Luke en rêvait, à la toute fin de La belle vie, « la ville pourrait servir de décor à une future rencontre avec Corrine ». Ce roman potentiel, déjà amorcé dans une nouvelle de Moi tout craché, Jay McInerney l’a enfin offert à ses lecteurs avec Les Jours enfuis, qui paraît aujourd’hui en poche, chez Points, dans une traduction de Marc Amfreville.

Il est des hasards dont on récuserait bien l’objectivité, n’en déplaise à Breton. Comme d’être en train de parcourir l’entrée « Bienvenue » de Codicille, pour tout autre chose, et de même lire ces lignes : Gérard Genette évoque sa consécration par la critique le considérant désormais comme « écrivain  » au moment de la parution de Bardadrac : « Au moins aurai-je rencontré d’avance des fragments de ma future nécrologie, et, comme disait un jour, à peu près, Paul Valéry, respiré quelques volutes de ma future fumée ». Et là d’apprendre la mort de Genette, cette après-midi, à 87 ans.
« Horizon. funèbre » (Bardadrac).

Dans Le Plus et le moins, Erri de Luca rassemble des récits et des histoires. Il nous avait expliqué, dans l’entretien qu’il nous avait accordé en 2016, avoir été contraint à cette forme par l’épisode judiciaire qu’il a traversé : son opposition au projet de TGV Lyon-Turin lui ayant valu une accusation d’« incitation au sabotage », avant sa relaxe en octobre 2015, il ne pouvait plus écrire que des textes courts, il ne pouvait se permettre l’ampleur du roman.

Régis Jauffret vient de recevoir le prix Goncourt de la nouvelle pour Microfictions, paru en janvier dernier. Si l’on ne peut que se réjouir qu’un prix littéraire couronne une œuvre fondamentale, on notera cependant combien le jury a soigneusement contourné la mention « roman » portée sur la couverture et, ce faisant, décidé de considérer les Microfictions comme un recueil de 500 histoires et non un volume jouant avec maestria d’une tension entre fragment et flux, d’un (dis)continu et d’un (in)fini.