Les éditions Arbitraire préparaient un livre rassemblant une grande partie de l’œuvre plastique de Gwendoline Desnoyers lorsque celle-ci s’est suicidée, le 31 juillet 2020, à l’âge de vingt-neuf ans. Trois ans plus tard, Une vie de regrets nous permet de découvrir l’univers puissamment singulier, à l’esthétique très maîtrisée, d’une jeune artiste trop tôt disparue.
Qu’est-ce qu’un frappabord ? Au Québec, c’est ainsi que l’on nomme une espèce de taon, cette grosse mouche piqueuse qui n’hésite pas à vous arracher des lambeaux de peau si votre odeur l’attire trop… A priori, pas le sujet de roman idéal : comment intéresser le lecteur à la destinée de cet animal loin d’être aussi mignon qu’un bébé phoque ? C’est pourtant ce défi que s’est lancé l’autrice québécoise Mireille Gagné.
Pour le lecteur de bandes dessinées, retrouver régulièrement ses héros, suivre d’album en album les aventures des Largo Winch, Astérix, Spirou, Thorgal, Alix, Michel Vaillant, XIII ou autres Tuniques bleues – la liste n’est bien évidemment pas exhaustive – est bien plus que de retrouver le goût des madeleines d’antan. Qui plus est quand la qualité, le respect de l’héritage ou l’appropriation par les repreneurs augurent d’une continuité dans le changement (et inversement).
Dans Et puis, soudain, il carillonne, Elke de Rijcke synthétise seize années de son écriture et de sa vie, et présente des extraits de cinq recueils, de Troubles. 120 précisions. Expériences (2005) à Juin sur avril (2021). Si ce geste a un intérêt éditorial, fait-il livre ? Que donne à lire la condensation de ce pan de l’œuvre poétique produite pendant le « troisième cycle d’une vie aujourd’hui clôturé » ?
Il y a plaisir à composer une constellation d’ouvrages, sans se soucier du genre auquel chacun pourra être rattaché. Car c’est ainsi que nous vivons, passant d’une activité à l’autre : privilégiant un instant le regard, avant de se mettre à l’écoute de ce qui ne fait pas de bruit. Passant de film à poésie, de peinture à récit, de bande dessinée à musique, ce que le chroniqueur désire rapporter, c’est un viatique.
Le principe de cette série est simple : un jour, un joueur, un geste.
Et tout le reste.
À l’occasion de la publication de Scum, un rêve, de Denise Le Dantec, Liliane Giraudon s’entretient avec celle-ci : Valerie Solanas, écriture, musique, rêve, politique, féminisme…
Mars 2020 : le monde s’apprête à se confiner face à la pandémie de Covid-19 et chacun tente de trouver une issue de secours à la mesure de l’effondrement. Celle de Sacha Senderovski, écrivain d’origine russe, est d’accueillir un groupe d’ami.es dans sa résidence d’été. Le lieu est confortable, une véritable « colonie », avec maison principale, bungalows à thèmes, isolement d’un vaste domaine à la campagne à quelques encablures de New York où le virus décime la population. « Quelque chose me dit qu’il va nous falloir des semaines pour démêler ce merdier », déclare Ed, l’un des amis confinés. Rester « ensemble » sera le défi de cette résidence d’abord choisie, tournant au désastre.
Les lumières se rallument, personne ne bouge, on écoute l’étrange musique de fin, entre musique funèbre et cacophonie. Lorsque nous quittons la salle, chacun évite le regard de l’autre, il nous faudra un certain temps pour retrouver la réalité, remonter lentement les cercles de l’enfer et mesurer combien une séance de cinéma peut être effroyable et magnifique et nous habitera des semaines après. La Zone d’intérêt de Jonathan Glazer, espoir du cinéma britannique nous a fait toucher du doigt la banalité du mal en un hors-champ de 1h45 qui restera dans l’Histoire du cinéma autant pour son propos que pour sa forme.
Sous l’influence des crônicas de Clarice Lispector, une série de textes du poète américain Guy Bennett publiés tout au long de l’année 2024.
La (longue) citation en exergue, empruntée au sonnet 66 de Shakespeare, donne le ton : « (…) Lassée de voir qu’un homme intègre doit mendier / quand à côté de lui des nullités notoires / se vautrent dans le luxe et de l’amour du public ». Si l’énonciation shakespearienne au masculin passe au féminin chez Salvayre, demeure le décapage des vanités fausses et gloires baudruches. C’est à ce « continent » que s’attaque Lydie Salvayre « avec l’audace d’un Christophe Colomb » pour donner les clés de la réussite la plus éclatante. Comment mentir, écraser, monter, paraître, instrumentaliser et « être au top » ? vous saurez tout en lisant cet Irréfutable essai de successologie, que l’on peine à qualifier tant il est à la fois une parodie des manuels de bien-être et développement personnel — comme autant de déclinaisons d’un prêt à penser confortable — et une fresque décapante de notre monde comme il déraille.
Ed « passa l’heure suivante à cuisiner, le niveau du Campari des années 1960 baissant dangereusement dans sa bouteille. Il avait blanchi les pois croquants, l’un des ingrédients secrets de son tonnato, et les faisait maintenant soigneusement noircir sur le gril.
« Elle sort de la forêt seule sur son cheval. Âgée de dix-sept ans, dans la froide bruine de mars, Marie, qui vient de France ». Rares sont les premières phrases de roman d’une telle puissance, dont la plénitude vaut apparition et évidence, qui lancent un récit sans le dévoiler et sèment quelques graines qui immédiatement fascinent et accrochent. L’héroïne du dernier roman de Lauren Groff surgit, nous fait face, dans ces mots qui ont le phrasé du vers, entre netteté et mystère, et ouvrent pourtant à la densité du roman.