«Encore des nouilles», chroniques du Desproges culinaire

Dessin de Riss
Dessin de Riss

Après Des femmes qui tombent, Points a eu la bonne idée de rééditer en poche le désormais légendaire Encore des nouilles, recueil de chroniques comico-gastronomiques produites par Pierre Desproges pour Cuisine et vins de France entre 1984 et 1985 et illustrées par Cabu, Catherine, Charb, Luz, Tignous, Wolinski…  Avec Encore des nouilles, l’humoriste écrivain marche dans les pas (pour ne pas dire sur les pieds) de Maurice Edmond Saillant dit Curnonsky ci-devant gastronome, humoriste, critique culinaire et fondateur de la revue pour apprendre à cuire les œufs sans dénaturer le goût du Pommard.

Cuisine DesprogesPierre Desproges aimait les mets délicats et les vins fins (avec une préférence pour les Graves), en témoignent les nombreuses manifestations de cette passion œnophile dans ses écrits, chroniques ou textes de scène. Par ailleurs, aussi simplement qu’il pouvait trousser la recette du pâté de sardines à la desprogienne et inventer celle du « Cheval-Melba », il aimait les nouilles, ayant même mis au point un mélange de viandes et d’herbes pour faire une sauce de style bolognaise. Tout en l’accompagnant probablement d’un verre de Château Lascombes 76 juste pour emmerder les aquaphiles…

Paru aux éditions Les Échappés en 2014, Encore des nouilles célèbre l’amour immodéré de l’auteur pour les lettres et la cuisine, dans un recueil savoureux qui trouvera naturellement sa place aux côtés des chroniques d’Alexandre Vialatte (que Desproges affectionnait) et remplacera avantageusement l’intégrale des œuvres de Françoise Bernard (12 tomes parus, dont un en Savoie) dans la bibliothèque familiale.

Enrichi de citations tirées des autres écrits de l’auteur (Des Femmes qui tombentLes Étrangers sont nuls, les Réquisitoires…) et illustré par Cabu, Catherine, Charb, Luz, Riss, Tignous et Wolinski, Encore des nouilles sera pour le Desprogeophile une pierre supplémentaire (pouf, pouf) à l’édifice éclectique construit par le chroniqueur. On redécouvrira avec plaisir le Desproges qui savait user et abuser des jeux de mots, mêlait comme personne exigence de la langue et gaudriole, riait de tout et brocardait l’imbécillité comme on bigotte à Versailles.

Les esprits chagrins pourront certes reprocher le côté « réchauffé » de certains textes mais Desproges lui-même ne rechignant pas à se resservir dans ses propres écrits, c’en est donc excusable et on ne boudera pas notre plaisir et avec une gourmandise toute légitime devant ces inédits gastro-littéraires rassemblés autour de dessins non moins goûtus. Avec toutefois un léger pincement au cœur : l’aventure n’ayant duré qu’un an, et malgré son joli goût de revenez-y, il sera difficile de demander du rabiot.

Recette du pâté de sardine à la desprogienne

Il faut des sardines
des Dieux de Saint-Gilles-
Croix-de-Vie. Écrasez
deux boîtes de sardines
(après avoir enlevé les
boîtes et les arêtes
centrales) avec 150 g
de beurre salé vendéen
(les sardines sont habituées).
Ajoutez une grosse cuillerée
à soupe de concentré de
tomates et autant de ketchup.
Malaxez tout cela avec le jus
d’un citron, une dizaine
de feuilles d’estragon finement
coupées, du sel (un peu),
du poivre, un peu de piment
en purée, quelques grains
de fenouil écrasés, une
cuillère à café de pastis,
quelques brins de ciboulette
coupés fin (on peut remplacer
l’estragon par de la coriandre
fraîche). On mélange,
on met dans une terrine
et on sert très frais.
« Avec ça je fais un tabac.
Je méprise un peu ce plat
car je le trouve vulgaire
mais c’est très bon et ça en jette. »
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Pierre Desproges, Encore des nouilles (chroniques culinaires), Points, 216 p., 2016, 6 € 90


Bonus : le cheval Melba.

Pour bien réussir le cheval Melba , prenez un cheval. Un beau cheval. Le poil doit être lisse, c’est un signe de bonne santé. L’œil doit être vif, éveillé, et on doit y sentir ce regard indéfinissable, plein de tendresse débordante et de confiance éperdue dans l’homme dont ces cons d’animaux ne se départissent habituellement qu’aux portes des abattoirs. Donc, prenez un cheval. Comptez environ 800 Kgs pour 1 200 personnes. Pendant qu’il cherche à enfouir son museau dans votre cou pour un câlin, foutez-y un coup de burin dans la gueule. Attention! Sans le tuer complètement : le cheval, c’est comme le homard ou le bébé phoque, faut les cuire vivants, pour le jus c’est meilleur! Bon. Réservez les os et les intestins pour le Tiers Monde. Débarrassez ensuite la volaille de ses poils, crinière, et de tous les parasites qui y pullulent, poux, puces, jockeys, etc…