installe la déprise à soi et l’inhabitude du monde comme saisie liminaire du monde même pourrait venir éclairer à la manière d’un exergue rieur la publication des Lettres d’Amérique de Nathalie Sarraute, récemment paru chez Gallimard. Pourtant, dans ces vingt-quatre lettres inédites, remarquablement présentées par Olivier Wagner et soigneusement co-éditées avec Carrie Landfried, nul jeu de colin-maillard sinistre. À rebours de toute tristesse fantastique, se donne plutôt ici un jeu de colin-maillard rieur et ironique par lequel, depuis ces lettres inédites, se découvre une nouvelle Nathalie Sarraute – s’écrit une Romancière Nouvelle par l’épistolaire.

« Longtemps, je me suis couché de bonne heure » : cette phrase, ouvrant à la Recherche, Proust mis trois ans à l’écrire.
« J’étais couché depuis une heure environ », « Jusque vers l’âge de vingt ans, je dormis la nuit » sont deux tentatives rayées, il serait parfois bon de ne pas connaître les essais avortés et autres brouillons raturés, pour en rester à l’incipit parfait, musical, énigmatique dans son évidence, cette magie qu’explore justement Laurent Nunez dans L’Énigme des premières phrases (Grasset).

Yippee! I’m a poet, and I know it
Hope I don’t blow it.
«
I Shall Be Free No. 10 » (1964)

Come writers and critics
Who prophesize with your pen

« The Times They Are a Changin’ » (1964)

Bob Dylan

Un véritable Hurricane a secoué le Nobel… le prestigieux prix en Littérature ayant été remis le 13 octobre 2016 à Bob Dylan (de son vrai nom Robert Allen Zimmerman), l’unicité de cette récompense et conjointe reconnaissance a priori « hors con-texte » du moins décontextualisée et atypique – pourtant murmurée voire pressentie et avancée à tâtons déjà depuis des années – ne manquent pas de surprendre. Pour la première fois depuis sa création en 1901, le Nobel s’est vu décerner à un chanteur et musicien « pour avoir créé de nouvelles formes d’expression poétique au sein de la grande tradition de la chanson américaine » et pour écrire « une poésie pour l’oreille », ce qui a provoqué de vives réactions, tant favorables et enthousiastes qu’adverses et acerbes.

© Patricia Jagicza

Dans le cadre de l’édition 2017 du Marché de la Poésie, la Bibliothèque Marguerite Audoux organise le mardi 13 juin à partir de 19h30 une rencontre avec Juliette Mézenc, Frank Smith et Jean-Philippe Cazier. Cette soirée, intitulée L’émotion ne dit pas Je, proposera des lectures des trois auteurs ainsi qu’un échange autour de la littérature et de l’écriture.

Le Musée archéologique de Naples a inauguré la semaine dernière une exposition intitulée Amours divins (Amori divini) qui aura cours jusqu’au 16 octobre 2017.
Du riche trésor pompéien jusqu’au répertoire de l’époque moderne, les commissaires proposent un parcours consacré au double motif de la rencontre amoureuse entre les hommes et les dieux et des multiples métamorphoses qui se produisent au confluent de ces deux mondes antagonistes.