Le passage par Lou Le Cabellec

Il s’appelle Hans Limon et je l’ai découvert sur Facebook, un jour au hasard en déroulant le fil d’actualités. Non, c’est pas ça. C’est une amie qui m’en a parlé dans un bus à Toulouse : « Tu connais Hans Limon ? Magnifique, un génie. Tu devrais aimer, c’est ta came. » Le fait est que je ne sais plus comment ça a commencé. Hans Limon. Beau nom. Très beau nom. Un pseudo sûrement. Ben non, même pas.

Alain Ruscio

Encyclopédie de la colonisation française : ce travail véritablement titanesque qui vient à édition a été mis en chantier par l’historien Alain Ruscio auquel nous avons posé quelques questions sur l’entreprise dont ce premier tome est l’éclaireur.
Mais c’est aussi l’occasion de revenir sur un autre livre paru en 2015 et qui, en ces temps de montée de l’extrême droite en France, est une lecture nécessaire et décapante. Si l’on sait que le passé informe notre présent, on s’en convainc encore plus en lisant Nostalgérie – L’interminable histoire de l’OAS (La Découverte, 2015).

« He had moved amid her phantasmagoria,
Amid her galaxies,
NUKTOS AGALMA »

(Ezra Pound, Mauberley)

Parfois, des années plus tard, on se rappelle d’une nuit où on a pleuré sur un quai de gare ou d’un chemin dans le sable, avec l’océan au bout, où l’on s’est senti heureux. On retrouve l’odeur des rails ou l’odeur du caillebotis, on retrouve le ciel nocturne ou, passée par-dessus la dune, l’haleine fraîche de la mer, mais l’on ne se souvient plus de qui faisait notre bonheur ou nous avait fait pleurer.

Léonora Miano

« Tu es ma chair. C’est de ta glaise que je suis faite. C’est la couleur que tu m’as donnée qui me vaut d’être ce que je suis. Une errante. Un point suspendu ».
Tels des astres éteints

Le 6 juin dernier, dans Diacritik, je présentais les textes d’essais ou proches de ce genre que l’écrivaine a édités ces dernières années. Textes essentiels, souvent dérangeants, incitant à ouvrir nos références trop souvent franco-centrées vers l’énorme apport venu des États-Unis. Il faut bien dire toutefois que ce qui a fait la notoriété de L. Miano, ce sont ses romans. Et elle fait partie des auteurs qui m’ont investie, sans que j’y sois préparée – et c’est peut-être cela les plus profondes « atteintes » de lecture… : elle m’a précipitée dans son univers depuis L’Intérieur de la nuit et jusqu’au second volet de Crépuscule du tourment, publié dernièrement.

Marguerite Yourcenar

La récente publication de la correspondance croisée entre Yourcenar et Silvia Baron Supervielle est aussi d’un très grand intérêt. Cousine éloignée du poète Jules Supervielle, née à Buenos Aires en 1934, et installée à Paris dans les années 60, Silvia Baron Supervielle a été une grande traductrice en langue française d’auteurs argentins. Elle a maintenu une correspondance assez régulière avec Yourcenar, entre juin 1980 et juillet 1987, comme l’indique parfaitement le titre générique, Une reconstitution passionnelle, proposé par Achmy Halley dans l’édition de ces lettes. La classique relation d’auteur à traducteur se transforme peu à peu, sous nos yeux, en une amitié fervente, au point que Yourcenar en vient à terminer ses lettres par un « Je vous embrasse en veillant sur vous, avec ma pensée » ou « Je vous embrasse bien amicalement », preuves d’affection qu’elle prodigue rarement dans la correspondance publiée à ce jour.  

Le 25 avril 1995, Umberto Eco s’adressait aux étudiants de Columbia University (New York) pour leur parler du fascisme italien au milieu duquel il avait grandi (il naquit en 1932) et plus généralement de tous les fascismes. Avec une prescience bien dans son style, il mettait en garde ces mêmes étudiants contre la montée des partis et mouvements populistes, montée qui se dessinait aux USA comme en Europe. Et de désigner ceux-ci par l’heureuse formule de « fascismes en civil ».

Décor Daguerre d’Anne Savelli se présente comme un livre « découpé en 75 parties », 75, comme l’année du film d’Agnès Varda, Daguerréotypes et 75, Seine et scène : une temporalité, un lieu soit un double rythme. Mais ce serait trop simple, tant tout, ici, est ligne de fuite, excursions et détours, depuis la rue Daguerre, tant tout est dialogues, avec Varda, avec un lieu, avec le lecteur et avec soi-même.
Après Décor Lafayette, Anne Savelli poursuit donc, pour notre plus grand bonheur, ses tentatives d’épuisement de lieux parisiens, des lieux depuis lesquels tout déborde, bifurque, irise, comprend d’autres présents et d’autres espaces. « Ce Décor Daguerre : quelques allers-retours dans l’immobilité de 1975. Dans ce qui n’a fait que tanguer, depuis ».

Silvina Ocampo en 1959

« Soy íntima », ainsi se définissait l’écrivain argentin Silvina Ocampo (1903-1994). Car à la différence de sa célèbre sœur Victoria Ocampo, fondatrice de la revue Sur, et de son mari l’écrivain Adolfo Bioy Casares, elle préférait rester dans l’ombre, loin des obligations et des compromis que sa position au sein d’une famille riche et cultivée supposait. Comme s’il s’agissait d’une manière de préserver sa liberté, afin de créer son univers unique et complexe, obscur et lumineux à la fois. Ce qui explique sans doute la place marginale qu’elle a occupée pendant longtemps dans la littérature argentine.

Leili Anvar

Il y eut les Ateliers de la Création Radiophonique (ACR) produits et agencés par Philippe Langlois et Frank Smith, il y eut Les nuits magnétiques et Du jour au lendemain produits et portés par Alain Veinstein, il y eut Les affinités électives de Francesca Isidori, Carnet nomade de Colette Fellous, c’est maintenant Les discussions du soir de Leili Anvar – cette émission était le prolongement des Racines du ciel de Frédéric Lenoir et Leili Anvar – qui sont appelées à disparaître des ondes de France Culture. La nouvelle vient de tomber comme un couperet aussi froid que numérique, on appelle ça un mail de remerciement.