Jean-Luc Nancy, j’en porte sur moi quelques souvenirs, comme on dirait d’un portrait, en ce qu’un portrait, c’est bien quelque chose que l’on porte, emmène et qui se déplace par la vertu de ce port. Il se porte d’ailleurs tout en me portant avec lui, souvenir où je suis inclus non seulement à titre d’observateur mais en tant que figure de fond.
Ma mère venait de rentrer en maison de retraite médicalisée. Vivre seule, à la merci de sa mémoire défaillante, devenait dangereux. Une place s’était libérée subitement et elle avait quitté Amiens du jour au lendemain, emportant juste quelques meubles et ses affaires. Tant que l’appartement n’était pas vendu, nous en profitions encore, mon fils et moi, quand je venais le voir.

Le dessin de la semaine de Rodho : un doigt d’asile dans un monde de brutes.
Le 21 octobre sortira Michel-Michel Michel des Johnny Mafia, groupe phare de la scène indépendante française actuelle. L’album est radicalement post-punk, élaboré sous l’œil des figures tutélaires des Pixies, des Clash et des Ramones. Si la musique des Johnny Mafia est d’abord puissante, elle se caractérise également par l’élégance harmonique de sa composition, la maîtrise de ses effets, la recherche d’une intensité qui conjoint le bruit et la beauté des accords.
Andrzej Wajda est mort dimanche 9 octobre, à Varsovie, il avait 90 ans. Le cinéaste polonais avait d’abord voulu être peintre, avant d’intégrer l’école de cinéma de Lodz qui formera aussi Polanski ou Kieslowski.
Les enfants de la télévision sont orphelins. Monsieur Cinéma n’est plus. Avec la disparition de Pierre Tchernia à l’âge de 88 ans, c’est bien plus qu’une figure du patrimoine audiovisuel et culturel français qui s’en va. Né à Paris en 1928 d’un père d’origine russe et d’une mère parisienne, Pierre Tchernia incarne à jamais plus de soixante ans de l’histoire de la télévision, de ses débuts sur les ondes — avec la création du premier journal télévisé en France en 1949 — jusqu’à ses dernières apparitions aux côtés de l’animateur Arthur.
Après Des femmes qui tombent, Points a eu la bonne idée de rééditer en poche le désormais légendaire Encore des nouilles, recueil de chroniques comico-gastronomiques produites par Pierre Desproges pour Cuisine et vins de France entre 1984 et 1985 et illustrées par Cabu, Catherine, Charb, Luz, Tignous, Wolinski… Avec Encore des nouilles, l’humoriste écrivain marche dans les pas (pour ne pas dire sur les pieds) de Maurice Edmond Saillant dit Curnonsky ci-devant gastronome, humoriste, critique culinaire et fondateur de la revue pour apprendre à cuire les œufs sans dénaturer le goût du Pommard.
Parce que le temps n’est qu’invention (et une donnée relative), la critique nécessite parfois d’utiliser tous les moyens du bord numérique pour absorber le flux des sorties… chronique sms de Rocco et la toison de Vincent Vanoli (L’Association).
Tout semble se trouver dans la biographie de Thiphaine Samoyault qui vient de paraître en poche, chez Points : Le Barthes orphelin de père et épris de mère.
Il y a beaucoup de pierres dans le jardin d’Anne Cauquelin, c’est elle qui le dit, avant d’ajouter : « et c’est bien sous les pierres que l’on débusque les lièvres, car, disons-le, ce n’est pas le lièvre qu’on soulève mais la pierre qui jusque-là le cachait ». De sorte que « lever un lièvre » reste une façon commode mais assez impropre de dire qu’on vient d’apercevoir un truc qui mérite — ou réclame — d’être pisté. Une façon de dire surtout, fût-ce de travers, la joie d’avoir soudain un objet à penser.
Un lancinant vrombissement de moteurs accompagne l’inquiétant silence qui règne dans l’avion, à destination de Chypre, ramenant des militaires français d’une mission en Afghanistan. Tandis que la plupart des hommes sont endormis dans leurs sièges parfaitement alignés, une jeune femme est, elle, éveillée et s’agite. Portée par la curiosité, elle entrouvre timidement son hublot et rompt le calme mortifère en entamant une discussion avec sa voisine.
Quand bien même on regrette un peu la très poétique couverture signée Sempé de l’unique roman de Pierre Desproges paru en 1985 chez Seuil, il faut reconnaître que la réédition au format poche par Points de Des femmes qui tombent fait partie de cette écrasante minorité de livres dont on ne se lasse pas.
Maman est folle / on n’y peut rien / mais j’veux pas qu’on la vole / ni qu’on l’emmène au loin, chantait autrefois William Sheller.
Voici une des très belles surprises de cette rentrée littéraire. Un premier roman italien remarquablement mené. Et pour ma part, la découverte d’une maison d’édition que je connaissais peu, qui semblait hors de mes sentiers battus et tracés au fil des années. Ce roman polyphonique donne la parole à trois hommes : Dirk casque bleu néerlandais basé à Srebrenica, Dražen Erdemović serbo-croate qui s’engage dans l’armée de la république serbe de Bosnie et Roméo Gonzalez, juge au tribunal pénal international.
Treize Bis nous enchante par ses collages poétiques et oniriques composés à partir d’images puisées dans notre mémoire commune pour en restituer la matière brute, la forme dépouillée, élémentaire, inscrite, si l’en est, dans notre inconscient collectif. L’artiste s’inspire de notre patrimoine pictural pour en restituer non pas les œuvres, mais la trace, le vestige, imprimés sur les murs délaissés de nos rues.