à Michel Butor

Tu es mon dernier père vivant. Tu sais peut-être que David Bowie vient de mourir, en ce début d’année, deux jours après son soixante-neuvième anniversaire, mais il n’était pas vraiment pour moi un père, plutôt un grand frère & demi-dieu lointain, inaccessible dans une sorte d’Olympe. Il ne me reste que toi.

Il est réconfortant de se rappeler que le système hollywoodien sait produire autre chose que des films pour ados, des adaptations de comics ou des poursuites en bagnoles (si possible avec des filles en short qui applaudissent). Déjà oscarisé pour Birdman, Alejandro Gonzalez Iñarritu est devenu l’un des meilleurs représentants d’un cinéma d’auteur commercial mais ambitieux, profondément ancré dans une tradition cinématographique.

L’art de faire des photographies est-il si éloigné de celui qui consiste à mesurer le poids des choses ? Enregistrer non seulement la masse et le volume mais donner à ressentir le poids, transférer la sensation de ce qui pèse sur un corps — ou de ce qu’un corps pèse — en une forme visuelle, avec ses tonalités, ses contours…. La photographie est une des formes de l’acrobatie, un défi lancé aux principes de la gravité : un exercice de trapèze.

Derrida analyse le fait que l’écriture est un des refoulés de la philosophie, l’extérieur auquel la tendance métaphysique qui traverse l’histoire de la philosophie n’a cessé de s’opposer, mais contre lequel, en même temps, elle se construit (« l’histoire de la vérité, de la vérité de la vérité, a toujours été (…), l’abaissement de l’écriture et son refoulement hors de la parole ‘pleine’ »). Il y aurait une ambivalence fondamentale de la philosophie, une ambivalence dont la philosophie serait indissociablement la négation.

Athènes. Je marche dans Athènes. Maintenant il fait nuit. Athènes, extérieur nuit. Je marche. La nuit est tombée sur Athènes pendant mon trajet en métro. J’ai pris le métro au Pirée pour descendre à Monastiraki. J’habite au Pirée. Le Pirée, j’adore à cause des ports. Le port des ferries, le port de plaisance Marina Zeas et un autre petit port, sur la côte face à Glyfada, Microlimano. De la terrasse de mon appartement, j’entrevois au bout de ma rue la Marina Zeas qui est en fait l’ancien port antique d’Athènes. Il ressemble au Vieux-Port de Marseille mais en plus petit. J’aime tellement mon appartement que j’en sors peu. A peine pour promener le chien, comme je dis, c’est-à-dire pour me dégourdir les pattes. Je passe des journées à écrire, à vivre dans cet appartement.

Il faut toujours un peu de temps pour savoir si un film des frères Coen est un « petit » ou un « grand ». Fargo reçut des critiques favorables mais mesurées lors de son passage à Cannes. Lors de sa sortie en septembre 1996, les mêmes critiques s’inclinaient devant le chef d’œuvre. Avant de devenir un film culte, The Big Lebowski sortit en France sous l’air du « petit divertissement sympa » que l’on réserve aux films de genre en général et aux comédies en particulier. Parfois, le temps semble relativiser la qualité du film : The Barber n’aura pas tenu la distance. Pour Intolérable cruauté ou Ladykillers le temps ne changea rien à la déception, les films étaient ratés. Et A Serious Man, l’un de leurs meilleurs films ? On parlera de film maudit…

L’exposition de Smith à la galerie Les Filles du calvaire, à Paris, (jusqu’au 27 février), qui comporte deux volets, TRAUM et Spectrographies, est traversée par le thème des fantômes. On avait laissé Smith, né en 1985, avec la série Löyly, présentée aux Rencontres d’Arles en 2012, qui comportait un aspect bio-documentaire, et qui n’était pas sans évoquer Nan Goldin. On le retrouve armé d’une caméra thermique et proposant une fiction multidisciplinaire et fragmentaire. Entretien par Charlotte Redler et Isabelle Zribi.