Émouvant et fort : tels sont les termes qui viennent à l’esprit à peine la lecture achevée de Dans ta voix, tous les visages disent Je de Serge Ritman qui vient de paraître chez Tarabuste. En autant de poèmes, Ritman dévoile un chant nu, celui qui va à la rencontre d’une aventure plurielle : qui part du corps et de la jouissance de l’autre pour l’élargir au film du monde, un monde où le soulèvement serait celui d’un peuple. C’est peu de dire que la poésie de Ritman dépasse le lyrisme : elle l’élargit à la pulsion politique du vivre. Autant de sujets que Diacritik ne pouvait manquer d’aller évoquer en compagnie du poète le temps d’un grand entretien.

Stimulant, vif et remarquable : tels sont les termes qui viennent à l’esprit après la lecture de Pour en finir avec soi-même de Laurent de Sutter qui vient de paraître aux PUF. Dans ce nouvel essai qui s’offre comme une première proposition pragmatique, De Sutter livre une réflexion sur l’injonction contemporaine à être soi, celle qui préside aux manuels de développement personnel ou celle qui figure sur les papiers d’identité. Mais comment est né cet impératif ? Quels en sont les fondements notamment juridiques ? Et si continuer à raisonner avec la catégorie d’être, c’était rester dans la merde, cette « merde » dont le développement personnel a fait son horizon de réel ultime ? Autant de questions que Diacritik ne pouvait d’aller manquer poser au philosophe à l’occasion de la parution de ce livre important.

« Trois mois plus tard, lorsque deux pays des Balkans avaient coup sur coup demandé à consulter l’accident du kilomètre 17, le préposé aux archives n’avait pu dissimuler sa surprise. Depuis quand les pays de la turbulente péninsule, après avoir perpétré tous les coups pendables possibles : meurtres, bombardements, mises à sac et nettoyages ethniques, maintenant, une fois retombée la folie générale, au lieu de s’atteler aux réparations nécessaires, songeaient soudain à s’occuper de faits divers aussi sophistiqués que les accidents « rares » de la route ?

Qu’ont en commun Picasso et une prostituée du Moyen Âge, un carrefour urbain et Obélix ou un transat et un Buren ? Les rayures, bien sûr, dont Michel Pastoureau retrace l’histoire dans un livre d’une érudition et d’une audace folles, aussi beau qu’il est passionnant. Rayures. Une histoire culturelle vient de paraître au Seuil, dans une version augmentée et mise à jour de L’Étoffe du diable, son Histoire des rayures et des tissus rayés parue dans « La Librairie du XXIe siècle » en 1991 et 1995 et traduite dans une quarantaine de langues.

C’est une longue et belle lettre, comme on n’en écrit plus, adressée par Sophie Bessis à Hannah Arendt. Une causerie entre deux femmes. Elles « se parlent », avec plus de quatre décennies de distance. Le cadre est celui de la pandémie, avec ses silences propices à la réflexion, et à toutes les grandes interrogations que le virus suscite sur des sujets fondamentaux. Lorsque deux femmes sont face à face, elles ont beaucoup de choses à se dire, pour notre grand bonheur.