Le Rienologue est le dieu de la Bourgeoisie actuelle ; il est à sa hauteur, il est propre, il est net, il est sans accidents. Ce robinet d’eau chaude glougloute et glouglouterait in saecula saeculorum sans s’arrêter. Honoré de Balzac, Les Journalistes

Le 12 janvier 2019

Christophe Prochasson,

Vous vous êtes engagé, ainsi que votre institution, l’EHESS, dans un combat contre les « dérives autoritaires » en Europe et les « atteintes intolérables à la liberté de penser » en Hongrie (Voir votre lettre du 10 décembre 2018, figurant sur la page d’accueil du site web de l’EHESS).

Abandonnez toute affaire cessante les livres que vous lisiez pour vous précipiter sur Nino dans la nuit de Capucine et Simon Johannin qui vient de paraître aux éditions Allia. Deux ans après L’Été des charognes, ce roman s’impose incontestablement comme un des récits les plus vifs et remarquables de nos années 10. Loin des clichés réactionnaires bourgeois d’un Houellebecq, Nino dans la nuit est le grand roman de cette rentrée, celui qui s’offre, à travers la figure incandescente de Nino, comme un grand récit sur la nuit du contemporain, la folie de ses corps à la recherche de la grande vie du monde. Rencontre le temps d’un grand entretien avec les auteurs de ce puissant roman à quatre mains.

L‘émergence du gilet jaune dans l’espace de Facebook remonte à une époque où nous demandions à rejoindre des groupes qui n’étaient pas encore des pages. Parmi les plus populaires de l’année 2008, deux d’entre-eux remportaient de forts suffrages : le premier se moquait des « beaufs » qui dans l’avion applaudissent à l’atterrissage (« pour l’interdiction d’applaudir à l’atterrissage« , 1166 membres). L’autre, réagissait « contre les cons qui foutent leur gilet jaune fluo sur le siège auto” (1600 membres) ou « contre les cons avec leur gilet jaune en évidence sur leur siège de voiture » (541 membres).

Le livre de Virginie Poitrasson pourrait être lu comme une sorte de phénoménologie bizarre. Sous le corps propre, sous le corps phénoménal, il s’agirait de faire advenir un autre corps délirant qui ne serait pas celui de la folie psychiatrisée mais celui par lequel le corps se désagrège, se multiplie, bifurque constamment, devient le monde autant que le monde devient le corps. Ce corps est celui de la sensation, du souvenir, comme il est celui du rêve, ou celui de l’écriture, le corps tel qu’il advient par l’écriture.

Déceptif : c’est l’adjectif (franglais) qui vient immédiatement à l’esprit une fois achevée la lecture des Tribulations d’Arthur Mineur, signé Andrew Sean Greer, qui vient de paraître aux éditions Jacqueline Chambon dans une traduction de Gilbert Cohen-Solal. Déceptif et pourtant Prix Pulitzer 2018.

Un Top 10 des films de 2018, moins pour faire un classement que pour indiquer des pistes au sujet de ce que le cinéma a proposé, au sujet de ce que les cinéastes ont perçu du monde et ont créé dans le monde, de ce qu’ils et elles donnent à voir et à penser aujourd’hui, de ce que les films – certains films – font au monde et dans le monde.

L’Immeuble Christodora, premier roman de Tim Murphy, traduit par Jérôme Schmidt, a fait sensation lors de sa parution aux États-Unis, au point d’être comparé au Chardonneret de Donna Tartt et à City on Fire de Garth Risk Hallberg par Newsday, et même à Tom Wolfe et son Bûcher des vanités par le New York Times. S’il faut raison garder, il est vrai que que cette saga, centrée à la fois sur la vie d’une famille, d’un immeuble et l’épidémie du Sida, a de quoi surprendre et séduire. Elle paraît justement au Livre de Poche, dans une traduction de Jérôme Schmidt.