Gilles Deleuze
Gilles Deleuze

Quand est paru Le Dehors en 2001, je n’avais lu, de Claude Simon, que La Route des Flandres. Parce qu’elle était au programme de l’Agrégation la seule année où je m’y suis présenté. De cette première lecture, je n’ai plus que le souvenir d’un brouillard de personnages et de situations, de discours enchevêtrés, brouillard troué par quelques scènes foudroyantes. Je ne saurais plus dire si cette lecture m’apparut d’emblée capitale, et dans les carnets remplis alors, rien ne me renseigne – mais j’y découvre qu’en 1997 j’ai aussi lu Les Géorgiques, en fait (puis plus rien jusqu’en janvier 2001, date à laquelle j’ai lu Histoire, dont je n’ai plus aucun souvenir – mais à cette date Le Dehors est terminé depuis six mois – et Le Vent aussi, en juillet de la même année – ce qui fait plus que je ne pensais). Quoi qu’il en soit, quand quelques personnes me parleront du Dehors comme d’un livre influencé par Claude Simon, je serai surpris (intéressé/flatté je ne marquerai aucune surprise, mais enfin je serai surpris ; par quel miracle cette influence, en ne l’ayant pas vraiment lu ou en tout cas pas digéré ?).

On pourrait être entre un État des sentiments à l’âge adulte et un Autoportrait bleu, titres des deux précédents livres de Noémi Lefebvre. On est en tout cas dans un flux de conscience, celui d’une femme, Martine, qui reste couchée « comme ça », chez sa mère, « sans rien faire, dans un retrait favorable à la contemplation ».

2015 est l’année de tous les paris pour Benoît Virot : une rentrée attilesque plus large, la poursuite des projets d’intégrale, la rencontre du Général Instin, et sans doute, un rapport autre à l’édition, à rebours de ses expériences antérieures.
Suite de l’entretien avec le caméléon de l’édition, « grand timonier » du Nouvel Attila, qui nous présente son équipe, les livres de cette année, les projets à venir, et parle, avant tout, du plaisir de voir ce laboratoire se construire, jour après jour, livre après livre et du mode de transmission d’un virus du texte, du livre, de l’édition.

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Température anormalement haute, paysage suscitant une forme « d’inquiétude très animale », un moteur de moto semble près d’exploser. L’asphalte est-elle en train de fondre ? Se multiplient les manifestations d’un malaise du narrateur. Que signifient tous ces signes ? Nous ne le savons pas plus que lui : « si des signes me parviennent […], je ne les interprète pas, complètement largué ».

Le ring invisible est le roman d’une genèse : celle de Cassius Clay, boxeur génial devenu Mohamed Ali en même temps que bien d’autres choses. Le livre s’intéresse aux débuts du boxeur, à sa formation, son apparition – on pourrait dire sa naissance, puisque Cassius Clay nait un jour dans le corps du jeune Cassius, s’y développe comme une forme de vie nouvelle, une force inédite.

Écrire pour inventer des mondes, réinventer des vies. Ne jamais rester fidèle à l’histoire ou à la biographie mais arpenter les possibles, trouver le fil fictionnel à même de dire l’unité d’une existence et la crise de l’Histoire, de faire surgir une conscience privée comme politique, à travers le prisme du corps (intime et social). Interroger la place de la violence (et de l’individu) dans l’Histoire.
II.

Écrire pour inventer, des vies, des mondes. Ne pas rester fidèle à l’histoire ou à la biographie mais arpenter les possibles, trouver le fil fictionnel à même de dire l’unité d’une existence et la crise de l’Histoire, de faire surgir une conscience privée comme politique, à travers le prisme du corps (intime et social).

Jane Sautière, Gaëlle Bantegnie et Sophie Quetteville au Monte-en-l'air © Aurélie Garreau
Jane Sautière, Gaëlle Bantegnie et Sophie Quetteville au Monte-en-l’air © Aurélie Garreau

Il y a quelques semaines de cela, j’ai eu le plaisir d’animer une table ronde qui réunissait Gaëlle Bantegnie et Jane Sautière. Table ronde dont j’ai eu l’idée en lisant leurs derniers livres cet été, mais surtout parce que j’avais lu et aimé leurs précédents textes et que des liens m’ont semblé surgir autour d’un thème : la littérature de l’ordinaire, la littérature du quotidien et j’ai alors eu envie de les faire échanger. Grand bien m’en a pris. Elles se sont lues pour la première fois, et je le crois, sont devenues de grandes lectrices l’une de l’autre. Lors d’une soirée à la librairie le Monte-en-l’Air, sous le regard bienveillant d’Aurélie Garreau, une discussion extraordinaire entre ces deux femmes, ces deux écrivains s’est créée, à bâtons rompus, pleine d’intelligence et d’acuité.

En 1959, Raymond Queneau publiait Zazie dans le métro. Jane Sautière qui traverse rames et lignes dans Stations pour nous offrir des tranches de vie sociale, des éloges de la lecture et un voyage intérieur, pourrait être sa petite-fille contemporaine, une Zazie qui étend ses lignes à l’ensemble de nos transports en commun.

J’ai bien aimé le dernier James Bond.

Je pourrais m’arrêter là, je vous ferais gagner du temps avec la plus courte critique de Spectre (et même lancer une nouvelle école de critique), mais, d’une part, j’ai un peu de temps devant moi avant la prochaine séance, et d’autre part, si je l’affirme aussi directement, comme on affirme qu’on est alcoolique chez les A.A., c’est parce que j’ai l’impression ces derniers jours d’être le seul à avoir bien aimé le dernier James Bond.

En ce clair matin de novembre, le Prix Wepler – Fondation La Poste, sans conteste le plus beau prix de la saison, vient de couronner, comme à sa désormais habitude, l’un des meilleurs sinon le plus exigeant et brillant roman de cette rentrée littéraire, à savoir le titanesque d’histoires et fabuleux d’aventures Achab (Séquelles) de Pierre Senges, paru en septembre aux éditions Verticales.

PhotomaniesCe livre, format à l’italienne, est comme un album, un tiroir ouvert sur un imaginaire, un partage. On connaissait Yves Pagès éditeur (Verticales) et écrivain, le voilà photographe ou plutôt photomaniaque dans ce livre paru au Bec en l’air. Yves Pagès a des « monolubies » et des « binomanies », il aime saisir des moments et des lieux, les associer. Il a aussi tout un « fiascorama » ; des photos ratées, de ce fait racontées, notées dans des petits carnets. Le Yves Pagès photographe est bien sûr le même que le Yves Pagès écrivain : une planche contact qui saisit des instantanés, construit des archyves (c’est le nom de son site) et nous offre ses « affinités perceptives », en 250 photographies :