Saint Sébastien cadre supérieur, Philippe Lemesle/Vincent Lindon, pendant plus d’une heure trente, est criblé non pas de flèches, mais de mots, de phrases, d’injonctions, contradictoires. Sagaies verbales jusqu’à l’overdose dans un monde sans pitié.
Cinéma
Attiré par le vide, en proie à des pensées suicidaires, Yann Andréa (Swann Arlaud) attend dans la maison de Neauphle-le-Château que l’oreille attentive et bienveillante de Michèle Manceaux (Emmanuel Devos) s’installe devant lui pour commencer l’enregistrement d’un entretien sur Duras.
Décembre 1982. Pendant deux jours, Michèle Manceaux, journaliste et amie de Marguerite Duras et de Yann Lemée, alias Yann Andréa, le compagnon de celle-ci jusqu’à sa mort en 1996, vient s’entretenir avec ce dernier. Ces entretiens ont été publiés en 2016 sous le titre Je voudrais parler de Duras et ont fait récemment l’objet d’une nouvelle publication en poche, aux éditions Points, avec Cet amour-là du même Yann Andréa.
Si vous avez aimé le regard attendrissant et humide du Chat potté et que vous avez envie d’en […]
S’il fallait à tout prix trouver des héritiers aux cinéastes disparus, ce qui n’est pas certain, l’héritier de Kubrick serait Paul Thomas Anderson. Certes pour lui, contrairement au réalisateur de Barry Lyndon, chaque film n’est pas l’occasion de revisiter un genre mais il suscite la même attente auprès des cinéphiles, on espère chaque fois de lui un grand film, assez différent du précédent : on veut être séduit et surpris. Licorice Pizza séduit et surprend.
La liberté serait de sortir se promener quelque part, une glace à la pistache à la main. Désir simple, banal même, mais pour Shahin cela signifierait obtenir enfin la possibilité de dépasser sa condition, l’oublier. Libre de vivre, sans frontières, sans police, sans caméra de surveillance, sans prison. Libre d’avoir une consistance, une identité, une vie réelle, lui qui souffre d’être tellement « irréel » car fantôme de soi.
« Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent »
Louis Aragon
En split-screen, deux villes en guise de générique. D’un côté, New York au temps des Twin Towers. De l’autre, le Tower Bridge de Londres qui enjambe la Tamise. Tours érectiles, tapis d’eau amniotique, transversalités masculines féminines, fourmilière urbaine encline aux rencontres illégitimes. Deux plans fixes pour ouvrir le film, stipuler son parti-pris narratif. Ici, l’adaptation française de Tromperie de Philip Roth (Deception), blanc, juif, hétérosexuel, romancier reconnu de Brooklyn, atterri à Londres pour rafraîchissement d’inspiration, et qui reçoit dans son bureau son amante anglaise sans prénom. L’écrivain américain et la maîtresse britannique sont interprétés par deux acteurs on ne peut plus français : Denis Podalydès et Léa Seydoux réunis par Arnaud Desplechin pour une aventure extra-conjugale pendant les eighties.
Une comète destructrice pour métaphore de la catastrophe écologique, un scénario au vitriol et une intelligence au scalpel : tout est en place.
Joan Didion, autrice, scénariste, essayiste, journaliste (et phare du « new journalism », s’est éteinte hier à New York. Elle avait 87 ans. Son œuvre est une fresque de l’Amérique comme de sa propre vie, deux sujets en miroir, collectif et intime, intérieur et extérieur. Le 2 février prochain, les éditions Grasset publieront Pour tout vous dire (Let me tell you what I mean), dans une traduction de Pierre Demarty, un livre qui rassemble des chroniques publiées entre 1968 et 2000 comme les thèmes de prédilection de l’autrice (presse, politique, Californie, femmes) et s’offre comme un « pourquoi écrire ». Retour sur une œuvre majeure depuis le prisme du documentaire que lui consacra Griffin Dunne, en 2017 et d’une phrase en ouverture du White Album, cette phrase qui vaut ethos comme art poétique, « Nous nous racontons des histoires afin de vivre » (« we tell ourselves stories in order to live »).
Ailleurs, partout, de Vivianne Perelmuter et Isabelle Ingold, serait une sorte de documentaire : « une sorte » car le film sort des cadres attendus du documentaire, comme il tend à sortir des cadres du récit, des cadres de la fiction, des cadres du visible cinématographique – comme il tend à sortir de tout cadre. Dans ce film, la traversée des frontières n’est pas seulement le thème, elle est aussi un principe esthétique et politique : traversée du discours, de l’image – un nomadisme qui emporte le cinéma, le dérègle, le réarrange pour une création particulièrement puissante, enthousiasmante.
À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, Arte diffuse Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré, en ouverture d’une soirée spéciale, mercredi 1er décembre 2021, à 20h55. Vous retrouverez ici la critique du film par Johan Faerber, publiée lors de la sortie du film en salles.
Cet article est dédié à un Vainqueur qui se bat
Parce qu’Emmanuelle Bercot aime pleurer au cinéma, elle rêvait de s’essayer au genre du mélo. Inspirations du désir : réunir une nouvelle fois, après La Tête haute en 2014, Catherine Deneuve et Benoît Magimel dans un tandem mère-fils. Provocation du destin : la rencontre, à New York, avec le Docteur Gabriel Sara.
J’avais une trentaine d’années, c’était en 1995. Je fréquentais un coiffeur niçois, qui avait deux places pour aller voir Céline Dion à l’Acropolis, salle Apollon, un Palais des Congrès au centre de la ville. La personne qui devait l’accompagner avait un empêchement, et l’homme m’avait proposé de le remplacer.
Sur Illusions perdues par Balzac & Giannoli (1837-2021)
Actuellement sur les écrans, l’œuvre repose de tous temps sur les rayonnages des bibliothèques et librairies.
En lien avec le 31e Salon de la Revue qui se tient le 16 et 17 octobre, Diacritik, partenaire de l’événement, est allé à la rencontre de revues qui y seront présentes et qui, aussi vives que puissantes, innervent en profondeur le paysage. Entretien avec Xavier Kawa-Topor, directeur éditorial et membre du comité de rédaction de la remarquable revue Blink Blank.