Hannah Arendt, analysant la Condition de l’homme moderne l’écrivait : les marchandises ont supplanté les paroles, la bourse a détrôné l’agora, le marché est devenu le lien du collectif. La destinée des Frères Lehman, telle que Stefano Massini en retrace l’épopée, en est l’illustration parfaite, du départ de Bavière d’Heyum Lehmann (avec deux n), le 11 septembre 1844 à la faillite aux répercussions planétaires de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008 : à travers l’histoire d’une dynastie c’est toute l’Amérique dans sa grandeur et ses décadences que saisit l’auteur italien, en une fresque singulière et sidérante.

Patti Smith recently published Devotion, an « inspired and inspiring » meditation on the mystery of the creative act. Devotion is part of the « Why I Write » series, based on the Windham-Campbell lectures delivered annually at Yale University.
Jean-Philippe Cazier and Christine Marcandier interviewed Patti Smith last week in Paris. Listen to their conversation below.

Patti Smith l’écrivait dès l’incipit de M Train : « Ce n’est pas si facile d’écrire sur rien », sans doute parce que ce « rien » apparent est une forme de plénitude absolue, l’alchimie de détails qui sont autant de révélations d’un monde invisible aux yeux profanes, portés à la conscience de tous par celle qui traverse le monde en « voyante ». Dévotion, qui paraît demain aux éditions Gallimard, dans une traduction de Nicolas Richard, en est encore une fois l’illustration : des œufs sur le plat au Flore, la vision d’une patineuse magique, quelques plans d’une forêt estonienne, des pages de Modiano, un mot sur une tombe à Sète et c’est l’univers qui se déploie, sous les yeux de Patti Smith et de ses lecteurs.

Cookie Mueller, née en 1949 dans la banlieue de Baltimore, morte du sida en novembre 1989, est une égérie underground, une figure de l’avant-garde new-yorkaise des années 70-80. Elle échappe aux cadres, a été actrice (dans les films de John Waters), gogo-danseuse, écrivain, critique, autant d’activités que l’on retrouve dans les scènes qui composent cette Traversée en eau claire dans une piscine peinte en noir, portrait kaléidoscopique d’une femme libre, une « fille de feu », pour reprendre le terme nervalien par lequel Gary Indiana la définit :

L’enquête menée par Jean-Baptiste Malet sur « l’histoire méconnue d’une marchandise universelle », parue en 2017 chez Fayard, vient de paraître en poche chez J’ai Lu. L’occasion pour un large public de comprendre ce qui se cache derrière les appétissantes boîtes de sauces et autres ketchups de nos placards, en quoi la tomate est le concentré de nos systèmes économiques et sa couleur rouge celle du sang de centaines de milliers de travailleurs exploités, voire esclavagisés, de par le monde.

« Tôt ou tard, tout devient télévision », écrivait J. G. Ballard, en épigraphe de Par les écrans du monde de Fanny Taillandier, roman par ailleurs placé sous l’exergue de deux récits de création, le texte de Ballard (Jour de création) et le Coran (une sourate des Factions), comme si tout désormais n’était plus créé que pour être vu, selon les règles d’une culture du spectacle, d’une mise en images et d’une spécularité discursive généralisée dont le 11 septembre aura été l’acmé.

Une traduction est-elle dépendante de son contexte ou notre conception de cette pratique a-t-elle évolué au point de nécessiter de revoir partiellement ou totalement refaire les traductions de nos classiques ? On pense, entre autres, à la retraduction collective de l’Ulysse de Joyce, à Berlin Alexanderplatz de Döblin par Olivier Le Lay, ou aux « nouvelles traductions » de 1984, de L’Île au Trésor ou des Nouvelles intégrales (tome 1) de Poe.

Écrire depuis l’énigme Clémence, une vie brève (1879-1901), minuscule et muette, celle d’une ouvrière, cantonnée aux marges de la grande histoire : tel est le creuset du récit de Michèle Audin, Oublier Clémence, déployant une archive, la seule trace d’une vie, cinq lignes factuelles d’un registre d’état civil.

Jeffrey Eugenides publie peu : trois romans à ce jour, un par décennie (Virgin Suicides en 1993, Middlesex en 2002, Le Roman du mariage en 2011) et un recueil de nouvelles, Des raisons de se plaindre, véritable mosaïque de son œuvre, qui vient de paraître aux éditions de L’Olivier dans une traduction d’Olivier Deparis. L’occasion de le rencontrer à Paris, le 21 septembre dernier, pour évoquer ces nouvelles en particulier, la littérature en général et l’Amérique cette « expérience ».

You were the jailer of your murderer –
Which imprisoned you.
And since I was your nurse and your protector
Your sentence was mine too.

Ted Hughes, « The Blackbird » – Birthday Letters

Imaginez le verso d’un calque : un même motif, mimétique mais inversé. Un regard volontairement retourné, un même et autre. Tel est le principe de Ton histoire Mon histoire de Connie Palmen, dès son titre : reprendre l’histoire de Ted Hughes et Sylvia Plath en adoptant le point de vue de Ted Hughes, raconter cette histoire iconique comme s’il l’avait écrite, en faisant de ce roman un centon tant il est innervé de citations, références, reprises, tant de l’œuvre de Hughes que de celle de Plath d’ailleurs.

Un homme écrit à sa femme depuis un pénitencier. « Mon avocat dit que je dois tout raconter ». Le roman, à la première personne du (hautement) singulier, sera ce « document » qui est aussi une longue « supplique ». « Ce qui suit est le journal de notre errance, à Meadow et moi, depuis notre disparition ».

Chinelo Okparanta, née en 1981 au Nigeria, vivant aux USA depuis l’âge de dix ans, était jusqu’ici connue pour ses nouvelles (Le Bonheur comme l’eau, Zoé, 2014). Les éditions Belfond publient en cette rentrée son premier roman, Sous les branches de l’udala, dans une traduction française de Carine Chichereau. L’occasion pour Diacritik de profiter de la venue de Chinelo Okparanta à Paris pour croiser, dans un grand entretien, les voix de la romancière et de sa traductrice.

Diacritik a fêté hier ses trois années d’existence. Parmi les signatures dont notre journal s’honore, celle de Jacques Dubois, sociologue et critique littéraire, spécialiste de Simenon, des romanciers du réel, de Proust et tant d’autres.
Comment mieux fêter ce troisième anniversaire qu’à travers un entretien avec lui, compagnon de la première heure de ce journal, défenseur d’une critique amoureuse et engagée ? L’une des phrases que Jacques Dubois prononce au cours de notre conversation pourrait d’ailleurs être le sous-titre de Diacritik : « Pour réconcilier le monde avec lui-même, il faut beaucoup s’en moquer ».

Les Primates de Park Avenue pourrait idéalement être une forme d’Américains peints par eux-mêmes, sur le modèle des physiologies du XIXè siècle français : Wednesday Martin, par ailleurs chercheuse en sciences sociales et anthropologue, après avoir étudié les Massaï ou les Yanomani, centre son regard sur Park Avenue, territoire et milieu naturel des primates les plus riches de la planète, après avoir elle-même décroché le Graal, un appartement donc un numéro sur L’Avenue.