« Je ne sais toujours pas si je suis le premier homme ou le dernier chien » : la citation de Youri Gagarine en exergue du livre de Pavel Vilikovský ouvre à l’espace même qu’arpente le récit — un lieu flottant et labile, celui des entre-deux.
Voyageur ironique, le narrateur, double de l’auteur, lui-même mis en abyme par la figure de Thomas Bernhard, interroge nos identités, celles que forgent littérature et politique, ces deux frontières complexes de nos cartographies mentales.

« J’aimerais pouvoir écrire ce récit à la manière des gens qui se souviennent de tout » : cette phrase, extraite d’Une année avec mon père, pourrait dire Le Chagrin d’aimer de Geneviève Brisac,, portrait diffracté, tendu, presque buté d’une mère impossible, Jacqueline, dite Hélène ou Mélini.

Diacritik inaugure une série d’entretiens explorant les nouvelles écologies du récit : que peut la littérature dans un monde en crise ?
Les éditions Wildproject célèbrent cette année leur dixième anniversaire : l’occasion de lancer cette série par un grand entretien avec leur fondateur, Baptiste Lanaspeze.

Il y a trente ans, le 12 mars 1989, Tim Berners-Lee nous offrait le World Wide Web : le Web ou une forme d’utopie, au sens premier du terme, bien avant sa colonisation par le commerce, le traçage des données et autres perversions des idéaux premiers. Comment mieux fêter cet anniversaire qu’en évoquant Aaron Swartz, enfant du Web, héraut du libre partage de l’information ?

« Anthropocène », « Capitalocène », « Occidentalocène » : les mots sont multiples pour désigner une seule et même crise, celle que traverse notre monde, abîmé — abîmé parce qu’en mauvais état, abîmé parce qu’en plein effondrement, pour reprendre le titre d’un essai de Jared Diamond. États du lieu depuis l’arpentage mené dans le dernier numéro de la revue Critique, dirigé par Marielle Macé et Romain Noël.

« J’ai épinglé la carte — une carte en papier »

Quatorze lignes de mire (le titre original du livre, Sightlines), 14 récits au plus près de soi comme de la nature, tel est le Tour d’horizon que propose Kathleen Jamie, répondant au double programme des nouveaux récits écopoétiques : une manière renouvelée, ouverte, curieuse, patiente, d’observer le monde (ce qu’Anna Tsing nomme art of noticing), depuis l’apparent détail qui contient un univers ; un nouvel art du dialogue et de la conversation.

« Qui sommes-nous ? Où sommes-nous ? »
Thoreau, Les Forêts du Maine (The Maine Woods)

C’est avec La Pensée écologique, texte majeur de Timothy Morton (The Ecological Thought, 2010), dans une traduction de Cécile Wajsbrot, que les éditions Zulma inaugurent leur collection « Essais », dirigée par Néhémy Pierre-Dahomey.
Qu’est-ce que la pensée écologique ? Une pensée critique, grande, sombre et prospective, liée à la crise écologique et au réchauffement climatique, désormais une évidence, mais comme l’écrivait Shelley, « nous voulons que notre faculté de création imagine ce que nous savons déjà ».

« et tout ce qu’il y avait autour de lui appartenant aussi,
            il n’y avait pas de frontières »

Vous êtes ici, énonce de manière apparemment plate le titre du recueil de John Freeman (Maps) qui vient de paraître chez Actes Sud dans une traduction sensible de Pierre Ducrozet. « Vous êtes ici » repère sur une carte pour celui qui cherche à se situer dans le réseau d’un plan. Mais quel est ce ici, qui est ce vous ? La cartographie de John Freeman est multiple, elle épouse le réseau des lieux, parcourt une géographie physique et intime.

Doggerland, paru en janvier aux éditions P.O.L, est de ces romans dont on sait, dès la première lecture, qu’ils s’imposeront comme des classiques. Difficilement réductible à un thème, profondément situé et engagé dans une époque de crise, le livre fascine autant qu’il échappe en autant de pistes et perspectives prolongées dans un grand entretien avec Elisabeth Filhol.

Jonathan Dee poursuit sa fresque de l’Amérique contemporaine avec Ceux d’ici, qui paraît aujourd’hui en poche chez 10/18 : prenant pour cadre une petite ville du Massachusetts, Howland, il raconte l’ascension politique d’un homme richissime qui n’est pas sans rappeler celle du locataire actuel de la Maison Blanche. 

Prenez un tube de verre, une boîte de conserve ou un carton : placez-y des objets quotidiens, des messages, des photographies, des journaux, des livres, etc. Enterrez votre inventaire avec la mention « ne pas ouvrir avant 2957 » (ou n’importe quelle date dans un futur lointain). Vous aurez créé, comme Warhol et tant d’autres, l’une de ces Capsules de temps qu’inventorie Xavier Boissel dans son dernier livre, paru aux éditions Inculte.
Que nous disent ces time capsules de nos espoirs comme de nos peurs, de notre rapport au temps et à l’espace ? Autant de questions prolongées dans un grand entretien avec Xavier Boissel.

Arte diffuse un captivant documentaire sur Paul Auster, signé Sabine Lidl : Paul Auster, le jeu du hasard. Prenant prétexte de la parution de 4321, le dernier roman de l’écrivain — monumentale somme et mise en perspective de l’ensemble des topiques son œuvre, fascinant jeu de miroir sur les rapports du réel et de la fiction —, le film croise la lecture de pages du livre, les confessions de son auteur sur l’écriture, le cinéma, la vie, sa famille et celles de proches en un puissant portrait diffracté.

Vous qui pensiez connaître l’affaire pour avoir lu Dix petits nègres et le nom de l’assassin nommément désigné par Agatha Christie, révisez votre jugement : Pierre Bayard a mené une contre-enquête tout aussi minutieuse que malicieuse et son verdict est sans appel. The truth is out there, la vérité est ailleurs, conclusion à laquelle les dénouements des épisodes d’X-Files nous a habitués. Retour sur l’un des plus célèbres cold cases de l’histoire littéraire, avec l’inspecteur Bayard, le temps d’un grand entretien.