« Une seule fois, depuis ma jeunesse, j’ai entrepris un voyage à l’étranger. Il y a deux ans, à l’été, je suis allé à Colmar, et de Colmar par Bâle jusqu’au lac Léman. J’avais depuis très longtemps envie de voir de mes propres yeux le retable de Grünewald à Issenheim, qui si souvent me hante quand je peins, et en particulier le panneau de la mise au tombeau, mais je ne réussissais pas à dominer ma peur des déplacements.

Madonna vient de publier une nouvelle photo sur son compte Instagram, elle le fait chaque jour ou presque, un de mes amis commente : « On rejoint là une sorte d’abomination… La folie pure ? Tranquille un joint dans la bouche ! Est-ce cela être cool en 2021 ? Qu’est-il arrivé à cette femme ? Et à son intelligence intuitive et à sa force créatrice ? Son ombre se refermerait elle sur elle ? Le visage du dedans rencontrerait le visage du dehors ? Conséquence de ce monde en cataclysme ? De ce covid ?  #autodestructice  #mortifere @madonna, où est passée ta force ? »

Sur la toile, et tout particulièrement sur les réseaux sociaux, il arrive que des voix s’étranglent – d’indignation bien entendu, et à divers sujets. Ces voix, même si on a l’ouïe fine, on ne les entend pas, car elles ne sonnent finalement qu’assez peu, avec en plus quelque chose de creux dans le timbre.

Francie a huit ans lorsque sa vie bascule : la dépression de sa mère s’aggrave au point que la petite fille devra désormais vivre chez son oncle et sa tante. Dans Un papillon, un scarabée, une rose, qui vient de paraître aux éditions de l’Olivier dans une sublime traduction de Céline Leroy, Aimee Bender suit la vie de de son personnage, devenant adulte dans une forme d’exil à son enfance, construisant un univers de fantaisie propre à contrer la dureté du réel. Comme dans tous les livres de la romancière américaine, le lecteur se voit plongé dans un univers qui articule la poésie de l’imaginaire et la terrible acuité d’une attention au présent, quand celui-ci déraille.

Rose Edelstein vient d’avoir neuf ans. Pour son anniversaire, sa mère lui prépare un gâteau au citron. Jusque là, rien d’extraordinaire : mais lorsque la petite fille prend une bouchée « d’une belle couleur dorée », c’est la révélation. Elle ressent, exactement, les émotions et sentiments de sa mère cuisinant, son désespoir profond, son « vide », ses envies d’ailleurs.

Il y a peu, Christine Marcandier s’entretenait dans nos colonnes de l’œuvre critique de Maxime Decout à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage, Éloge du mauvais lecteur. Soit un titre paradoxal, qui est bien dans la ligne de Maxime Decout comme dans celle de la collection « Paradoxe » des éditions de Minuit. De cet « Éloge » si particulier, nous ne voudrions évoquer ici que les remarques conclusives tout en les assortissant de quelques commentaires.

Novalis disait – et nous y croyons aussi – qu’il faut romantiser le monde. Mais aujourd’hui peut-être la formulation est-elle plutôt qu’il faut cosmiciser le monde, ton monde, lui donner l’aura individuelle de poétiques pluralistes, de plurivers ouverts – ô Martin ô Martin ô Martin – mondes ouverts à la fulguration du sens qui circule en nous avec ces petits corpuscules que l’on appelle des mots, pour aller vite, qui sont aussi des gravités et des ellipses, des rotations sur elles-mêmes et dans la langue, pêle-mêle, avec les souples collines de la 3e circonvolution frontale de l’hémisphère gauche, avec les cheveux de nerfs de l’hippocampe, avec donc, bien sûr, ici, le bec du toucan.

Après le méditatif Mandalorian et le référentiel WandaVision, Disney+ diffuse depuis le 19 mars une nouvelle production Marvel qui opère un retour aux fondamentaux, entre action et buddy-movie : The Falcon & The Winter Soldier. Un come-back qui emprunte ses personnages aux films et sa trame aux thématiques qui ont construit le MCU et donne le(s) premier(s) rôle(s) aux sidekicks historiques de Steve Rogers, alias Captain America.

Les faits : le 21 août 1933, une fille de 17 ans empoisonne ses parents, son père en meurt. Entre haine et célébration, ce parricide passe rapidement de la rubrique des faits divers aux pages littéraires : Violette Nozière est « mythologique jusqu’au bout des ongles », écrit André Breton, « tu ne ressembles plus à personne de vivant, ni de mort ». Au tour de Raphaëlle Riol de faire de la jeune femme le point de contact entre histoire vraie et fiction, faits et hypothèses : « fiction librement inspirée de faits réels » énonce un avertissement liminaire qui est aussi un art poétique. La parricide est une femme qui en évoque d’autres, dès le titre du roman, qui fait signe vers le pop art, Isabelle Collin Dufresne, dite Ultra Violet, égérie de Warhol, muse de Dali, « née surréaliste », héritière de Violette Nozière peut-être.

Qu’est-ce qu’un film « poétique » ? Et qu’appelle-t-on « lyrisme » au cinéma ? Que faire de ce vocable « poétique » lorsque l’on est critique de cinéma ? Telles sont les pertinentes et vives questions que Nadja Cohen se pose dans un indispensable ouvrage collectif logiquement intitulé Un cinéma en quête de poésie qui vient de paraître aux Impressions Nouvelles. De Tarkovski à Raoul Ruiz, de Jarmusch à Miyazaki en passant par Malick, Nadja Cohen interroge, en associant chercheurs en littérature et en cinéma, les formes et les sens que la poésie peut prendre sur grand écran. Autant de pistes fécondes que Diacritik est parti sillonner avec Nadja Cohen le temps d’un grand entretien.

L’illusion onirique, l’imitation ambiguë, la fantaisie humoristique habitent les œuvres de Martine Aballéa, qu’il s’agisse d’installations, de photographies ou de contes. La perception du monde qu’elle restitue est empreinte de jeux de lumières, d’images colorisées et de typographies variées car le texte est souvent présent dans ses propositions visuelles.

Abby a vingt ans. Le lendemain de son mariage, elle est renversée par un bus et reste plusieurs jours dans le coma, « pareille à la Belle au bois dormant », « suspendue, ni complètement vivante ni complètement morte ». Son mari voudrait comprendre : est-ce un accident ou un geste délibéré ? Willem va forcer la jeune femme à se souvenir : « À quoi étais-tu en train de penser quand c’est arrivé ? ».