J’ai bien aimé le dernier James Bond. Je pourrais m’arrêter là, je vous ferais gagner du temps avec la plus courte critique de Spectre (et même lancer une nouvelle école de critique), mais, d’une part, j’ai un peu de temps devant moi avant la prochaine séance, et d’autre part, si je l’affirme aussi directement, comme on affirme qu’on est alcoolique chez les A.A., c’est parce que j’ai l’impression ces derniers jours d’être le seul à avoir bien aimé le dernier James Bond.

En ce clair matin de novembre, le Prix Wepler – Fondation La Poste, sans conteste le plus beau prix de la saison, vient de couronner, comme à sa désormais habitude, l’un des meilleurs sinon le plus exigeant et brillant roman de cette rentrée littéraire, à savoir le titanesque d’histoires et fabuleux d’aventures Achab (Séquelles) de Pierre Senges, paru en septembre aux éditions Verticales.

Ne vous fiez pas à l’épaisseur de ce livre pour jauger son importance : A ce stade de la nuit est de ces textes majeurs dont aucun mot ne dépasse, sculpté à l’os pour dire l’essence d’un moment, d’une crise, autour d’un mot, un nom propre qui exsude de sens poétiques et politiques, nom propre devenu nom commun, martelé aux informations dans une forme d’indifférence générale que refuse Maylis de Kerangal : Lampedusa.