Avec Fou de Paris, Eugène Savitzkaya signe indubitablement l’un des plus beaux romans de l’année, et assurément l’un de ses plus remarquables récits au sein d’une œuvre déjà majeure de notre contemporain. C’est peu de dire que, porté par une langue d’une rare puissance, Savitzkaya donne à lire et livre à la sensation la plus sauvage un Paris que traverse un singulier narrateur. Hanté par la figure d’un poète méconnu, Hégésippe Moreau, Fou de Paris se lit comme le conte féérique d’une odyssée sensuelle dans la capitale française. Une odyssée qui, de Sarkozy aux confinements en passant par la tragédie des attentats, dévoile une résonance politique plus vive encore que dans les autres récits de Savitzkaya. Un très grand texte dont Diacritik ne pouvait faire l’économie d’interroger son auteur le temps d’un grand entretien.

Audrée Wilhelmy, dans Peau-de-sang, votre narratrice est morte, aussi est-ce depuis l’outre-tombe qu’elle relate son histoire. Votre personnage n’en est pas moins lumineux. Comme si son assassinat n’avait pas porté atteinte à sa puissance de vie. N’est-ce pas là une allégorie du féminin ?

Essai sur l’histoire et la littérature, Faire trace analyse les différents types de textes relatifs aux camps d’extermination nazis pour en approfondir les enjeux et implications, pour mettre en évidence leurs choix formels, stylistiques, mais aussi leur prolongement jusqu’à aujourd’hui. Entretien avec Maxime Decout.

Marguerite Duras avait-elle les yeux verts ou bleus ? Jean Vallier, son meilleur biographe, les a vus verts. Pour Colette Fellous, qui la rencontra à maintes reprises dans les vingt dernières années de sa vie, ils étaient évidemment bleus, « bleus et purs » tels qu’elle les a gravés dans sa mémoire avec « la beauté de son visage, son air unique et souverain de Marguerite D. ».

Angela est une jeune femme qui passe sa vie au lit, Angela est une petite fille qui joue avec son chien en peluche, Angela est une youtubeuse qui sourit quand elle fait ses vidéos, Angela est une vieille femme avec des cernes sous les yeux, Angela est bien sûr un Ange qui joue du violon électrique, Angela est un fœtus dans un préservatif transparent, Angela accouche par la bouche de ce fœtus qui est elle-même… Angela est malade, morte, pas encore née.. Angela est présente, absente, elle existe sur les réseaux sociaux, elle disparaît et on la cherche, elle revient et ne s’explique pas.

Recommencer la psychanalyse par le féminisme en général, après #MeToo en particulier, avec deux guides au compagnonnage singulier : Jacques Lacan et Valerie Solanas – voici la tâche que se sont joyeusement assignée la psychanalyste Silvia Lippi et le philosophe Patrice Maniglier dans leur ouvrage Sœurs, pour une psychanalyse féministe. Rencontre et entretien.

Quand une œuvre ou un artiste me plaît, je constate souvent un effet de réminiscence, de déjà-vu, déjà-entendu. Il y a eu quelque chose ou quelqu’un AVANT : avant Kurt Cobain, Neil Young. J’ai aimé Kurt mais Neil deux fois plus. Plus chevrotant dans les aigus, Kurt vient seulement APRÈS, après Neil Young (est-ce désolant ?). Une chose agréable n’est jamais entièrement autonome, la chose en soi n’existant pas, il y a toujours eu une chose un peu plus forte AVANT le présent de mon écoute distraite. La preuve, avant les New York Dolls, le VELVET, avant Beethoven, Mozart, etc., et tout ce que vous voulez, cela se discute, oui.

Avec Pasolini, corps vu – corps nu, paru pour le centenaire de Pasolini, Justine Rabat explore la question de la représentation des corps au cinéma. S’appuyant sur la Trilogie de la vie, composée du Décaméron, des Contes de Canterbury et des Mille et Une Nuits, mais aussi sur Salò ou les 120 Journées de Sodome, l’essayiste scrute l’œuvre pasolinienne et en tire une analyse des rapports de pouvoir qui est autant une relecture du passé qu’une critique radicale du néolibéralisme. Cet entretien revient ainsi sur un cinéma iconoclaste dont la puissance de perturbation continue de mettre en crise notre présent et d’interroger la place qu’il accorde aux marges.

Au commencement de son nouveau spectacle, Angélica Liddell lance un défi au public. Depuis une liminale parabole biblique, elle annonce que la capacité de pardonner doit être infinie, non comptable. Là où l’apôtre Pierre pensait être généreux en tentant de pardonner sept fois à celui qui lui aurait fait du mal, Jésus propose une démultiplication du possible et Angélica, plus ambitieuse encore, tente avec nous l’expérience du pardon absolu.

Dernier acteur encore en activité de l’âge d’or du cinéma italien, Marco Bellocchio est touché par la grâce depuis le début des années 2000 et ce chef d’œuvre « Le sourire de ma mère ». On a peine à citer un autre cinéaste qui enchaine depuis 20 ans les grands films, voire les chefs d’œuvres (n’ayons pas peur des mots quand ils sont les bons). Avec « L’enlèvement », le cinéaste signe une nouvelle fresque intimiste qui, en racontant l’histoire incroyable d’une injustice au XIXème siècle, nous parle, dans la grande tradition du cinéma italien, de notre XXIème siècle menacé de nous faire replonger dans l’obscurantisme.

Lobstination peut être contagieuse. Près de soixante ans après la mort de Spicer (le 16 août 1965), la Maison de Jack n’en finit pas de se bâtir. Nous l’habitons, sinon en poètes, disons en curieux – en fureteurs jamais en repos. Quand le domaine est entretenu avec élégance – c’est souvent le cas quand on se déplace à l’écart des grandes voies –, on ne peut que s’y sentir à l’aise.

Depuis le 7 octobre et jusqu’au 7 janvier 2024, dans la Région des Hauts-de-France, se tient l’une des plus riches et des plus stimulantes expositions jamais conçues sur Claude Simon. Conçu par Mireille Calle-Gruber qui en assure le commissariat scientifique, ce Claude Simon « sur la route de Flandres, peintre et écrivain » ne se présente pas seulement comme une mais trois expositions : un triptyque en forme de parcours dans les aspects majeurs mais souvent méconnus du prix Nobel de littérature. Grand entretien  avec la conceptrice, Mireille Calle-Gruber, .