La rubrique Écocritik propose trois variations sur la trilogie La Planète des Singes (Origines, 2011 ; L’Affrontement, 2014 ; Suprématie, 2017).
La première variation explore la dimension épique de cette nouvelle série ; la deuxième variation, sa dimension sémiologique ; la troisième variation, sa dimension ethnologique.

« J’ai une machine pour voir qui s’appelle les yeux, pour entendre les oreilles, pour parler la bouche. Mais j’ai l’impression que c’est des machines séparées. Y’a pas d’unité. On devrait avoir l’impression d’être unique. J’ai l’impression d’être plusieurs » : telles sont, immanquables et tremblantes, les quelques phrases par lesquelles, dans Pierrot le fou de Godard, le personnage de Ferdinand, bientôt Pierrot, est conduit à constater, désabusé et résigné, qu’il ne peut être que le spectateur impuissant de sa propre faillite à être.

Au cours d’un entretien accordé à Diacritik, Hirokazu Kore-Eda reste ferme : « Je ne peux pas parler au nom du film ou en mon nom. Ce n’est pas à moi de donner une interprétation, c’est à vous de trouver la vôtre. » Et précisément, ce film, The Third Murder, ne nous facilite pas la tâche, ou plutôt nous missionne d’aller contre cela même que nous voyons.

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Une fois de plus – le propos n’étant pas de faire ici de la “critique cinématographique”, mais bien plutôt d’opérer des frottages, revisitant quelques scènes inscrites dans le moins défaillant de la mémoire (supposant quelques incursions dans un certain “théâtre” – et aussi sur l’autre scène) –, il nous faudra effectuer sur le Terrain Vague (ce lieu d’échanges où prendre de l’écart pour mieux sentir, pour mieux penser) un parcours en zigzags afin de rendre hommage – certes mélancolique, mais sans nostalgie – à l’œuvre, intensément jouissive et pour moi des plus formatrices, de Jacques Rivette.

« Tout ce qui est apparaîtra ». (Dies irae)

 

Pour comprendre pourquoi les vaches regardent passer les trains, il suffit de regarder le comportement d’un troupeau de gnous. Dans le même temps qu’il broute, chaque gnou reste attentif, mais ne fait pas attention au seul indice d’un prédateur coulé dans les herbes hautes. Il est aussi aux aguets de ce que voient tous les autres et réagit au moindre signe que l’un d’entre eux pressent un fauve.

Du 5 avril au 17 juin 2018, le Centre Pompidou organise une rétrospective intégrale des films du cinéaste iranien Amir Naderi. Élaborée à partir des années 70, riche de plus d’une vingtaine de films, l’œuvre protéiforme d’Amir Naderi croise plusieurs genres, couvre plusieurs pays et époques, de l’Iran d’avant la prise de pouvoir par Khomeini jusqu’aux USA où Amir Naderi est installé et continue son œuvre.

Après le remarquable Tip Top où, suite au meurtre d’un indic, la police des polices matait et tapait, Serge Bozon retrouve Isabelle Huppert pour Madame Hyde, son puissant nouveau film qui offre sans doute l’un de ses meilleurs rôles à l’actrice. Elle y interprète en effet la fragile et effacée madame Géquil, enseignante dans un lycée technologique, qui peine à tenir sa classe mais qui, un jour, frappée par la foudre, va devenir l’inquiétante et électrisante madame Hyde. Fable sociale et politique, où la comédie disjoncte en permanence avec un certain fantastique, Madame Hyde se révèle un grand film sur l’éducation, le désir d’enseigner et la possibilité de transmettre des idées en un éclair. C’est à l’occasion de sa sortie demain sur les écrans et dans un contexte où les violentes réformes de l’éducation ne cessent de s’enchaîner que Diacritik est allé à la rencontre de Serge Bozon le temps d’un grand entretien pour évoquer Madame Hyde, sans conteste l’un des films de l’année.