Une étude sociologique montre que les jeunes Américains entre 10 et 14 ans sont capables de reconnaître 1000 logos de marques mais qu’ils ne sont pas capables d’identifier 10 végétaux de leur région. Le constat est sans appel : nos rapports à la nature sont totalement désaffectés. En cause : notre modèle de civilisation moderne qui réduit la nature à un domaine extérieur et indifférent à l’homme. La pensée de Baptiste Morizot apporte, à travers l’exemple du pistage, un éclairage à la fois original et très accessible à ce problème écologique classique du « grand partage » entre nature et culture.

Du 7 septembre 2019 au 31 juillet 2020, la Halle Saint Pierre présente une exposition exceptionnelle de Roger Ballen – exceptionnelle du fait de sa durée mais aussi parce qu’il s’agit d’un des photographes sans doute les plus puissants. A cette occasion, seront exposées des installations, un ensemble important de photographies en noir et blanc ainsi que, pour la première fois, une série de photographies en couleurs. Rencontre et entretien avec Roger Ballen.

Les hommes de génie, si grands qu’ils soient, ont toujours en eux leur bête qui parodie leur intelligence.
Hugo, préface de Cromwell (1827)

Dans « Double assassinat dans la rue Morgue » (The murders in the rue Morgue) de Poe le coupable idéal est un orang-outang. Et peut-être d’autant moins coupable qu’il est plus idéal. Certes, ce qui accable la bête est aussi ce qui exclut d’incriminer personne. Mais le procès tout mental dont, comme hypothèse, la bête est à la fois principe et fin, puise à des ressources dont la trivialité aussi a sa métaphysique.

Joan Semmel, Intimacy-Autonomy, 1974 (Brooklyn Museum)

Lascaux, véritable lanterne magique, n’est pas qu’un simple témoignage du passé, qu’une antique archive de l’humanité, elle est le lieu de notre naissance, notre scène originelle, notre trame intérieure. Lascaux est notre premier rêve, notre toute première vision dont le souvenir hante nos nuits sans que l’on sache à vrai dire ce qui nous hante : « Un homme qui pénètre dans une caverne paléolithique, alors que c’est la première fois », écrit Pascal Quignard, « la reconnaît. Il revient » (Dernier royaume, Tome 3 : Abîmes, 2002).

Pilar Albarracin, She Wolf, 2006, vidéo © Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois, Paris

La définition de vivant ne va plus de soi depuis des années notamment face à une médecine dont le progrès brouille les frontières entre corps vivant, malade et cadavre. L’état de mort cérébrale en est l’exemple le plus frappant. Cependant une approche du concept semble apparaître en ce début du XXIe siècle : après l’ère de la robotique, de l’homme androïde, du corps métallique qui fut le fantasme du siècle dernier – depuis les hommes robotisés des peintures de Fernand Léger au mouvement cyberpunk des années 90 –, la chair organique revient comme modèle du nouveau vivant. Mais ce n’est pas cette chair saine et bien portante à laquelle certaines médecines douces tentent de redonner ses titres de noblesse mais une chair qui retourne à sa définition originelle. Chair modeste, trop modeste, une simple chair comestible… Car le corps humain, roseau pensant, malgré la grandeur d’âme qu’il peut contenir, qu’est-il au final si ce n’est un assemblage d’os, de muscles et de veines ? Que devient-il, privé de sa pensée, si ce n’est un simple tas de viande ?

Spécialiste de la condition animale, philosophe, Florence Burgat a consacré de nombreux essais à l’Animal notre prochain et à nos pratiques de consommation. Son dernier livre, L’Humanité carnivore, interroge notre rapport à la viande, cette humanité carnivore que nous sommes… devenus : pourquoi mangeons-nous de la viande ? L’avons-nous toujours fait et le ferons-nous toujours ? Son analyse de notre « raison carnivore » est à la fois historique, éthologique et culturelle, elle se déploie selon un axe qui élargit la question initiale au rapport de l’humanité à la violence, au sacrifice, dans un essai fondamental et passionnant qui redéfinit les frontières de ce que nous pensons notre humanité, pourtant hautement questionnable.

Caroline Lamarche

De Caroline Lamarche, nous avions aimé Le Jour du chien, L’Ours, La Chienne de Naha, tous relevant au ras de leurs titres du registre animalier.
Voici que sort à présent de la même fabrique romanesque « un grand cerf » venu d’une comptine de l’enfance, que jadis nous avons chantée et mimée. Mais que nous disent ces références à un bestiaire pas seulement imaginaire ?

Rassemblement, de Judith Butler, interroge les rapports du corps et du politique, la dimension politique des foules et des manifestations. Ainsi, ce livre repense un certain nombre d’idées rattachées au corps et au politique mais aussi l’espace public et les conditions du sujet politique. Judith Butler y développe des analyses particulièrement fécondes du social et de la cohabitation selon une logique de la relation et de la vulnérabilité qui ouvre à une conception renouvelée du politique et de la vie.

Le livre de Jean-Jacques Viton, cette histoire n’est plus la nôtre mais à qui la voudra, insiste non sur la fin mais sur une fin, une dépossession. Il insiste en même temps sur une ouverture, un don. Livre crépusculaire et livre d’une aube recommencée, aube d’un autre ou d’une différence, comme la promesse d’un recommencement – et vers laquelle on se tourne, en direction de laquelle on adresse sa parole murmurante, en attente d’une reprise, d’une bifurcation : la vie encore…

Si le regard animal, l’animal que nous regardons et qui nous regarde font depuis toujours partie des préoccupations humaines, ne serait-ce que pour scruter la part animale dans chacun de nous, la visibilité de cette préoccupation a beaucoup augmenté depuis la circulation incessante des images et des informations dans les réseaux mondialisés.

Louis Salkind © Jean-Philippe Cazier

Louis Salkind est le créateur d’une peinture traversée par les idées de différence et d’hybridation qui s’articule autour d’un travail sur le signe et la polysémie, agence des références plurielles à l’histoire de l’art ou à la vie quotidienne autant qu’elle est guidée par la logique du rêve et des propositions de l’inconscient. Rencontre avec le peintre qui évoque ici son parcours, ses processus de création, certains des thèmes de ses peintures : l’animal, le corps, la mythologie, le monstrueux, l’altérité –, mais aussi la psychanalyse, le théâtre ou l’œuvre de Gilles Deleuze et Félix Guattari.

On découvre le mot déconstruction dans le dictionnaire bien avant son usage par Derrida, fort heureusement. Et il est incontestable qu’on en trouve mention chez Husserl autant que chez Heidegger. Mais que le mot existe, qu’il faille se mesurer à la définition qu’on pourra en rencontrer même dans le Littré, cela n’a rien d’extraordinaire en soi, cela ne fait pas un scoop.