Le cinéma sert à poser des questions, pas à y répondre, disait le tout jeune Leos Carax à la Berlinale de 1987. Il semblerait que toute une nouvelle génération de cinéastes l’ait pris au pied de la lettre, commençant à remettre en cause toute forme d’assignation du film à un genre, à une fonction, à un public. Le nouveau film-question de Patric Chiha arbore fièrement son hybridité, en défiant dès son titre les attentes d’un spectateur éventuel, ce spectateur cœur de cible dont tout le monde sait qu’il n’existe plus mais qui continue, du fond du gouffre, à dicter la loi du marché affolé des images.

Après un arrêt sur les bords du Danube (Brothers of the Night), à Vienne, avec de jeunes roms et bulgares qui racontaient notamment leurs passes – non sans un certain talent pour brouiller ce qui relève de la vérité ou du mensonge –, Patric Chiha travaille ici en itinérance avec le groupe de quinze jeunes danseuse.eur.s réuni.e.s autour de la metteuse en scène Gisèle Vienne pour la représentation de Crowd.

La 45e cérémonie des César a donné à voir la représentation que l’industrie du cinéma français produit d’elle-même et se donne d’elle-même. Cette représentation était pathétique, elle n’était rien. Une longue agonie, une série d’individus sans talents, sans intelligence, des « récompenses » (comme à l’école, comme on récompense un chien qui a été a good boy) de ceci ou de cela mais qui tombent à plat puisque l’on se rend bien compte que ce qui est reconnu sonne creux.

Comment qualifier la cérémonie des César 2020, sinon par un mot : HONTE.
Merci à Adèle Haenel qui a prononcé ce mot, le seul possible, en quittant la salle Pleyel. Merci à celles et ceux qui ont quitté la salle derrière elle. Merci aux militant.e.s qui ont manifesté devant la salle.
Nous republions l’article que Joffrey Speno avait consacré au film, majeur, de Céline Sciamma.

Depuis Memories of Murder, peut-être le plus important film noir de ces 20 dernières années, on savait que Bong Joon Ho était un cinéaste majeur. Il confirma avec une filmographie presque impeccable, au point que le ridicule et consternant Okja soit immédiatement considéré comme un accident. Parasite le confirme : il est bien l’un des plus grands cinéastes actuels et la Corée du Sud est décidément une des cinématographies dominantes depuis plus de 20 ans. Le film a reçu une pluie de prix : César du meilleur film étranger, Oscar du meilleur film, Palme d’or, Golden Globe du meilleur film étranger, Brit Award, etc.

La littérature tient une place essentielle, souvent inaperçue, quelle que soit la problématique qu’abordent les sciences humaines et sociales. En effet, elle est le lieu par excellence des représentations que les êtres humains élaborent de leur existence en société. En ce sens, leurs œuvres sont des traces, non immédiatement décodables, des tensions, désirs et vécus de leurs réalités. Les banlieues font partie de ces réalités au même titre que les espaces plus nantis.   

Depuis bientôt une vingtaine d’années, recueil après recueil, Sandra Moussempès s’est imposée comme une des figures majeures de la poésie contemporaine. Les années 20 s’ouvrent avec bonheur sur l’un de ses textes les plus remarquables, le spectral et puissant Cinéma de l’affect qui paraît aux éditions de l’Attente. Dans cet opéra-poème, phonographe capteur de voix diffuses et profuses, Sandra Moussempès convoque à partir d’Angelica Pandolfini, célèbre cantatrice qui fut son ancêtre, un véritable atlas à la Warburg des voix disparues mais présentes. Autant de raisons pour Diacritik d’aller interroger la poète à l’occasion de la parution de ce recueil, véritable événement de ce début d’année.

Après plus de deux heures de torture visionnage de 6 Underground de Michael Bay sur Netflix, on est en droit de se demander s’il ne faudrait pas amender les Conditions Générales de Vente que l’on accepte en s’abonnant à la plateforme créée par Reed Hastings et Marc Randolph : pour ajouter que l’engagement librement consenti se fera pour le meilleur de la quantité et souvent pour le pire de la qualité.