Le roman, d’habitude, s’intéresse peu, ou mal, aux autres arts, et le plus souvent avec une condescendance désarmante qui pallie plus ou moins une profonde méconnaissance de « champs sociaux » (monde de l’art, du cinéma, de la mode) que nos romanciers réduisent à des clichés mal dégrossis, sous le signe amer d’une ironie désinformée. C’est sans doute ce qui rend la lecture de De plomb et d’or si jubilatoire : François Jonquet sait de quoi il parle et d’où il parle.
Les insomnies illuminées de Martin Heidegger (Les Cahiers noirs. Un guide de lecture des Réflexions)
Est-il possible de lire aujourd’hui les fameux Cahiers Noirs de Heidegger en traversant les polémiques sans qu’elles ne s’imposent comme des impasses ? Comment plonger dans l’étude de ces notes intimes écrites la nuit dans les intervalles du sommeil par le philosophe allemand, depuis le cœur de sa pensée, vers le cœur de son sombre temps ? Étienne Pinat, déjà auteur aux éditions Kimé de Heidegger et Kierkegaard : la résolution et l’éthique en 2018 et éditeur dans la même maison des Notes sur Heidegger de Maurice Blanchot l’année dernière, propose un ouvrage dense et érudit qui suit pas à pas ces textes couvrant la période 1931-1941 et parus en France en trois volumes chez Gallimard depuis 2018.
Le titre le dit : ce sont les odeurs qui appellent, celles-ci sont actives (« c’est une présence qui visite »). Les odeurs ne sont pas seulement perçues, elles agissent sur le corps et l’esprit. C’est cette action ou activité des odeurs qu’explore et déplie Ryoko Sekiguchi. L’Appel des odeurs est aussi un livre dans lequel les odeurs impliquent des mondes inédits, un rapport au monde singulier par lequel le monde est transformé.
Pierre Vinclair a écrit une vingtaine de livres (poésie et essais), parmi lesquels Sans adresse (Lurlure, 2018), La Sauvagerie (José Corti, 2020), l’Éducation géographique (Flammarion, 2022) ou Terrorisme et alchimie (Hermann, 2023). Il est également l’auteur principal des œuvres de Claire Tching, dont la récente Poésie française de Singapour, anthologie raisonnée, quoique imaginaire, d’un courant souterrain de la poésie française globale. Claire Tching a pour sa part assuré l’édition critique de Bumboat de Pierre Vinclair (Le Castor astral, 2022).
Les éditions Arbitraire préparaient un livre rassemblant une grande partie de l’œuvre plastique de Gwendoline Desnoyers lorsque celle-ci s’est suicidée, le 31 juillet 2020, à l’âge de vingt-neuf ans. Trois ans plus tard, Une vie de regrets nous permet de découvrir l’univers puissamment singulier, à l’esthétique très maîtrisée, d’une jeune artiste trop tôt disparue.
Qu’est-ce qu’un frappabord ? Au Québec, c’est ainsi que l’on nomme une espèce de taon, cette grosse mouche piqueuse qui n’hésite pas à vous arracher des lambeaux de peau si votre odeur l’attire trop… A priori, pas le sujet de roman idéal : comment intéresser le lecteur à la destinée de cet animal loin d’être aussi mignon qu’un bébé phoque ? C’est pourtant ce défi que s’est lancé l’autrice québécoise Mireille Gagné.
Pour le lecteur de bandes dessinées, retrouver régulièrement ses héros, suivre d’album en album les aventures des Largo Winch, Astérix, Spirou, Thorgal, Alix, Michel Vaillant, XIII ou autres Tuniques bleues – la liste n’est bien évidemment pas exhaustive – est bien plus que de retrouver le goût des madeleines d’antan. Qui plus est quand la qualité, le respect de l’héritage ou l’appropriation par les repreneurs augurent d’une continuité dans le changement (et inversement).
Dans Et puis, soudain, il carillonne, Elke de Rijcke synthétise seize années de son écriture et de sa vie, et présente des extraits de cinq recueils, de Troubles. 120 précisions. Expériences (2005) à Juin sur avril (2021). Si ce geste a un intérêt éditorial, fait-il livre ? Que donne à lire la condensation de ce pan de l’œuvre poétique produite pendant le « troisième cycle d’une vie aujourd’hui clôturé » ?
Il y a plaisir à composer une constellation d’ouvrages, sans se soucier du genre auquel chacun pourra être rattaché. Car c’est ainsi que nous vivons, passant d’une activité à l’autre : privilégiant un instant le regard, avant de se mettre à l’écoute de ce qui ne fait pas de bruit. Passant de film à poésie, de peinture à récit, de bande dessinée à musique, ce que le chroniqueur désire rapporter, c’est un viatique.
Le principe de cette série est simple : un jour, un joueur, un geste.
Et tout le reste.
À l’occasion de la publication de Scum, un rêve, de Denise Le Dantec, Liliane Giraudon s’entretient avec celle-ci : Valerie Solanas, écriture, musique, rêve, politique, féminisme…
Mars 2020 : le monde s’apprête à se confiner face à la pandémie de Covid-19 et chacun tente de trouver une issue de secours à la mesure de l’effondrement. Celle de Sacha Senderovski, écrivain d’origine russe, est d’accueillir un groupe d’ami.es dans sa résidence d’été. Le lieu est confortable, une véritable « colonie », avec maison principale, bungalows à thèmes, isolement d’un vaste domaine à la campagne à quelques encablures de New York où le virus décime la population. « Quelque chose me dit qu’il va nous falloir des semaines pour démêler ce merdier », déclare Ed, l’un des amis confinés. Rester « ensemble » sera le défi de cette résidence d’abord choisie, tournant au désastre.