Les choix de Sophie : Elitza Gueorguieva, « Les cosmonautes ne font que passer »

Elitza Gueorguieva, Les cosmonautes ne font que passer, Verticales

Sophie Quetteville a lu une grande partie des romans de cette rentrée, elle animera un grand nombre de tables rondes avec leurs auteurs. Elle nous livre ses choix et coups de cœur. Chaque fois, un court résumé et un extrait du texte. Aujourd’hui, Elitza Gueorguieva, Les cosmonautes ne font que passer, chez Verticales.

Quel est le point commun entre Iouri Gagarine, Kurt Cobain et Sylvie Vartan ? Et bien, c’est Elitza Gueorguieva et son drôlatique premier roman dans lequel on suit l’enfance d’une jeune bulgare de ses 6 à ses 14 ans. Bulgarie communiste, puis chute du mur de Berlin et vive la Transition démocratique et ses tickets alimentaires, toute l’évolution d’un pays y est disséquée par le regard acéré et naïf de la fantasque héroïne, reine de « la méthode d’énumération des phénomènes de la vie qui l’aide à mieux la concevoir ». Aussi original dans l’écriture que dans la structure, ce roman et ses titres de chapitre désopilants (« Berlin n’est pas un homme », « Le chameau t’emmerde ») me laissent penser qu’il y a là une excellente jeune romancière à suivre de très près.

Extrait : pp.98-99

« Récapitulation

Ton grand-père est communiste.

Constanza est une peste.

Berlin n’est pas un homme.

Iouri Gagarine a été kidnappé par des extraterrestres.

Ta mère découvre les dénonciations contre elle à la Sûreté intérieure, pour des activités dissidentes au sein d’une radio illégales.

Les voisins disparus étaient deux intellectuels anarchistes, déportés à la Rive ensoleillée, dont ils ne sont jamais revenus.

Ta grand-mère croit en Dieu.

La Marine nationale a fait faillite.

Ton indestructible bâtard Joki ne sera jamais un cosmonaute.

Ton grand cousin Andreï est un voyou.

Ton oncle a été un espion à la solde du gouvernement communiste.

Constanza est ta peste éternelle que tu aimes plus que tout au monde.

Iouri Gagarine est Soviétique.

Toi, tu n’y es pour rien, car seuls les enfants sont innocents, te dit un homme à la télévision.

La démocratie a explosé. »

 

Elitza Gueorguieva en chair et en os, en compagnie de Florence Seyvos (La sainte famille, éditions de L’Olivier), autre voix singulière de cette rentrée, aux Correspondances de Manosque le jeudi 22 septembre.

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