Il est tôt le matin, il n’y a personne sur la plage, debout sur le rocher qu’elle a escaladé, Noor balbutie : « Voilà, c’est tout ce que je veux : pouvoir plonger. Je ne demande pas la lune. Je veux pouvoir venir ici quand je veux, aussi souvent que je veux. » Comme les garçons, « pouvoir plonger, nager et être libre. (…) Et ce cri, ce cri qui sort des entrailles, celui que tous les garçons poussent en sautant : « À la moriskaaaa !!!! ». Alors moi aussi, aujourd’hui en plongeant je veux crier, à m’en faire exploser les cordes vocales : « À la moriskaaaa !!!! ». »

5 juin 2026. Cette fin de saison laissera comme d’habitude sur le tapis – celui de l’atelier : un rectangle de 132 x 196 cm bon marché, mais solide, en « fibres naturelles » teintées d’une couleur sombre qui renforce leur présence – quelques titres qui, quoique intéressants, n’ont pu trouver leur place dans cet espace de recension, pourtant très ouvert (et peut-être trop – même s’il me semble qu’on n’est jamais assez ouvert, y compris à ce qui, dans un premier temps, nous repousse).

Deux ouvrages ont récemment paru : La Vie bonne. Notre socialisme (Divergences) puis Autogestion générale. Sortir du capitalisme : méthode (Les liens qui libèrent). Le premier est signé Joseph Andras, écrivain et contributeur régulier à L’Humanité, et le second Guillaume Etiévant, ancien secrétaire national du Parti de Gauche, expert des questions économiques en milieu syndical et co-rédacteur en chef du magazine Frustration. Les deux auteurs ne se connaissent pas, mais le désir de contribuer à un débat plus collectif sur la possibilité d’émergence d’un socialisme à la fois révolutionnaire et démocratique les a conduits à dialoguer. Le tutoiement s’est imposé, tradition égalitaire oblige.

Siri Hustvedt nous confie, avec Ghost Stories, un livre du deuil, après la mort de Paul Auster en avril 2024, Paul Auster, son compagnon de vie et d’écriture durant quarante-trois ans. Comment demeurer vivante, comment écrire encore alors que le « Paul et moi » a disparu, qu’à la douleur de la femme s’ajoute le vertige de désormais écrire sans lui ? Ghost Stories est cette survie, un livre bouleversant, incandescent, une forme d’œuvre commune, qui poursuit un dialogue littéraire que la mort elle-même ne peut interrompre.

À une époque où le mot littérature se réduit souvent à l’idée hégémonique de roman, il n’est pas désagréable de se souvenir de l’emploi mémoriel et vital que la littérature a eu en des temps paniques – ainsi que l’illustre l’œuvre haute, première, essentielle de Nadejda Mandelstam, alors que paraît au Bruit du Temps l’édition du Troisième livre.

Christian Jouhaud est historien, il travaille sur le XVIIè siècle (« le terrain sur lequel a été installé mon travail d’historien »). C’est par exemple son livre sur « Richelieu et l’écriture du pouvoir » (Gallimard, 2015), ou encore « Le Siècle de Marie du Bois » (Seuil, 2022) qu’il avait sous-titré : « Ecrire l’expérience au XVIIè siècle ». Historien qui mêle aussi passé et présent, Christian Jouhaud voudrait écrire l’histoire elle-même.

27 mai 2026. Dôme de chaleur – personne n’y échappe, même si certains pensent que ça n’arrive qu’à eux. On fait avec, ou plutôt on ne fait rien, ou presque. Impossible d’écrire, sinon à l’aube. On lit tard le soir, fenêtres ouvertes, jusqu’à ce que le sommeil finisse par l’emporter. La ralentissement est général ; seule la musique garde le tempo. Quand il faut changer la face d’un vinyle, on se dit que vingt minutes viennent de passer. Et quand on n’a plus envie de se lever, on écoute les bruits de la maison.